Culture

Le Québec redécouvre son histoire par l'archéologie

Un pirogue faite dans un tronc de pin blanc daté entre 1370 et 1510 a été retrouvée. 
Un pirogue faite dans un tronc de pin blanc daté entre 1370 et 1510 a été retrouvée. 
©C.François/TV5MONDE

Peu connue du grand public au Québec, l'archéologie fait l'objet d'une exposition au Musée d’archéologie de Pointe-à-Callière à Montréal. C'est l'occasion de redécouvrir l'histoire de la région différemment. 

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L’archéologie au Québec est une science toute jeune et peu connue du grand public. Pourtant il existe une centaine d’archéologues professionnels en activité dans la province et plus de 10 000 sites ont déjà été répertoriés.

C’est pour faire découvrir cette science et rendre hommage à ses découvertes que le Musée d’archéologie de Pointe-à-Callière, à Montréal, a organisé cette exposition baptisée « Fragments d’humanité, archéologie du Québec ». La majorité des quelque 350 pièces sont présentées au public pour la première fois. 

L'entrée de l'exposition sur l'archéologie au Québec. 
L'entrée de l'exposition sur l'archéologie au Québec. 
©C.François/TV5MONDE

Avant les Européens

L’exposition remonte le temps en partant de l’ère précédant la présence des Européens sur le sol québécois. Un fragment découvert dans la région du Lac Mégantic confirme ainsi la présence humaine sur le territoire québécois, il y a 12 000 ans. C’est l’occasion pour le visiteur de découvrir des objets liés aux communautés amérindiennes qui ont peuplé le Québec durant cette période. 

De nombreux objets ayant appartenu aux membres de la communauté amérindienne ont été retrouvés lors de fouilles archéologiques au Québec. 
De nombreux objets ayant appartenu aux membres de la communauté amérindienne ont été retrouvés lors de fouilles archéologiques au Québec. 
©C.françois/TV5MONDE

On peut ainsi admirer une pirogue en bois découverte par hasard au fond d’un lac de la région de Lanaudière par un plongeur amateur. Réalisant l’importance historique de l’objet quand il l’a remonté à la surface, il a rapidement alerté un archéologue qui a pu ainsi prendre toutes les précautions pour assurer sa conservation.

Selon les analyses, la pirogue a été fabriquée dans un tronc de pin blanc entre 1370 et 1510 via une technique très spécifique de fabrication répandue dans les communautés amérindiennes du nord-est de l’Amérique. C’est une pièce exceptionnelle car elle est en très bon état de conservation. Il existe une dizaine d’exemplaires de ce genre de pirogues au Québec.
Une pirogue faite dans un pin qui daterait entre le XIV et le XVIe siècle. 
Une pirogue faite dans un pin qui daterait entre le XIV et le XVIe siècle. 
©C.François/TV5MONDE


Le visiteur découvre aussi le site de la « colline blanche », aux abords du Lac Mistassini dans le nord du Québec. « C’est un site fabuleux, qui est depuis 5 000 ans un lieu de vénération pour les Cris et les ancêtres des Cris », explique Louise Pothier, l’archéologue en chef du Musée Pointe-à-Callière qui a dirigé l’exposition.

On l’appelle « colline blanche » parce qu’elle regorge de quartzite, cette pierre blanche que l’on a retrouvée à 1 000 kilomètres à la ronde et qui servait à la fabrication d’outils. « C’est une culture très ancienne mais qui est encore très vivante aujourd’hui, raconte l'archéologue. Les Cris de Mistassini continuent de protéger ce site de la colline blanche, ils transmettent ça à leurs enfants. Pour moi, découvrir ce site, cela a été une grande révélation, c’est un des sites qui a une grande importance au Québec, je souhaite qu’il soit connu et respecté comme il se doit. » 

Le quartzite, la pierre de la "colline blanche".
Le quartzite, la pierre de la "colline blanche".
©C.François/TV5MONDE

Les échanges

L’arrivée des Européens, français et britanniques, a entraîné des échanges commerciaux importants avec les Amérindiens. La fourrure était échangée par les Amérindiens contre des fusils, munitions, couteaux, haches, perles de verre, bagues, ornements, chaudrons en cuivre… 
 
On a ainsi découvert sur le site des magasins du Roi, à Québec, de magnifiques sous-gardes de fusil de traite sculptées finement en métal cuivreux. Louise Pothier a d’ailleurs travaillé sur ce chantier des magasins du Roi, « j’ai fait mon apprentissage du métier sur ce site-là, se souvient-elle, et j’ai alors eu une révélation, c’est ce qui m’a ouvert les yeux sur l’archéologie au Québec.  

Des objets précieux ont été découverts sur le site du magasin du Roi. 
Des objets précieux ont été découverts sur le site du magasin du Roi. 
©C.François/TV5MONDE

Témoignages de la vie quotidienne

Le visiteur apprend aussi quel était le quotidien des habitants du Québec au XVIIIème et au XIXème siècle au regard des différentes pièces de vaisselle mais aussi ustensiles d’hygiène et jeux divers qui sont présentés dans l’exposition.  
 
Fait plutôt cocasse, ce sont dans les endroits qui servaient de latrines aux habitants d’alors que les archéologues trouvent souvent des trésors archéologiques. Pourquoi ? Parce que les gens avaient pris l’habitude d’y jeter des pièces de vaisselles brisées ou autres objets d’hygiène car ces latrines servaient plus ou moins de dépotoir. Une véritable mine d’or pour les archéologues ! 
De la vaisselle a été retrouvé dans les latrines, véritable dépotoir. 
De la vaisselle a été retrouvé dans les latrines, véritable dépotoir. 
©C.François/TV5MONDE

L’archéologie subaquatique

L’autre réserve de trésors archéologiques au Québec, ce sont les innombrables lacs, rivières et, bien sûr, le fleuve St-Laurent. La dernière partie de l’exposition est donc consacrée à la présentation d’objets récoltés dans les épaves de six navires qui ont fait naufrage : le Elizabeth and Mary, le Lady Sherbrooke, le Machault, l’Auguste, la flotte du major général Amherst et bien sûr le légendaire Empress of Ireland.  

Le navire le Machault, par exemple, a été retrouvé dans la Baie de Restigouche en Gaspésie. Il a été la cible d’un sabordage durant la guerre de conquête en 1760. Les marins français l’ont coulé pour que le bateau ne tombe pas entre les mains de la marine anglaise. 

Des trésors archéologiques récupérés sur le navire naufragé le Machault. 
Des trésors archéologiques récupérés sur le navire naufragé le Machault. 
©C.François/TV5MONDE

L’archéologie subaquatique, qui a débuté dans les années 70, bénéficie maintenant de techniques de pointe. « Les objets retrouvés dans ces épaves sont des capsules temporelles fantastiques et tragiques. Mais pour nous, ce sont des documents, des témoins incomparables, des instantanés de ces tragédies », précise Louise Pothier. 
 
Tous ces pièces d’archéologie présentées dans cette exposition sont autant d’histoires de vie liées à la personne qui en était propriétaire. « Nous avons voulu mettre l’archéologie québécoise sous les projecteurs et montrer sa contribution importante à la compréhension de l’Histoire du Québec, et celles et de ceux qui y ont habité », conclut Louise Pothier. Mission accomplie.