Culture

Les Suisses veulent se faire connaître dans la Mecque des jeux vidéos

Des joueurs jouant à  "Halo Wars 2" au E3 2016 à Los Angeles le 13 juin 2016. 
Des joueurs jouant à  "Halo Wars 2" au E3 2016 à Los Angeles le 13 juin 2016. 
©Casey Rodgers/Invision for Microsoft/AP Images

Comme chaque année, Pro Helvetia emmène une délégation de créateurs numériques helvétiques à la Game Developers Conference de San Francisco. Histoire de mieux faire connaître le jeu vidéo «made in Switzerland» (fait en Suisse). 

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Dans le monde de la création de jeux vidéo, la Game Developers Conference (GDC) de San Francisco, c’est un peu l’équivalent pour le design de la foire du meuble de Milan: l’événement incontournable de l’année, là où tous les acteurs du marché se précipitent. Pour la troisième édition consécutive, une délégation suisse a fait le déplacement avec dans ses bagages une vingtaine de jeux et d’applications.

Organisée pour la première fois en 1988 avec vingt-sept personnes dans une banlieue résidentielle californienne, la GDC s’est développée au fil des ans. En 2017, elle attirait plus de 26 000 acteurs couvrant tous les aspects du développement du jeu vidéo: programmeurs, game designers, graphistes, scénaristes, musiciens. Ici, les grands studios font leur marché en côtoyant des éditeurs à l’affût de jeux à publier. Même si la plupart des entreprises et des productions sont à peine connues du grand public.

Stars et légendes du jeu vidéo

La GDC est ainsi l’occasion de découvrir l’envers du décor d’une industrie particulièrement compétitive où les propositions de jeux sont innombrables. Et de croiser des stars dont les noms sont inscrits au Panthéon du jeu vidéo. Des légendes comme Tim Schafer (Day of the Tentacle, Full Throttle), John Carmack (Doom, Quake), Tim Sweeney (ZZT, Unreal) ou encore Jordan Mechner (Karateka, Prince of Persia). Dans la longue liste des shows de la GDC, certains attirent davantage l’attention que d’autres. Les «postmortems» sont des présentations par leurs créateurs de jeux entrés dans l’histoire. Warren Spector revenait sur son Deus Ex, patchwork de thèses conspirationnistes terriblement d’actualité au grand dam de son auteur, tandis que Sid Meier racontait la genèse du premier épisode de la série des Civilization.

SwissGames en force

Mais que représente ce salon pour la Suisse par rapport à l’E3 de Los Angeles ou à la Gamescom de Cologne, les deux grands rendez-vous vidéoludique de l’année? «C’est l’événement le plus important pour les professionnels de la branche, explique Michel Vust, à la tête des initiatives de soutien au jeu vidéo de Pro Helvetia. C’est le meilleur endroit pour observer les dernières tendances, pour comprendre où se situe l’industrie internationale, et pour rencontrer des éditeurs, des investisseurs, des représentants des médias et des créateurs de jeux.» Pour David Canela, auteur de Modsork, un jeu d’adresse ne nécessitant l’usage que des deux joysticks, le trip américain vaut largement le déplacement: «J’ai pu rencontrer des représentants de Nintendo. Plusieurs aspects de mon jeu s’adaptent parfaitement à la Switch, leur nouvelle console, et à ses manettes.»

Cette présence helvétique à San Francisco est aussi un moyen d’atteindre un public plus large. «La GDC est une porte d’accès aux Etats-Unis, qui restent le pays le plus important pour ce qui est du marché du jeu vidéo, continue Michel Vust. L’idée est d’établir durablement le label #SwissGames pour qu’il attire l’attention des professionnels internationaux. Et que progressivement ils se souviennent de lui.»

Des monstres et des donjons

Dans le salon d’exposition, les jeux suisses s’ébattent sur toutes sortes de supports: ordinateurs et consoles (Niche, Nimbatus, Slime-san, Splash Blast Panic), tablettes (Metamorphoseon et Oniri Islands), réalité virtuelle (Break a Leg) et augmentée (Mikma, Opticale). Le jeu d’horreur Hell Eluja propose même un gameplay asymétrique opposant un joueur portant un casque de réalité virtuelle à un adversaire manipulant une tablette. Le premier cherche la sortie tandis que le second, véritable maître de donjon, fait apparaître des monstres sur le chemin de ce dernier. «Nous avons pu rencontrer des personnes impossibles à atteindre autrement, explique Qui Cung, game designer sur Hell Eluja. Des représentants d’Oculus et de Samsung nous ont dirigés vers les interlocuteurs les plus à même de nous aider.»

Du côté de la réalité augmentée, Opticale, développé pour smartphones, propose d’utiliser la géolocalisation pour découvrir des créatures légendaires. Gros carton en Suisse, le jeu cherche désormais à s’ouvrir à d’autres marchés. Inspiré du film «Powers of ten», Mikma permet d’explorer des objets du quotidien, mais à des niveaux microscopiques. «Des représentants du milieu du jeu éducatif nous ont approchés, explique son auteure Nadezda Suvorova. L’éducation n’était pas notre but premier, mais ces contacts pourront nous être utiles.»

De retour de la GDC, Pro Helvetia prépare maintenant la mise en place de son prochain programme de soutien au jeu vidéo. Celui-ci s’insérera dans un cadre plus large composé de deux axes: le design et les médias interactifs, ces derniers incluant le jeu vidéo, les films interactifs et la réalité virtuelle.

 

Des Suisses au palmarès

Des prix sont décernés lors de la GDC aux meilleurs jeux sortis dans l’année ainsi qu’aux jeux les plus prometteurs présentés pendant le salon. Huit jeux étaient ainsi sélectionnés dans la catégorie «Best in Play» dont FAR: Lone Sails développé par les Zurichois Mr. Whale’s Game Service. Cinq autres créations suisses (Airheart, Niche, Oniri Islands, Break a Leg et Splash Blast Panic) repartaient de San Francisco avec chacun une mention honorable. Quant aux prix décernés dans la compétition principale, Overwatch, le jeu d’arène en vision subjective des créateurs de Warcraft, recevait le titre de meilleur jeu de l’année. Quadrilateral Cowboy, où l’on incarne un hacker dans un univers rappelant celui du roman Neuromancien de William Gibson, remportait, lui, le Prix du meilleur jeu indépendant.

>> Cet article a été publié sur le site internet de notre partenaire Le Temps.