Martin Scorsese, notre oncle d'Amérique

<span class="tooltip" id="previewtooltip_fcb8681dc2c546ccb7886be51d848753" style="top: -15px; left: -507px; display: block;">Martin Scorsese, le 30 janvier 2012, à Los Angeles.<br />
<em>"La Film Fondation est une activité qui nourrit l'âme. Si une situation vous préoccupe réellement, il faut se battre sur le terrain"</em></span><br />
Martin Scorsese, le 30 janvier 2012, à Los Angeles.
"La Film Fondation est une activité qui nourrit l'âme. Si une situation vous préoccupe réellement, il faut se battre sur le terrain"

(AP Photo/Chris Pizzello)

Une somptueuse exposition à la cinémathèque française rend hommage au cinéaste new-yorkais Martin Scorsese.  Réalisateur fiévreux, il  est aussi un cinéphile engagé. Avec la Film Fondation, qu'il a fondé, il assure la conservation et la restauration des films anciens. Comme le faisait, dès 1936,  Henri Langlois.

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Tout commence au milieu des années 70, quand le réalisateur, qui prépare Ragging Bull,  entreprend  de visionner des films anciens. Une catastrophe. "Les copies tombaient en lambeaux, étaient recadrées. Parfois, on ne pouvait même plus discerner l'image. Il n'y avait aucune méthode pour restaurer les films en Technicolor trichrome. Tous les films avaient été tournés en couleurs, et les teintes étaient toutes passées (...) je me suis donc attelé à cette cause pour des raison affectives" confiera-t-il à son ami Richard Schickel (Conversations avec Martin Scorsese, Editions Sonatines).

Sensibilisés à ce patrimoine en péril, sept de ses amis le rejoignent :  Woody Allen, Robert Altman, Francis Ford Coppola, Clint Eastwood, Stanley Kubrick, George Lucas, Sydney Pollack, Robert Redford, et Steven Spielberg. Ils décident d'agir. Le ton de Scorsese est vibrant  : "Notre patrimoine artistique américain doit être préservé et partagé par nous tous. Tout comme nous avons appris à être fiers de nos poètes et écrivains, dans le jazz et le blues, nous devons être fiers de notre cinéma, notre grand art américain".

Dans la présentation de cette exposition parisienne, (visible jusqu'au 14 février 2016) et qui nous dévoile  "Photographies, storyboards, costumes, affiches et objets culte", dixit Serge Toubiana, le directeur de la cinémathèque française,  le  visiteur pourra  s'immerger dans l'univers souvent tordu du réalisateur. Un hommage grand format qui  "permet d'éclairer ses sources d'inspiration, ses méthodes de travail et montre à quel point son approche artistique du récit a caractérisé le cinéma américain moderne".
 

<span>THE RED SHOES (1948, de Michael Powell et Emeric Pressburger) Une image avant et après la restauration<br />
"<em>Il nous fallait à tout prix faire en sorte que ces copies puissent traverser les années et être montrées aux générations futures</em>"</span><br />
THE RED SHOES (1948, de Michael Powell et Emeric Pressburger) Une image avant et après la restauration
"Il nous fallait à tout prix faire en sorte que ces copies puissent traverser les années et être montrées aux générations futures"

(capture écran Film Fondation)

Martin Scorsese et son parent Henri Langlois


Il y a une parenté évidente entre Martin Scorsese et feu Henri Langlois, le co-fondateur( avec le cinéaste Georges Franju) de la cinémathèque française. Tous deux sont habités par un même amour du 7ème art. Un amour incandescent.

Le jeune Henri Langlois, faisant l'autopsie de sa passion,  jette ces mots  lucides : " Écrire, je ne pouvais y songer, je n'ai aucune imagination quand il s'agit d'écrire des romans, mon style lui-même ne vaut rien. Le cinéma, il me restait le cinéma. Or, je peux le certifier, je pense cinéma, je vois cinéma, mon imagination est cinéma et je peux au cinéma faire ce que le pinceau ne me permettait pas de peindre. " 

Près d'un siècle après, Scorsese semble emprunter la plume de Langlois quand il déclare  : "A l'âge de 8 ou 9 ans, je regardais des émissions à la télévision puis j'essayais d'en faire une version cinéma, en dessinant. (...) En fin de compte, je crois que ma place est dans le cinéma et nulle part ailleurs"


Nul ne peut douter de l'indicible plaisir, du frisson délicieux que doit ressentir le cinéaste américain de 72 ans ainsi honoré en France, ce pays qui sauva sa carrière en 1976, quand le festival de Cannes lui décerna sa Palme d'or pour "Taxi Driver" et aussi, historiquement, parce que c'est en France qu'eu lieu la première projection publique et payante de l'histoire du cinéma.Une date.

C'était le 28 décembre 1895 au 14, boulevard des capucines à Paris. L'un des trente trois spectateurs, fortement émotionné,  écrit alors : "A ce spectacle, nous restâmes tous bouche bée, frappés de stupeur, surpris au-delà de toute expression. A la fin de la représentation, c’était du délire, chacun se demandait comment on avait pu obtenir pareil résultat.
Le spectateur se nommait Georges Méliès.

Alfred Hitchcok et Henri Langlois lors de la remise de la Légion d'Honneur au cinéaste anglais, à Paris, le 14 janvier 1971
Alfred Hitchcok et Henri Langlois lors de la remise de la Légion d'Honneur au cinéaste anglais, à Paris, le 14 janvier 1971
(AP photo)

Un suicide artistique

Georges Mélies ! Celui-là même qui fera l'objet d'un film-hommage, époustouflant,  de Scorsese : Hugo Cabret.
Le cinéaste avait découvert Mélies et son "Voyage dans la lune" en 1956 à l'âge de 13 ans. Il le saluera  un demi-siècle plus tard en 3D.

En créant The Film Fondation,  qui restaure et réhabilite des films anciens, il est évident que Martin Scorsese a pensé au destin tragique de Mélies,  le premier magicien du cinéma qui, un jour de désespoir, vendit plus de 500 de ses films à un fondeur.  Suicide artistique. Heureusement, cette oeuvre géniale fut partiellement sauvé par les collectionneurs, dont Henri Langlois qui écrivit : « Son œuvre, que nous essayons par tous les moyens de retrouver et qui fut détruite par lui, comme par un enfant désespéré lorsqu'il découvre la méchanceté des hommes, est peut-être le témoignage le plus cruel contre notre temps qui a détruit en nous la pureté de l'enfance. Si bien que le jour où réapparaîtra Méliès sera le jour où le monde sera sauvé et pour toujours. "

Serge Toubiana, évoquant la Film Fondation de Martin Scorsese écrit dans la présentation de cette exposition : "Martin Scorsese a lancé un cri d’alerte au monde entier, en prenant à témoin les industriels du cinéma, afin d’empêcher le naufrage du patrimoine cinématographique. Il l’a fait en toute sincérité, en toute lucidité, pour préserver du même coup sa propre cinéphilie, ses propres trésors accumulés dans sa cinémathèque intime et privée. Ce geste, qui s’est traduit par la création de la Film Foundation, a reçu un écho considérable et mobilisé archivistes et cinémathécaires, responsables de collections au sein des studios, ayants droit, programmateurs de festivals, mécènes privés, responsables politiques (en France, c’était au temps des « années Lang »), bref, tous ceux qui se préoccupent de la mémoire du cinéma. Cette « cause » lui colle à la peau et en a fait un cinéaste plus que d’autres soucieux, curieux, des films des autres, aussi bien anciens que contemporains."

Avec la Film Fondation, Martin Scorsese poursuit donc,  à sa façon,  le travail de Henri Langlois que Cocteau comparait  à un "dragon qui veille sur nos trésors ". Martin Scorsese, lui,  est un trésor qui veille sur nos trésors.
 

Cinémathèque française, 51, rue de Bercy 75012 Paris.
01 71 19 33 33.
Métro Bercy (6 et 14).
 

Exposition Infos pratiques

Du 14 octobre 2015 au 14 février 2016

Horaires

  • Lundi 13h00 - 19h00
  • Mardi Fermé
  • Mercredi 13h00 - 19h00
  • Jeudi 13h00 - 22h00
  • Vendredi 13h00 - 19h00
  • Samedi à dimanche 10h00 - 20h00
  • 19 décembre 2015 - 3 janvier 2016 10h00 - 20h00
  • 25 décembre 2015 Fermé
  • 1 janvier 2016 Fermé

Vacances scolaires (17 oct - 1 nov) : 10h00 - 20h00
Vacances scolaires (19 déc - 3 janv) : 10h00 - 20h00

Tarifs


  • Plein tarif 12 €
  • Tarif réduit 9 €
  • Moins de 18 ans 6 €
  • Libre Pass Gratuit
  • Exposition + Musée 13 €
  • Exposition + film 13 €