Culture

Mireille Darc ou la passion de la vie

Mireille Darc et Alain Delon au Lido à Paris le 13 décembre 1973.
Mireille Darc et Alain Delon au Lido à Paris le 13 décembre 1973.
(AP Photo)

Mireille Darc qui vient de décéder lundi 28 août 2017 n'aura pas été qu'une "grande sauterelle" blonde et sexy au cinéma ou la compagne d'Alain Delon pendant 15 ans. Elle aura été également une réalisatrice sensible et exigeante, tournant des documentaires sur des sujets sociétaux souvent difficiles.

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"Je ne suis pas une cocotte-minute", assurait Mireille Darc dans "Du Rififi à Paname", le film de Denys de la Patellière sorti en 1966. De fait, au tournant des années 80, l'actrice aura réussi sa reconversion. "Elle était l'idole des comédiens, des scénaristes et des réalisateurs des années 70. Auprès des machos des Tontons flingueurs, elle se comportait comme un "copain", toujours prête à rigoler et à faire la fête. Mimi, c'était à la fois la grande sœur, l'amante et la maman. Si elle est restée une femme extraordinairement naturelle, elle s'était composée, à force de travail, un personnage unique. Brune née à Toulon, elle était devenue blonde et parisienne, et a fait sa carrière sur ces critères", se souvient aujourd'hui le journaliste Philippe Labro.

Mireille Darc, une force simple


"La grande sauterelle" - surnom tiré du film éponyme qui restera - se promenait dans le champ des caméras. Elle décida un beau jour de pousser l'excursion dans le contre-champ des plateaux. Elle passa donc à la réalisation de documentaires.  Mireille Darc, "dont la personnalité ne demande qu'à s'affirmer" comme l'écrivait le journal Le Monde au début des années 60 s'affirmera dans le genre avec une tranquillité souriante, une force simple, imposant un regard féminin qui ne relèvera pas, pour autant, du féminisme.

Grâce soit rendue à Paul Nahon et à Bernard Benyamin de lui avoir fait confiance.  Pour ce duo de journalistes en charge d"Envoyé  Spécial" le magazine de la rédaction, Mireille Darc réalisera plusieurs films. "J'ai vécu avec un homme qui est mort après une greffe du foie. C'était très dur", confie-t-elle au Télégramme de Brest en 2015. Au même moment, ils m'ont proposé de faire un documentaire sur la greffe d'organe. J'ai répondu que je ne savais pas si j'étais capable de faire ça. Alors ils m'ont adjoint quelqu'un, qui était un cameraman chevronné, qui m'a aidée, qui m'a chaperonnée en me poussant à oser, à poser des questions. Ça a commencé comme ça. Je crois qu'ils ont senti, l'un et l'autre, que j'étais prête, que j'étais à un moment de ma vie où j'étais apte à m'intéresser aux autres. Or, si vous n'avez pas cet intérêt profondément ancré en vous, vous ne pouvez pas faire de documentaire."
 

"L'intime apporte et nourrit davantage"

Pour les émissions télévisées "Envoyé Spécial, Infra Rouge" et "Des racines et des ailes" sur la chaîne France 3, Mireille Darc réalisera "La deuxième vie" en 1992, sur la transplantation d’organes : "La greffe, c'est une histoire à deux, une adoption" dira-t-elle joliment. 

Avec "Brève rencontre" en 1994, elle évoquera le sort des prostituées. Dans "Le doute et l’espérance" (1996), elle traitera du cancer, et évoquera le chemin difficile des femmes qui sortent de prison en 2002 dans "De l’ombre à la lumière"

Toujours des sujets difficiles, loin, bien loin de la chantilly du show biz et des sourires obligatoires. Pourquoi donc de tels choix ?  "L’intime apporte et nourrit davantage", confiait-elle. Sans la forme documentaire, je paraîtrais trop curieuse. À travers le documentaire, je me donne la possibilité d’approcher les autres de manière plus profonde."

Mireille Darc savait la fragilité de la vie. Elle était née avec une malformation cardiaque, et avait dû se faire opérer à de nombreuses reprises. Elle avait été victime d'une embolie en 1979, à l'age de 41 ans, et avait bénéficié d'une opération à coeur ouvert en 1980 puis réopérée il y a trois ans, à 75 ans. A chaque fois, elle aura pu compter sur Alain Delon et son fils Anthony. L'actrice n'avait pas d'enfant. Elle aura élevé le fils de la méga-star comme s'il était sien. "Mimi a été ma belle-mère (...) Aujourd'hui, je la considère toujours comme quelqu'un de ma famille. On a énormément de tendresse l'un pour l'autre et une qualité d'échange incroyable."

Darc invité
© TV5MONDE

Son dernier documentaire, diffusé en 2015 sur France 2, évoquait le sort des femmes sans abri : "Je suis une femme. Je sais ce qu’elles ont dans le cœur et le ventre expliquait-elle", au Figaro. Ce sera peut-être une goutte dans un océan, mais si, grâce à ce documentaire, nous rendons ces femmes moins invisibles, ce sera bien."

Au total, Mireille Darc réalisera treize documentaires pour la télévision, tous salués élogieusement par la critique, déjà dure d'ordinaire mais qui peut se révèler impitoyable concernant de telles reconversions professionnelles.

Son talent parlait pour elle.