Mort de André Glucksmann, un philosophe militant

Glucksman

Le philosophe André Glucksmann est mort à Paris  dans la nuit du 9 au 10 novembre. Très engagé en faveur des droits de l'homme, cet ancien assistant de Raymond Aron à la Sorbonne, proche de Jean-Paul Sartre, faisait partie du mouvement des "nouveaux philosophes".
 

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C'est son fils, Raphaël Glucksmann, qui a annoncé la nouvelle de sa disparition sur son compte Facebook .
Le réalisateur écrit :

"Mon premier et meilleur ami n'est plus. J'ai eu la chance incroyable de connaître, rire, débattre, voyager, jouer, tout faire et ne rien faire du tout avec un homme aussi bon et aussi génial. Voilà, mon père est mort hier soir"

La ministre de la Culture Fleur Pellerin salue également l'une des voix des nouveaux philosophes.

Le philosophe André Glucksmann est mort lundi soir à l'âge de 78 ans.

L'auteur de "La Cuisinière et le Mangeur d'hommes" était né à Boulogne-Billancourt le 19 juin 1937 dans une famille d'origine juive polonaise. 

Glusksmann, un enfant fasciné par la résistance


L'enfant connait l'occupation allemande et sera fasciné par la Résistance et la figure de sa mère, très engagée dans le mouvement.

Il se forge là, durant ces années cruciales, son engagement en faveur de la non acceptation de ce qui est et de l'importance de l'engagement politique.
Dans un de ses derniers ouvrages, Une rage d'enfant (éd. Plon, 2006), le philosophe revenait sur cette période et notamment son sort d'enfant caché sous l'Occupation.

Sur le site La Dépêche.fr, son fils évoque cette période :

"Il a même été mis dans les trains et sa mère a réussi à l'en sortir. Donc, il m'a dit que tout le reste, c'était du rab et que 70 ans de rab, c'était une chance incroyable et qu'il fallait la saisir pour en faire profiter d'autres qui avaient moins de chance que lui".

Son engagement commence avec le  Parti communiste français, durant les années 60, puis il sera compagnon de route des intellectuels maoïstes. Avec eux, il deviendra alors  un adversaire farouche du Parti communiste.
Avec Jean Paul Sartre le 26 juin 1979, après un entretien à l'Elysée avec le Président Giscard d'Estaing pour évoquer le sort des boat people.
Avec Jean Paul Sartre le 26 juin 1979, après un entretien à l'Elysée avec le Président Giscard d'Estaing pour évoquer le sort des boat people.
(AP photo)
"Quand j'étais petit, à la maison, il y avait des réfugiés à la fois des dictatures fascistes d'Amérique Latine et des dictatures soviétiques et communistes d'Europe de l'Est, des Afghans, des Algériens... Ils se retrouvaient chez nous sans se connaître, ils dormaient chez nous, souvent je devais laisser ma chambre" témoigne son fils.

Aron et Sartre en faveur des "boat people"


A la fin des années 1970,  avec Jean-Paul Sartre et Raymond Aron, il s'était battu   en faveur des "boat people" quittant le Vietnam communiste. Le philosophe prendra toujours fait et cause contre toutes les formes de totalitarisme.
Le choc viendra en 1974 avec la publication de "L'Archipel du goulag" de Soljenitsyne qui évoque le système carcéral et le travail forcé mis en place en Union soviétique
Le livre va être comme un déclencheur dans l'esprit d'André Glucksmann.

Il amorce un virage intellectuel et politique et rejoint  "les nouveaux philosophes".

En mai 2011, il avait évoqué les enjeux et les contentieux de valeurs qui traversent la communauté politique.


Militant de la démocratie et des droits de l'homme, ce défenseur des dissidents d’Europe de l’Est et du peuple tchétchène avait alors été rangé parmi les néoconservateurs français.

Contre toute attente, il avait, en 2007, soutenu Nicolas Sarkozy, avant de se raviser et de faire son autocritique.

Le FN ? "Questions vitrifiées, réponses outrancières !"


En décembre 2010, dans une tribune publiée par le journal Le Monde, il fustigeait la tentation française d'adhérer au programme du Front National : " Le FN poserait les bonnes questions en offrant de mauvaises réponses ? Il suffit ! Ses questions vitrifiées sont aussi nulles que ses réponses outrancières. Il faut être obsédé – ou vouloir obséder l'électeur – pour claironner que l'immigration est le cœur de nos malaises, avant le chômage des jeunes, la paralysie de la croissance, le risque d'éclatement de l'euro et de l'Europe. (...) Restait à la blonde Marine de réactiver les fantasmes de son papa, pour le plus grand plaisir des enfants de l'OAS et des bâtards d'Al-Qaida. Allons-nous capituler et fuir les véritables défis dans les noirs pâturages des conflits imaginaires ? Si la politique s'enlise en diabolisant roulottes et mosquées, si la droite républicaine s'écrase devant les fixettes de l'ultradroite, si la gauche démocratique espère tirer les marrons du feu sans sortir de son coma intellectuel, pauvre France, triste Europe. Votre destin se décidera entre Pékin, Moscou et Washington, voire à Téhéran ou à La Mecque."