Culture

Planche(s) Contact, le rendez-vous de la photographie à Deauville

Le public de Planche(s) Contact à Deauville.
Le public de Planche(s) Contact à Deauville.
©Isabelle Soler pour TV5MONDE

« Ceci n’est pas le 21ème arrondissement ». Ce titre (du photographe danois Joaquim Eskildsen exposé cette année) pourrait être celui de Planche(s) Contact, le festival de créations photographiques de Deauville. La cité balnéaire la plus proche de Paris ne saurait se satisfaire de cette image de succursale de la capitale. Deauville qui attire de janvier à décembre des parisiens en recherche d’embruns cossus interroge une nouvelle fois son identité par le biais de la photographie.

dans
Planche(s) Contact fête son 6ème anniversaire. Le Festival créé en 2010 pour le 150ème anniversaire de la ville atteint sa jeune maturité. Deauville qui a misé sur la commande photographique pour attirer photographes confirmés et émergents voit son pari aboutir. « 6 ans, c’est l’âge auquel les enfants rentrent à la grande école, c’est le temps qu’il aura fallu au festival pour entrer dans le cercle des grands rendez-vous photographiques », selon son directeur artistique Philippe Normand.

 
Deauville selon Peter Knapp.
Deauville selon Peter Knapp.
©Isabelle Soler pour TV5MONDE
Seule directive aux artistes : mettre en scène Deauville dans toute sa diversité. Car la belle n’est pas qu’un décor 19ème. Certes 70% de résidences secondaires mais ne pas négliger pour autant les résidents permanents. Ils sont 5000 à vivre et travailler ici, dans le tourisme, les commerces ou les grands hôtels mais aussi dans les métiers de la plage ou de la mer. Cette demande, porter un regard neuf sur ces réalités sociales et économiques, problématique au cœur de la démarche photographique, attire les meilleurs. C’est ainsi que Deauville voit défiler à l’automne le gratin de l’objectif, de Charles Freger en 2010, Alice Evans en 2011 jusqu’à Sarah Moon en 2014 ou Peter Knapp qui pour cette 7ème édition. Le photographe connu mondialement pour ses clichés de mode a monté sur la plage face à la mer une lumineuse installation. Bleu, intense, immense. Des planches de Deauville, on ne voit qu’elle face au bleu de l’océan qui sert de toile de fond à ses compositions.

 
Photographie de Maia Flore à Deauville. 
Photographie de Maia Flore à Deauville. 
©Isabelle Soler pour TV5MONDE
Plus secret, à la Chatonnière, bibliothèque désaffectée laissée dans son jus, l’accrochage de Maia Flore. Le décor est un parfait écrin pour les compositions de cette jeune photographe de l’Agence Vu, primée en 2015 par le prix HSBC. Son Deauville se regarde par le petit bout de la lorgnette comme dans cette photographie équivoque. Chez Maia Flore, les visages se cachent ou se détournent pour mieux offrir au regard l’intensité des couleurs et des contrastes ou révéler sans les expliquer ses mises en scènes. Deauville a prêté à son objectif ses visages cachés de friche, non pas industrielle, mais touristique : hôtels en rénovation, architecture vintage ou plage intemporelle.

 
Photographie de Patrick Tourneboeuf au Normandy.
Photographie de Patrick Tourneboeuf au Normandy.
©Isabelle Soler pour TV5MONDE
Même envie de passer derrière le décor pour Patrick Tourneboeuf. Lui continue à creuser son sillon dans les lieux de mémoire. Après sa série Monumental, il s’est posé ici avec son pied et son appareil dans les chambres du Normandy, le palace mythique en rénovation, jusqu’à disparaître dans le décor. Une gageure car le groupe Barrère ne voyait guère d’un bon œil l’immersion de cet intrus dans les coulisses du chantier. Pas très vendeur de regarder sous les jupes de cette vieille dame à l’heure de son lifting. Il eut été dommage de l’en empêcher tant ses photos révèlent l’âme du lieu, et un pan de son histoire gravée dans les papiers peints et les sols en terrazo des antichambres.
 
Un dévoilement qui fait le ravissement du maire centriste de la ville. Etre un arrondissement de Paris plus maritime que les autres, très peu pour Philippe Augier. Foin de naphtaline. La ville doit aérer ses placards fussent-ils dorés et admettre ses identités multiples. Elu depuis 2001, le maire le rappelle : la ville compte plus de 30% de logements sociaux, et pas en périphérie. Lui les a voulus en centre ville pour éviter ghettoïsation et exclusion. Pour que chaque résident profite à égalité de la douceur des lieux.  

Le directeur de l’Agence française de vente de pur-sang n’en est pas moins homme d’affaire. "Je gère Deauville comme un chef d'entreprise" dit-il. Comprenez : il faut que ça tourne. "J'ai axé la stratégie de développement autour de l'événementiel », ajoute t-il. On peut être un maire social et ne pas oublier d’exploiter son capital.

 
Les planches de Deauville.
Les planches de Deauville.
©Isabelle Soler pour TV5MONDE
L’édile d’une des villes les plus glamour de France en a bien conscience : outre son climat, sa position privilégiée sur la Côte Fleurie en façade maritime, son image est l’une de ses richesses. Et cela ne date pas d’hier. Dès sa construction, la ville s’est voulue Cité de plaisirs contrairement à sa voisine Honfleur qui offrait plus volontiers son capital balnéaire. A Deauville, les investisseurs, hommes d’affaires, grands financiers, aristocrates ont immédiatement misé sur le décor. De grands architectes ont été sollicités pour développer casinos, palaces, ou hippodrome. Partout ils ont rivalisé d’imagination pour construire ici un chalet russe, là des immeubles haussmanniens afin ne pas dépayser la clientèle parisienne issue des beaux quartiers. Ainsi s’érige Deauville, le petit Paris normand. Une image qui est sa valeur la plus sûre jusqu’après la 2ème guerre mondiale, quand la ville mise à nouveau sur son image pour assurer sa renaissance économique.
 
Après le train Bleu, l’autoroute A13 prolongée dans les années 70 désenclave un peu plus Deauville. Sous l’influence de Michel d’Ornano, plusieurs fois ministre de Valéry Giscard d’Estaing et maire durant 15 ans, la ville se rêve en technicolor. Lelouch y tourne son chabadabadesque Un homme et une femme. Le festival du film américain créé en 1975 attire sur les planches les vedettes américaines. Solitaire du Figaro, International Polo Cup, ventes de chevaux Yearling…. 12 mois sur 12, Deauville mise sur son attractivité internationale. Jusqu’au 27 novembre, c’est son exceptionnelle photogénie qu’elle offre aux promeneurs d’automne.