Roman Polanski : un passé qui ne passe pas

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<div id="tts_button">Le cinéaste Roman Polanski à la cour régionale de Cracovie, en Pologne, le mercredi 25 février 2015. Elle examine  une demande d'extradition des Etats-Unis, qui date de 1977.</div>
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Le cinéaste Roman Polanski à la cour régionale de Cracovie, en Pologne, le mercredi 25 février 2015. Elle examine  une demande d'extradition des Etats-Unis, qui date de 1977.
(AP Photo / Alik Keplicz)

Roman Polanski, 83 ans, a préféré renoncer à présider le 24 février prochain la 42e cérémonie des César. Le choix du cinéaste franco-polonais avait suscité l’indignation en raison de l’accusation de viol dont il fait l’objet depuis 1977. Sa victime, qui avait 13 ans au moment des faits, lui a pourtant pardonné en 2003.
 

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Le communiqué de son avocat précise que le cinéaste est "profondément attristé" et que cette polémique a "atteint sa famille".  Aussi, Roman Polanski " a décidé de ne pas donner suite à l’invitation " des organisateurs. L'affaire, de toutes façons, était mal engagée. La certitude d'un scandale au cours de la cérémonie semblait inéluctable.
 

Le choix de l'Académie des César, la semaine dernière avait provoqué un joli tollé sur les réseaux sociaux. Les associations féministes appelaient au boycott. Laurence Rossignol, la ministre des Droits des Femmes avait protesté. On parlait de scandale, de boycott,  et des manifestations devant le très chic Fouquet's, cette brasserie de luxe des Champs-Elysées, où a lieu l'annonce officielle des nominations des César, étaient envisagées.
Pression maximale, donc.

"L'objectif, c'est de dénoncer le choix de l'Académie des César et de réveiller aussi la profession", soulignait alors Alice Coffin, coordinatrice de la manifestation et membre du groupe féministe La Barbe.

Décidément, le réalisateur n'en finira jamais avec cette affaire de viol, qui empoisonne sa vie... et celle de sa victime depuis 1977.

Photo d'archives non datée où le réalisateur polonais Roman Polanski parle aux médias de Los Angeles
Photo d'archives non datée où le réalisateur polonais Roman Polanski parle aux médias de Los Angeles
(AP)


1977, un viol dans la villa de Jack Nicholson ?

Roman Polanski est recherché par la police américaine pour avoir eu des relations sexuelles illégales avec une mineure. En 1977, le réalisateur, alors âgé de 43 ans, a un rapport sexuel avec une jeune fille de 13 ans, Samantha Geimer, qu'il photographiait pour le magazine Vogue, dans la maison californienne de l'acteur Jack Nicholson. Un rapport «consenti» selon Roman Polanski, «forcé» selon la mineure.

Le réalisateur est arrêté par la police américaine, en avril. Il reconnaît être coupable d'attouchements sexuels sur Samantha Geimer, il plaide coupable de « rapports sexuels illégaux » mais réfute le viol. Il est cependant incarcéré six semaines à la prison de Chino, en Californie, puis libéré sous caution. 

Malgré un accord conclu avec la justice américaine, il quitte le territoire américain avant l’annonce du verdict, avec une simple carte de crédit en guise de bagage. Polanski risquait malgré tout une peine de prison de 50 ans. Il s'installe en Grande-Bretagne puis en France, à Paris, en 1978 et acquiert la nationalité française, lui, qui est né dans le 12ème arrondissement de Paris. Depuis, considéré comme "fugitif", le cinéaste ne reviendra jamais sur le sol américain.

Samantha Geimer a pardonné


En août 1994, le procureur chargé du dossier criminel, Roger Gunson, exige qu'il se présente devant la Cour. Roman Polanski avait pourtant mis un terme au procès civil en payant 225.000 dollars à Samantha Geimer. Sa victime, en  mars 2003,  "pardonne" publiquement à Polanski mais refuse toujours le terme de rapport sexuel "consenti". Elle réitère qu'il y a eu viol. « Polanski m'a fait boire du champagne et avaler du Quaalude. Et il a abusé de moi », déclare-t-elle.

Les États-Unis émettent un mandat d'arrêt international, en 2008, pour juger de nouveau Roman Polanski. Un documentaire controversé, Roman Polanski: Wanted and Desired de Marina Zenovich, rallume l'affaire jamais vraiment éteinte, sur "les relations sexuelles illégales".

En 2008, Samantha Geimer. souhaite délaisser toute procédure à l'encontre du réalisateur pour éviter de revivre ce traumatisme et, surtout, dit-elle,  pour protéger ses enfants.

Sa position, depuis, est invariable. Elle réclamera à plusieurs reprises l’abandon définitif des poursuites. En octobre 2013, elle assure la promotion de son livre La Fille, et annonce correspondre ponctuellement par mail avec le réalisateur depuis 2009. Elle réaffirme lui avoir pardonné. Contrairement à la justice américaine, qui n'entend pas lâcher "l'affaire Polanski".

En septembre 2009, il avait été arrêté en Suisse et libéré deux mois plus tard,  mais assigné à résidence avec port d’un bracelet électronique.
Aujourd’hui, Roman Polanski n’a le droit de se déplacer qu’en France, en Suisse et en Pologne, trois pays qui refusent de l’extrader vers les Etats-Unis.

Un pied de nez indigne

Les réactions après l'annonce de ce retrait ont fusé. Sur un blog, on peut lire ce commentaire outré  : "Alors comme ça en France nous en sommes-là ? Lorsque je déplore l'absence de prise en compte de l'art et de la culture par les responsables politiques on voit où cette inculture programmée même. On confond à peu près tout. C'est en sa qualité de cinéaste mondialement reconnu et primé que Roman Polanski avait été choisi et c'était un honneur pour le cinéma français de voir cette cérémonie présidée par lui.

Osez le féminisme écrit : « La désignation de Roman Polanski est un pied de nez indigne fait aux nombreuses victimes de viols et d'agressions sexuelles »".

j'ai envie de leur dire : "Osez le cinéma, mesdames les féministes !". Il s'agit de la présidence d'une cérémonie consacrée au cinéma. Où est le pied de nez. Personne ne demande à Roman Polanski de présider une réunion féministe ou une commission contre les agressions sexuelles !"

Alice Coffin,  du groupe féministe La Barbe, a également réagi sur Twitter :