Culture

Suède : un musée de l'échec pour renouer avec le succès

Des lasagnes au boeuf signés Colgate. Les papilles du public n'ont pas été émoustillées. Et l'entreprise est partie se brosser ailleurs.
Des lasagnes au boeuf signés Colgate. Les papilles du public n'ont pas été émoustillées. Et l'entreprise est partie se brosser ailleurs.
(capture écran)

Exposer les plus gros ratages commerciaux  afin de "positiver" l'expérience de l'échec. C'est l'idée de ce musée suédois qui vient d'ouvrir ses portes. Dans ce temple du fiasco sont exposés les plus gros "bides" industriels. Apple, Google et Donald Trump sont à l'honneur.
 

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Le ticket d'entrée coûte 10 euros pour les adultes, moitié prix pour les ados. Rien de bouleversant quand on sait les millions de dollars investis pour lancer ces produits ... qui se sont tous ramassés. Le Musée, situé à Helsingborg, petite ville côtière du sud-ouest de la Suède, prévient : "L'apprentissage est le seul moyen de transformer l'échec en succès. La collection se compose de plus de soixante-dix produits et services ratés et qui viennent du monde entier. Chacun d'eux offre un aperçu unique de l'activité risquée de l'innovation."

Samuel West, "docteur en psychologie des organisations" et initiateur du lieu : "<em>Nous savons que 80% à 90% des projets innovants échouent et que l’on n’en entend jamais parler. On ne les voit jamais, personne n’en parle. Si l’on peut retenir une seule chose de ces projets, ce sont les enseignements de leurs erreurs.</em>"
Samuel West, "docteur en psychologie des organisations" et initiateur du lieu : "Nous savons que 80% à 90% des projets innovants échouent et que l’on n’en entend jamais parler. On ne les voit jamais, personne n’en parle. Si l’on peut retenir une seule chose de ces projets, ce sont les enseignements de leurs erreurs."
(capture écran)


Dans ce  musée du flop, du bide et de l'échec, l'étonnement domine. Impossible de rester de marbre devant ces audaces industrielles promises à la poubelle.

Mais on aurait tort de railler ces fiascos plus ou moins retentissants.

Le succès commercial obéit à des règles mystérieuses. Le grand public assure la notoriété d'un produit en fonction de l'air du temps, de la mode et de ses caprices. Qui aurait pu imaginer qu'un jour, des hordes de gros malins, zombies branchés, envahiraient des villes pour attraper des Pokémons avec leur smartphone-épuisette ? Samuel West, directeur de cet étonnant musée, confiait à CNN : "Une chose me frappe toujours : le succès est toujours mis sur un piédestal. Les échecs, eux, sont toujours mis sous le tapis, là où on finit par les oublier. On sait pourtant que 90 % des innovations sont des échecs".

Bic pour les femmes et masque de beauté


Et on a le droit de sourire.

On trouvera donc dans ce musée pas comme les autres, des chips sans calories (mais aux vertus laxatives), un "Coca-Cola BlàK" parfumé au café, une bicyclette en plastique censée muscler les mollets suédois. Hélas, l'engin était sensible à la dilatation.
 

Un masque électrique qui ressemble à un objet de torture. Faut-il souffrir à ce point pour être beau ?
Un masque électrique qui ressemble à un objet de torture. Faut-il souffrir à ce point pour être beau ?
Museum of Failure


On trouve également un masque de beauté qui stimulait le visage avec des chocs électriques. Le fabricant, sans rire,  promettait à l'utilisatrice de devenir aussi belle que l'actrice Linda Evans, héroïne du feuilleton Dynastie ! On ignore à combien d'exemplaires cet objet s'est écoulé.

Des stylos jetables conçus pour les mains des femmes... Une drôle d'idée qui n'a pas fait beaucoup sourire..
Des stylos jetables conçus pour les mains des femmes... Une drôle d'idée qui n'a pas fait beaucoup sourire..
(capture écran)


Citons aussi le "Bic for her", un stylo jetable conçu, on se demande bien pourquoi,  uniquement pour les femmes !

Contacté par l'Express, Samuel West ne mâche pas ses mots au sujet de ce produit : "Les femmes se sentaient insultées par ce produit idiot. On se demande si Bic n'avait pas une seule femme dans la direction"

Il y a également un parfum Harley Davidson (mais depuis quand les motards se parfument-ils ?) et un ketchup (Heinz) de couleur verte du plus mauvais effet.

Citons enfin le TwitterPeek, un petit appareil pour accéder uniquement à Twitter. En 2009, au moment de sa sortie, l'objet coûtait 200 dollars. Flop.

Mais le musée a aussi ses perles.

Il s'agit d'inventions plus ou moins ratées et dont les créateurs (ou la firme à l'origine du produit) sont passés à la postérité.

L’Apple Newton, le grand flop

L'Apple Newton, nommé ainsi en référence à l'inventeur de la gravité et sa célèbre pomme. Les utilisateurs, à l'époque, lui préférèrent le Palm Pilot.
L'Apple Newton, nommé ainsi en référence à l'inventeur de la gravité et sa célèbre pomme. Les utilisateurs, à l'époque, lui préférèrent le Palm Pilot.
(capture d'écran)

Il y a 25 ans,  le président d’Apple, John Sculley,  présentait à Chicago  une tablette révolutionnaire, un assistant personnel, ancêtre des tablettes actuelles. Son nom ? Apple Newton. Il fut abandonné en 1998. L'objet, qui reconnaissait (difficilement) votre écriture, permettait pourtant d'envoyer des e-mails et des messages sans fil. Mais le processeur n'était pas assez rapide et l'écran de piètre qualité. Steve Jobs, de retour aux affaires, arrêta net sa production. Un échec majeur ? Pas vraiment.  Sans l'Apple Newton, l'iPod et l'iPad n'auraient peut-être pas existé sous leur forme actuelle.

Les joueurs virent Trump

Un gros flop commercial pour celui qui est devenu président des Etats-Unis. Cette fois, ce sont les utilisateurs qui ont viré l'homme d'affaires.
Un gros flop commercial pour celui qui est devenu président des Etats-Unis. Cette fois, ce sont les utilisateurs qui ont viré l'homme d'affaires.
capture d'écran

C'était une sorte de Monopoly, sorti en 1989, qui coûtait 25 dollars. Mais les joueurs, au nombre de trois ou quatre,  devaient suivre des règles trop compliquées. A l'aide de 72 cartes, il s'agissait  d'acheter et de vendre diverses propriétés pour gagner un maximum d'argent. Le gagnant est le joueur qui avait gagné le plus d'argent, une fois toutes les propriétés achetées. 

Trump the Game devait séduire deux millions de personnes. L'homme d'affaire en vendra 800 000. Lors de sa sortie, le slogan publicitaire était : "Il ne s'agit pas de savoir si vous gagnez ou si vous perdez, il s'agit de gagner !" Du pur Trump, en effet.

Google se plante avec les Google Glass

Les Google Glass, le  21 février 2014.
Les Google Glass, le  21 février 2014.
(AP Photo/Seth Wenig)

En 2012, Google présentait ses Google Glass.
Elles devaient changer notre vision du monde. Elles révélèrent surtout la myopie du géant américain. L'idée initiale avait pourtant de quoi bluffer. Pour 1500 dollars, l'objet permettait d’envoyer des messages, de surfer sur le net et d’enregistrer des vidéos. Et donc n'importe qui. Le respect de la vie privée en prenait un coup. Et les problèmes se succédèrent. En mars 2013, un café de Seattle prévient que les lunettes sont interdites dans son établissement. Une autre femme qui portait ces lunettes se fait agresser dans un bar de San Francisco. En janvier 2014, un couple est arrêté en pleine séance de cinéma par des agents du FBI. L'homme, porteur d'une paire de Google Glass,  est soupçonné d'avoir piraté le film.

Google abandonne le projet pour le grand public en janvier 2015. Mais  le secteur médical plébiscite ces lunettes à réalité augmentée. Elles permettent de communiquer et filmer une opération en cours, tout en ayant les mains libres.

Étonnamment, si la plupart des entreprises à l'honneur ont expédié divers échantillons de leurs ratages commerciaux, aucune société suédoise n'a joué le jeu pour l'instant. Les Américains auraient-ils moins de complexe à avouer leurs échecs que les Suédois ?