Visa pour l'Image : les turbulences du monde dans le viseur

©TV5MONDE

La 29ème édition du prestigieux Festival International de photojournalisme Visa pour l'image se déroule à Perpignan dans le sud-ouest de la France. La bataille de Mossoul en point de mire, mais aussi des sujets, reportages plus inattendus. La découverte c'est aussi l'un des moteurs de Visa pour l'Image. Rencontre avec Jean-François Leroy, directeur du festival.

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Jean-François Leroy
Jean-François Leroy
©CecileMella
"L'énergie est là et elle perdure ! ". Jean-François Leroy, directeur et fondateur, d'un des plus grands festivals du monde dedié au photojournalisme se réjouit. " C'est ça qui me motive !  Voir tous ces photographes heureux d'avoir une expo, ces rencontres, du monde entier, je travaille 51 semaines pour ça...

Bataille de Mossoul, crise au Venezuela, guerre contre la drogue aux Philippines, conflits, crises politiques et économiques... chaque année le patron de Visa reçoit des milliers de propositions.  "J'ai des sujets que je veux traiter. Par exemple, il est évident que cette année je voulais traiter du Venezuela, des Philippines...  Et là,  vous voyez arriver des travaux comme Daniel Berehulak ("Philippines : ils nous abattent comme des animaux")  ou  de Meredith Kohut ("le Venezuela au bord du gouffre")  et vous vous dites : voilà c'est ça ! ". 

Sur la vingtaine d'expositions de la manifestation , trois reportages sur Mossoul et, une première dans l'histoire du Festival, les 4 photographes nommés au "Visa d'Or Paris Match News " traitent de la bataille contre le groupe État Islamique au coeur de la ville irakienne, reprise en juillet dernier aux djihadistes. 
 

Moi je milite pour les Droits de l'Homme, je m'insurge contre le manque de tolérance des Hommes. Si c'est ça être militant, alors oui je suis militant !Jean-François Leroy, directeur de Visa pour l'image
Cette année, c'est Laurent Van Der Stockt, reporter de guerre depuis plus d'un quart de siècle et figure emblématique de la profession, qui a été récompensé. Et à ses
détracteurs, à ceux qui pourraient reprocher au directeur de Visa pour l'Image de ne montrer qu'un monde tragique, violent, Jean François Leroy répond: "Faites le compte du nombre d'attentats à travers le monde ! On parle toujours de Londres, de Barcelone ou de Paris mais malheureusement il y a aussi Lahore ou Mogadiscio, le Nigeria...  Le monde c'est Daesh (acronyme du groupe État Islamique), c'est l'Irak, la Syrie, La Tchétchénie c'est la guerre des gangs au Mexique, le monde est moche en ce moment alors que  nous on est bien assis dans nos petits fauteuils, on mange à notre faim nos enfants vont à l'école alors que des mômes crèvent de faim au Soudan du Sud ou ailleurs !  C'est peut-être le côté militant de Visa, on me dit toujours que je suis militant , moi je milite pour les Droits de l'Homme, je m'insurge contre le manque de tolérance des Hommes alors si c'est ça être militant alors oui je suis militant ! "
 
©LaurentVanDerStockt
©LaurentVanDerStockt
"Cette année j'ai eu plus de 4500 dossiers et d'un seul coup vous avez la pépite ! Ce moment où vous découvrez la pépite c'est superbe ! " s'exclame Jean-François Leroy. Et quand on l'interroge sur le déclic, il répond sans hésiter : " La photo n'est pas une technique.  Vous pouvez utiliser le meilleur appareil du monde mais si vous n'avez pas l'oeil, le coeur et le cerveau ça ne marche pas.  Une bonne photo m'interroge me surprend me fait sourire, pleurer,  m'étonne, me questionne...."

Des révélations

Au côté de figures respectées du reportage photographique, Visa donne aussi de grands espaces aux jeunes talents. "Regardez le travail d' Isadora Kosofsky sur les mineurs en prison elle a 23 ans mais elle est trés trés mûre c'est une révélation pour les festivaliers,  vous parlez de talents confirmés  n'oublions pas que Laurent Van Der Stockt qui est une star aujourd'hui,  était dans les années 90,  un jeune photographe  que personne ne connaissait,  on les découvre mais on les accompagne  c'est ça qui est motivant c'est de voir les gens grandir". 

©IsadoraKosofsky

Car Visa pour l'Image, depuis le départ se veut un espace pour les talents confirmés et les jeunes pousses, une  grande vitrine sur le monde, son actualité,  mais aussi sur des histoires moins attendues comme le montre le travail de Renée C. Byer  sur ces Afghans engagés auprès de l'armée américaine comme interprètes pendant la guerre dans leur pays, "des hommes, des femmes qui étaient professeurs d'universités, ingénieurs ou chirurgiens  et qui ont risqué leur vie parce qu'ils ont travaillé avec l'armée américaine. Ils vivent aujourd'hui aux États-Unis  dans des conditions effrayantes... Je ne savais pas ça et je me dis que c'est intéressant de le faire découvrir aux autres".
Visa fait le tour du monde, et de nombreux sujets, des regards engagés comme celui du photographe algérien Ferhat Bouda, qui mène depuis plusieurs années un travail documentaire sur les berbères. Son exposition "Les Berbères au Maroc, une culture en résistance" dans la chapelle du Tiers-Ordre a beaucoup marqué le public.

Berbères
P. ACHARD, V. FAYOL, A. VARET

Le festival met aussi cette année  en avant le travail sur le continent africain de Marco Longari, responsable photo de l'Agence France Presse basé à Johannesburg. Depuis de nombreuses années,  le photographe italien sillone le continent africain. Un monstre sacré du photojournalisme, un des regards les plus affûtés sur l'Afrique. Son exposition "Tumulte et solitude en Afrique" était incontournable...
 

Tumulte et solitude en afrique
©P. ACHARD, V. FAYOL, A. VARET


Le jeune photographe Français Stephen Dock s'est lui interessé à la traite des êtres humains au Népal, un des pays les plus pauvres du monde.

Népal
©P. ACHARD, V. FAYOL, A. VARET, H. GARCIA
Défendre le métier de photoreporter

"Voir tous ces jeunes arriver avec cette envie de témoigner du monde me donne envie de continuer" poursuit Jean-François Leroy. Continuer à  défendre la profession, et à être un tremplin pour les jeunes du métier  qui  produisent,  "avec difficultés" précise-t-il, mais l'offre est là.
Et de souligner avec optimisme avoir la conviction que les lecteurs de la presse recherchent la qualité.
"Le photojournalisme est bien vivant" conclut-il avant de courir préparer la prochaine projection du soir...