Accident mortel de montgolfière: un pilote renvoyé en correctionnelle

Le pilote nie toute responsabilité. Cependant, il avait dans un premier temps subtilisé, sans le reconnaître, la caméra GoPro ayant filmé l'accident (photo d'illustration)
Le pilote nie toute responsabilité. Cependant, il avait dans un premier temps subtilisé, sans le reconnaître, la caméra GoPro ayant filmé l'accident (photo d'illustration)
afp.com - GUILLAUME SOUVANT
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Faute pénale ou fatalité ? le pilote d'une montgolfière, qui s'est embrasée en 2014 dans le Tarn-et-Garonne, faisant un mort et onze blessés dont trois graves, a été renvoyé devant le tribunal correctionnel de Montauban, a-t-on appris jeudi de sources judiciaires.

Bernard Jean, 69 ans, comparaîtra à une date non encore connue, pour "homicide involontaire" ainsi que pour des "incapacités totales de travail" supérieures et inférieures à trois mois.

En cause, une "violation manifeste délibérée d'une obligation particulière de prudence et de sécurité imposée par la loi ou le règlement".

L'accident s'était produit le 5 octobre 2014 à Cazes Mondenard, une demi-heure après le décollage à Lauzerte de la montgolfière pilotée par ce sexagénaire chevronné. A bord, dix autres personnes étaient venues en famille ou en groupe pour un baptême de l'air payant.

Lors de l'atterrissage, la nacelle avait heurté le sol à plusieurs reprises sur une centaine de mètres. Elle s'était retournée sur les occupants et embrasée par le biais d'une flamme en provenance des brûleurs.

Le pilote et neuf touristes avaient réussi à s'extraire. Mais un père de famille n'avait pu être dégagé, malgré les tentatives désespérées d'un autre voyageur. Il était mort carbonisé. Sa fillette, âgée de 10 ans, avait été grièvement brûlée, sa mère ainsi qu'une autre passagère avaient également été gravement atteintes.

M. Jean est accusé de ne pas avoir respecté plusieurs mesures de sécurité, comme celle d'éteindre les brûleurs à l'atterrissage. Il n'a pas non plus pris tous les renseignements sur la météo ou encore respecté les limites de poids (152 kg), selon l'accusation.

Le pilote nie toute responsabilité. Cependant, il avait dans un premier temps subtilisé, sans le reconnaître, la caméra GoPro ayant filmé l'accident.

"La montgolfière a été prise dans un cisaillement de vent, un phénomène aérologique impossible à prévoir", a assuré son avocat, Me Fernand Garnault, décidé à refaire l'instruction d'un dossier "mené totalement à charge".

"Le pilote a pris les informations de la météo, a décollé convenablement. Quant aux brûleurs, il les a laissés allumés car il n'a pas pu tout gérer en situation d'urgence", a-t-il ajouté. L'avocat estime que son client a "été victime de la +loi de Murphy+ comme on l'appelle dans le monde de l'aéronautique, la loi des emmerdements maximum".

"C'est ce vent qui l'a contraint à l'atterrissage d'urgence. Ensuite, c'est le facteur humain de la catastrophe aérienne. Il faut gérer un tas de choses. Et c'est impossible", a fait valoir ce juriste, dont le cabinet est spécialisé dans les dossiers aéronautiques

Un expert interrogé par l'AFP a reconnu que l'extinction des brûleurs "est un conseil qu'on donne au pilote quand il est certain de se poser". "Il est plus urgent de faire attention aux passagers qui pourraient basculer hors de la nacelle", a-t-il souligné.

Les parties civiles ont refusé de commenter la procédure et se sont attachées à rappeler les "drames humains", "les vies brisées". "Mon client est encore sous le choc. Il avait sorti la fillette mais n'y était pas parvenu pour le père. Il doit vivre avec ça toute sa vie", a dit Me Cécile de Lamy.

"Le problème des grands brûlés, c'est le regard des autres. La mémoire n'est jamais cicatrisée", a renchéri Me Karim Felissi, le défenseur de la fillette devenue collégienne et de sa mère. L'avocat craint que le prévenu ne se réfugie derrière la "loi de Murphy".