Centrafrique: très fragile espoir de paix avec l'accord de Sant'Egidio

Le ministre des Affaires étrangères, Charles Armel Doubane, le 19 juin 2017 à Rome
Le ministre des Affaires étrangères, Charles Armel Doubane, le 19 juin 2017 à Rome
afp.com - FILIPPO MONTEFORTE
Marco Impagliazzo (D), le président de la communauté catholique Sant'Egidio avec Charles Armel Doubane, ministre des Affaires étrangères, à Rome le 19 juin 2017
Marco Impagliazzo (D), le président de la communauté catholique Sant'Egidio avec Charles Armel Doubane, ministre des Affaires étrangères, à Rome le 19 juin 2017
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Le président de Sant'Egidio, Marco Impagliazzo (devant, 2e G) et la délégation politique de Centrafriqe à Rome le 19 juin 2017
Le président de Sant'Egidio, Marco Impagliazzo (devant, 2e G) et la délégation politique de Centrafriqe à Rome le 19 juin 2017
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La délégation de Centrafrique à Rome le 19 juin 2017
La délégation de Centrafrique à Rome le 19 juin 2017
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Un très fragile espoir de paix et de répit pour les civils en Centrafrique s'est levé lundi à Rome avec la signature d'un accord de paix pour tenter d'éviter l'"embrasement généralisé" que redoutent les Nations unies depuis la reprise mi-mai des violences communautaires.

Au total 13 groupes rebelles ou milices, principalement anti-Balaka prochrétiens ou ex-Séléka prominorité musulmane, ont paraphé avec les autorités cet accord prévoyant un cessez-le-feu immédiat sur tout le territoire.

Une question se pose après ces cinq jours de discussions sous le parrainage de la communauté catholique Sant'Egidio: cet engagement va-t-il mettre un terme aux affrontements qui ravagent l'ex-colonie française depuis 2013 et le renversement de l'ex-président François Bozizé?

Plusieurs tentative de médiation africaine ont déjà tenté de pacifier ce pays pauvre de 4,5 millions d'habitants, dont 900.000 déplacés et réfugiés du fait du conflit (forum de Brazzaville en juillet 2014, forum de Bangui en mai 2015...).

"La crise centrafricaine ne manque pas d'accords de paix, mais de forces pour les faire respecter", commente à l'AFP le chercheur de l'Institut français des relations internationales (Ifri), Thierry Vircoulon.

Ces initiatives, ainsi que l'intervention de la France (2013-2016) et de la Mission des Nations unies (Minusca, quelque 12.500 hommes) ont permis début 2016 l'élection d'un nouveau président, Faustin-Archange Touadéra, la fin des massacres de masse et le retour au calme dans la capitale, Bangui.

"Force est de constater malheureusement que tous ces investissements sont demeurés insuffisants. Les groupes armés contrôlent toujours une grande partie du pays, le maintenant ainsi dans une instabilité permanente malgré la présence de la Minusca", déplorait récemment l'ambassadeur de la Centrafrique aux Nations unies, Léopold Ismael Samba.

- "Restauration de l’État" -

Le cessez-le-feu immédiat doit intervenir "sous le contrôle de la communauté internationale", alors que la Minusca mettait publiquement en garde il y a six jours un des groupes signataires, la fraction ex-Séléka du Front populaire pour la renaissance de Centrafrique (FPRC), contre "tout projet d'attaque sur Bangassou", à 470 km à l'est de Bangui.

"Le gouvernement se charge d'obtenir la représentativité des groupes militaires à tous les niveaux" dans le processus de désarmement, poursuit l'accord, alors que, sur le terrain, ce processus patine.

Des membres de ces groupes armés feront l'objet d'une "insertion (...) dans les forces de défense" du pays, suivant des "critères préétablis" et suite à une "mise à niveau".

Ce point répond à une revendication des ex-Séléka, qui affirment lutter contre la marginalisation des musulmans (20% de la population) dans la société, les institutions et l'armée.

Les signataires s'engagent à "la restauration de l’État sur toute l'étendue du territoire national". Mais pour l'instant, la Centrafrique ne dispose que d'un embryon d'armée réduite à deux ou trois bataillons formées par une mission de l'UE. En dehors de Bangui, l’État ne fait que de timides incursions quand il le peut sous la protection de la Minusca, dans un pays grand comme la France et la Belgique réunis (plus de 600.000 km2).

"Sur les 16 préfectures que compte la République centrafricaine, 14 se trouvent sous l'occupation des groupes armés. Tout effort du gouvernement tendant à déployer l'administration dans l'arrière-pays est aliéné", selon l'ambassadeur centrafricain à l'ONU.

"Il n'y a jamais eu un contrôle de tout le territoire par l'autorité centrale centrafricaine, c'est utopique", indiquait récemment à l'AFP une source française.

L'accord ne dit en revanche rien sur la Cour pénale spéciale (CPS), qui doit prochainement commencer à instruire les crimes de guerre commis en Centrafrique depuis 2003.

"Nous saluons un accord historique pour la République centrafricaine, un accord plein d'espoir", s'est félicité le président de Sant'Egidio, Marco Impagliazzo.

Le ministre des Affaires étrangères, Charles Armel Doubane, a évoqué "une journée d'espoir" à l'issue de ces négociations en présence du patron de la Minusca, Parfait Onanga-Anyanga.

"Il faut s'assurer que toutes les parties vont respecter cet accord. A la Minusca, nous allons travailler avec tous les partenaires pour la cessation, tout de suite, des hostilités, pour que cesse les violences contre les populations", a indiqué à l'AFP un porte-parole de la force onusienne, Vladimir Monteiro.

La violence avait repris de plus belle mi-mai quand la Minusca avait perdu six Casques bleus dans des affrontements à Bangassou. Des dizaines de civils avaient été tués dans l'attaque du quartier musulman par un groupe armé inconnu, des anti-Balaka d'après la Minusca. Des dizaines d'autres avaient péri dans des affrontements à Bria ou Alindao. Le patron des Nations unies, Antonio Guterres, avait exprimé la crainte d'un "embrasement généralisé".