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Ethiopie: démission surprise du Premier ministre Hailemariam

Le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, à Addis Abeba, le 24 février 2017
Le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, à Addis Abeba, le 24 février 2017
afp.com - ZACHARIAS ABUBEKER
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Le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, sous pression au sein de la coalition au pouvoir, a démissionné jeudi, emporté par une crise politique marquée par des manifestations antigouvernementales sans précédent depuis un quart de siècle dans le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique.

Dans un discours à la Nation retransmis par la télévision d'Etat, M. Hailemariam, 52 ans, a justifié sa décision en évoquant la promesse de réformes récemment formulée par le gouvernement face à la grogne populaire: "Je souhaite moi-même faire partie de cette solution de réformes (...), j'ai soumis ma démission", a déclaré celui qui restera toutefois en poste jusqu'à ce que le "transfert de pouvoir" soit finalisé.

La radio d'Etat Fana a indiqué sur son compte Twitter que la démission avait été acceptée par le comité exécutif de la coalition au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF). Elle doit encore être approuvée par le Conseil de l'EPRDF et par le parlement, ce qui devrait n'être qu'une simple formalité.

Reste désormais à savoir si la démission de M. Hailemariam, précédée de libération d'opposants, signifie que les doléances des manifestants seront entendues, ou si elle est synonyme d'une reprise en main du régime éthiopien par la vieille garde issue de la rébellion tigréenne ayant renversé le dictateur Mengistu Hailé Mariam en 1991.

Car si M. Hailemariam avait été adoubé dès 2010 comme le successeur de Meles Zenawi, l'ancien rebelle qui a régné jusqu'à sa mort sur l'Ethiopie après avoir renversé le dictateur Mengistu Hailé Mariam en 1991, la prise de pouvoir de ce technocrate avait été vue comme une rupture avec le passé et l'avènement d'une nouvelle génération de politiciens n'ayant pas participé à la guérilla contre Mengistu.

La passation de pouvoir s'était déroulée en douceur, mais? en 2015 et 2016, l'Ethiopie a été le théâtre des plus importantes manifestations antigouvernementales depuis 25 ans. Leur répression a fait au moins 940 morts, selon la Commission éthiopienne des droits de l'Homme, liée au gouvernement.

Le calme n'était revenu qu'avec l'instauration d'un état d'urgence entre octobre 2016 et août 2017, même si d'occasionnelles manifestations ont encore lieu.

Ces manifestations étaient avant tout l'expression d'une frustration des Oromo (sud et ouest) et des Amhara (nord), les deux principales ethnies du pays, face à ce qu'ils perçoivent comme une sur-représentation de la minorité des Tigréens au sein de l'EPRDF, qui règne sans partage depuis 1991, et plus largement une limitation des libertés individuelles et un déséquilibre dans le partage des richesses.

- Une coalition fracturée -

A l'opposé de l'agitation des manifestations antigouvernementales, le calme régnait dans les rues d'Addis Abeba à la suite de l'annonce de la démission surprise de M. Hailemariam, avec notamment un déploiement policier guère plus important que d'ordinaire.

"Il y a un consensus général sur le fait que la manière dont il a géré cette crise n'était pas très bonne", a commenté l'analyste politique Hallelujah Lulie, selon lequel M. Hailemariam a perdu le contrôle sur la coalition de l'EPRDF, au sein duquel les représentants des différents groupes régionaux et ethniques se sont récemment affirmés plus fermement.

Car des fractures sont apparues au sein de la coalition au pouvoir. Deux de ses hauts responsables, dont le président de l'Assemblée nationale, Abadula Gemeda, un Oromo, ont ainsi annoncé leur démission, avant de revenir sur leur décision.

"Les divisions au sein de l'EPRDF ne se sont pas résorbées, et il est impossible de dire si elles vont l'être ou pas", a soutenu l'analyste politique.

Ces dernières semaines, les autorités éthiopiennes ont libéré des centaines de prisonniers - dont des opposants et des journalistes - et abandonné des poursuites, à la suite de la promesse du Premier ministre, le 3 janvier, de libérer un certain nombre d'hommes politiques pour "améliorer le consensus national".

Le président et le vice-président du Congrès fédéraliste oromo (OFC), Merera Gudina et Bekele Gerba, ont de la sorte été libérés. Des discussions ont également été lancées avec l'opposition et promesse a été faite d'entreprendre des réformes, mais au final, M. Hailemariam n'aura pas résisté à cette profonde crise politique.

Malgré sa démission, M. Hailemariam souhaite selon Fana "être impliqué dans les programmes de réformes". "M. Hailemariam a demandé à ses concitoyens, à savoir le peuple d'Ethiopie et plus particulièrement sa jeunesse, de jouer leur rôle et de prendre leurs responsabilités pour obtenir la paix et le développement de cette nation".