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Inès Tia, la globe-trotteuse du foot ivoirien

La footballeuse ivoirienne Inès Tia (c) lors d'un match amical le 10 février 2018 à Abidjan
La footballeuse ivoirienne Inès Tia (c) lors d'un match amical le 10 février 2018 à Abidjan
afp.com - ISSOUF SANOGO
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"C'est jamais facile d'aller à l'aventure", reconnaît la footballeuse ivoirienne Inès Tia. Serbie, Russie et Turquie: cette baroudeuse de 24 ans a déjà parcouru trois pays en quatre ans avant de prendre la route de la Corée du Sud dans les prochains jours.

Dans sa grande famille, huit frères et quatre sœurs, ce sont les filles qui sont attirées par le sport. "Moi, j'ai laissé tomber les études en classe de seconde, j'ai choisi le football, l'une de mes sœurs a pratiqué le karaté".

Inès, qui a débuté sa carrière à Guiglo dans sa région d'origine, à l'Ouest, est très vite repérée sur les terrains de Côte d'Ivoire. C'est l'ancien gardien de but international Zagoli Gbolié qui remarque ce petit gabarit (1,65m).

"A l'issue d'un test il (Zagoli Gbolié) m'a appelé, il a dit +mon petit vraiment tu m'as apporté une perle+ et puis c'est comme ça que tout est parti", révèle le frère aîné N'Réhy Tia.

- 'Je parle un peu l'anglais' -

Inès, qui a aussi évolué à la Juventus de Yopougon, à Abidjan, s'envole pour la Serbie en 2013-14, au Spartak Subotica avec sa compatriote Josée Nahi. Elle découvre la Ligue des champions dames, "un rêve" devenu réalité et "un "merveilleux souvenir" malgré l'élimination en 16e de finale. La saison suivante, elle retrouve cette compétition et réalise un triplé en phase de groupe contre le club moldave Goliador, atomisé 19 à 0!

Elle enchaîne sur une autre expérience, cette fois en Russie avec le WFC Rossiyanka. "Nous avons passé la phase de groupe en Ligue des champions 2016, et atteint les huitièmes de finale, c'est le Bayern de Munich qui nous a éliminées", dit la joueuse dont les intérêts sont défendus par l'agent bulgare Anton Maksimov.

Elle passe ensuite par la Turquie à Besiktas jusqu'en juin 2017 et revient en Côte d'Ivoire à la Juventus de Yopougon, un des meilleurs clubs féminins ivoiriens. "Je suis une battante, je m'accroche, mon ambition est de devenir l'une des meilleures sur le plan international, que l'on parle moi dans les années à venir comme... Neymar", lance t-elle, regard pétillant, plein de malice, sourire éclatant.

"J'ai pris des risques bien sûr (...). Vous découvrez de nouvelles cultures, c'était dur au début, mais je me suis habituée. Je parle un peu l'anglais, ça m'a permis de communiquer, mais j'ai eu besoin souvent d'un traducteur!"

Inès, coiffure tressée de mèches blondes, a pour "idole" Louisa Necib, ex-internationale française de Lyon. Elle cite aussi son compatriote Salomon Kalou (Hertha Berlin). "J'aime bien son jeu. En équipe nationale masculine c'est mon idole en tout parce que on a à peu près le même jeu, je l'aime bien".

- 'J'ai cru à mon rêve' -

En sélection ivoirienne, "Inès est l'attaquante numéro 1", loue la sélectionneuse Clémentine Touré. "Douée techniquement, elle va vite et a le sens du but. Elle travaille beaucoup aux entraînements, elle est assidue, et est toujours à l'écoute. On sent qu'elle a toujours envie d'apprendre".

Elle a déjà été en vue avec les "Eléphantes", classées 3es de la CAN-2014 en Namibie et médaillées de bronze aux Jeux Africains en 2015. La même année, c'est le Mondial au Canada. L'histoire tourne mal, avec une élimination dès le 1er tour et une humiliation (0-10) contre l'Allemagne.

"C'est toujours une fierté de jouer une compétition d'un tel niveau, j'ai beaucoup appris", se console Inès, nommée en 2015 pour le titre de meilleure joueuse africaine, finalement décroché par la Camerounaise Gaëlle Enganamouit.

Clémentine Touré promet: "la prochaine joueuse +Ballon d'or africain+ sera une Ivoirienne et j'en suis convaincu. Nous avons vraiment du talent, avec Inès Tia et Josée Nahi. Elles ont une grande marge de progression."

Aujourd'hui, Inès avoue bien gagner sa vie grâce au football. "Le foot m'apporte beaucoup. Je sais que mes parents voulaient que je sois haut cadre mais comme on le dit c'est Dieu qui décide, donc du coup je m'attache à ma carrière de footballeuse".

Les parents ont fini par se faire une raison. Son père, fonctionnaire à la retraite, et sa mère sont "fiers" d'elle, parce que "j'ai cru à mon rêve et je l'ai réalisé, ils me soutiennent désormais". Après l'Europe, cap sur l'Asie pour Inès, en Corée du Sud au KHNP Gyeongju WFC.