Iran: Raissi, le religieux conservateur "défenseur des pauvres"

Ebrahim Raissi, candidat à la présidentielle iranienne, lors d'un meeting de campagne, le 29a vril 2017 à Téhéran
Ebrahim Raissi, candidat à la présidentielle iranienne, lors d'un meeting de campagne, le 29a vril 2017 à Téhéran
afp.com - ATTA KENARE

Ebrahim Raissi, principal adversaire du président sortant Hassan Rohani à la présidentielle de vendredi, est un religieux conservateur proche du guide suprême qui se présente comme le "défenseur des pauvres".

A 56 ans, cet hodjatoleslam à l'air austère et sans grand charisme est né dans la ville sainte de Machhad (nord-est). Figure montante du régime islamique, il est un pur produit du système conservateur.

Ebrahim Raissi est toujours coiffé d'un turban noir, signe qu'il est un "seyyed" descendant du prophète mais aussi, selon sa biographie, de l'imam Hussein, troisième successeur de Mahomet, vénéré par les musulmans chiites majoritaires en Iran.

Sa cible est l'électorat populaire et défavorisé auquel il promet une hausse des aides directes, la création d'un million d'emplois par an et la relance de la production nationale.

Face à "l'oligarchie", "je représente les ouvriers, les agriculteurs, les femmes démunies", affirme Raissi.

Le chômage a fortement augmenté ces dernières années en passant de 10,5% en 2013 à 12,5% aujourd'hui, soit plus de 3,3 millions de personnes. Le chômage des jeunes atteint 27%.

M. Raissi propose d'augmenter par trois l'aide aux plus démunis, qui est actuellement de 455.000 rials (12 dollars).

Il ne remet pas en cause l'accord nucléaire, voulu par le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Mais il accuse le gouvernement Rohani d'avoir été trop "faible" dans les négociations en faisant trop de concessions sans obtenir de réelles contreparties. "Je vais encaisser le chèque" de l'accord, dit-il.

- Pas de pardon pour la 'sédition' -

En 2016, M. Raissi a été nommé par le guide à la tête de la puissante Fondation de charité Astana Qods Ravi.

Cette dernière gère à Machhad le mausolée de l'imam Reza, huitième successeur du prophète selon les chiites, et possède de nombreuses sociétés de construction et de services, d'immenses usines, des terres agricoles et des terrains à travers tout le pays.

Auparavant, le candidat a travaillé pendant plus de deux décennies au sein du puissant pouvoir judiciaire d'Iran, contrôlé par les religieux conservateurs.

Il a notamment occupé entre 1985 et 1988 le poste de procureur adjoint du tribunal révolutionnaire de Téhéran. Durant cette période, les opposants ont été durement réprimés et des centaines, voire des milliers, de prisonniers exécutés, à la fin de la guerre Iran-Irak.

Les réformateurs le critiquent en affirmant qu'il sera peu enclin à libéraliser la société et qu'il n'a pas suffisamment d'expérience pour diriger le pays.

Il semble en effet peu probable qu'il oeuvre à la libération de Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, leaders réformateurs qui, en 2009, avaient contesté la réélection du président ultraconservateur et populiste Mahmoud Ahmadinejad.

Qualifiés de "chefs de la sédition", ils sont en résidence surveillée à Téhéran depuis 2011.

"La grande nation iranienne ne pardonnera jamais ceux qui sympathisent avec les chefs de la sédition", avait affirmé Ebrahim Raissi en 2014.

Les réformateurs l'accusent aussi d'être partisan de la discrimination entre hommes et femmes.

Pour leur répondre, il a mis en avant dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le fait que son épouse était professeur d'université.

Ses deux filles ont également des diplômes universitaires, l'une en sciences sociales et sciences coraniques, l'autre en physique, obtenu à la prestigieuse université Sharif de Téhéran.