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Jérusalem vaque à son quotidien dans l'agitation internationale

Manifestants palestiniens brûlant les drapeaux israélien et américain dans la ville de Gaza le 6 décembre 2017
Manifestants palestiniens brûlant les drapeaux israélien et américain dans la ville de Gaza le 6 décembre 2017
afp.com - MAHMUD HAMS
Enfants palestiniens marchant dans une rue du camp de réfugiés de Rafah, dans la bande de Gaza, le 6 décembre 2017
Enfants palestiniens marchant dans une rue du camp de réfugiés de Rafah, dans la bande de Gaza, le 6 décembre 2017
afp.com - SAID KHATIB
Palestiniennes lançant des slogans lors d'un rassemblement à Gaza le 6 décembre 2017 contre la décision annoncée de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël
Palestiniennes lançant des slogans lors d'un rassemblement à Gaza le 6 décembre 2017 contre la décision annoncée de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël
afp.com - MAHMUD HAMS
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Au-delà de la joie ou de la consternation, Israéliens et Palestiniens de Jérusalem se demandaient à quoi s'attendre avec l'annonce prévue par les Etats-Unis d'une reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël.

Les mises en garde sont venues du monde entier: "incendie" régional programmé, "fanatisme" renforcé ou, plus diplomatiquement, coup mortel à une entreprise de paix déjà moribonde.

Les groupes palestiniens ont appelé à partir de mercredi à trois "jours de rage", expression consacrée pour rallier les manifestants devant les chekpoints israéliens ou les murs et les miradors de béton qui coupent la Cisjordanie et la bande de Gaza du territoire israélien.

Dans les villes de Gaza et de Rafah, dans la bande de Gaza, des centaines de Palestiniens ont brûlé des drapeaux américains et israéliens et des portraits de Donald Trump, ont constaté les journalistes de l'AFP.

A l'entrée du camp de réfugiés d'al-Arroub, près d'Hébron, poudrière du sud de la Cisjordanie, des heurts limités ont mis aux prises Palestiniens et soldats israéliens.

Mais, dans et autour de la Vieille ville de Jérusalem, au coeur du conflit israélo-palestinien et, depuis quelques jours, de l'agitation internationale, la "rage" n'avait pas encore trouvé à s'exprimer.

Peut-être était-elle contenue par un épisode pluvieux mais plus sûrement par un manque de concertation chez les Palestiniens voire, pour les plus anciens, par une résignation instruite par des décennies à la fois de confrontation et de coexistence avec les juifs.

- Vers une nouvelle intifada ? -

Une grande manifestation est prévue jeudi à Ramallah, qui fait office de capitale politique palestinienne à défaut de Jérusalem, distante seulement de quelques kilomètres.

La sortie de la prière du vendredi sera par ailleurs scrutée attentivement.

Les Etats-Unis ont interdit aux employés de leur gouvernement les déplacements personnels dans la Vieille ville de Jérusalem et en Cisjordanie, et invité leurs ressortissants à la prudence.

Près de la porte de Damas, principal accès de la Vieille ville du côté palestinien, lieu de passage pour bien des juifs se rendant au mur des Lamentations à l'intérieur des murailles, théâtre aussi d'une multitude d'attaques palestiniennes au couteau contre les soldats israéliens, Mohammed Nabarak, 50 ans, exprimait cependant sa colère.

"Comment peut-il déménager l'ambassade (américaine) de Tel-Aviv jusqu'ici", demandait-il, "cela va encore créer des problèmes, on va vers une nouvelle intifada", l'un de ces soulèvements populaires palestiniens qui ont marqué les mémoires des deux côtés.

"Les pays occidentaux sont contre, encore plus que les pays arabes", s'anime-t-il.

Salah al-Shawish, 49 ans, se montrait plus fataliste.

"Rien d'étonnant à ce que Trump, corrompu comme il est, reconnaisse Jérusalem comme la capitale d'Israël. Le monde arabe est déchiré, ses dirigeants sont faibles. Cela ne fera qu'aggraver les choses".

Il y a presque 70 ans que les Israéliens ont fait de Jérusalem leur capitale. Même si la communauté internationale ne reconnaît pas la ville comme telle, pas plus qu'elle ne reconnaît l'annexion de Jérusalem-Est encore majoritairement peuplée de Palestiniens, les ministères, le parlement et la Cour suprême y ont leur siège, et non à Tel-Aviv, où se trouvent les ambassades étrangères.

- 'Il était temps' -

La ville connaît régulièrement des tensions renvoyant au conflit, comme cela fut encore le cas en juillet autour de l'esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l'islam révéré par les juifs comme le mont du Temple.

En dehors de ces périodes, juifs et Palestiniens vivent côte à côte, interagissent dans le domaine professionnel, mais guère au-delà, en dehors de rares espaces de coexistence. Policiers et gardes-frontières sont largement déployés.

Les Palestiniens se rendent volontiers dans la partie ouest pour y faire leurs courses, recevoir des soins, trouver de meilleurs services. L'inverse est plus rare. L'ancienne ligne de partage d'avant 1967 a disparu physiquement, mais reste présente dans les esprits.

L'annonce de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de la part des Etats-Unis a été saluée par les ministres israéliens comme la reconnaissance d'une réalité.

Emmanuel Posen, un Israélien de 44 ans, se dit joyeux. "Il était temps", dit-il, en évoquant l'histoire millénaire de Jérusalem.

Il assure ne pas s'inquiéter d'un accès de violence palestinienne. "Je ne ferais plus rien si je devais avoir peur à chaque pas de ce que vont faire les Arabes".