Cent ans après, deux des petits bergers de Fatima seront canonisés

Le pape François, le 9 avril 2017 au Vatican
Le pape François, le 9 avril 2017 au Vatican
afp.com - Alberto PIZZOLI
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Deux des trois petits bergers de Fatima au Portugal, qui affirmaient avoir vu à six reprises la Vierge Marie en 1917, seront canonisés le 13 mai par le pape François sur le lieu même des apparitions, une consécration très attendue par un pays à forte tradition catholique.

Cent ans jour pour jour après leur première vision, Francisco Marto et sa soeur Jacinta, qui étaient alors âgés de 9 et 7 ans, deviendront ainsi les plus jeunes saints de l'histoire de l'Eglise catholique qui ne sont pas morts en martyrs.

L'annonce, faite jeudi au Vatican par le pape argentin, a été accueillie avec ferveur au Portugal. "Le centenaire des apparitions atteindra ainsi toute sa splendeur!", a réagi l'évêque de Leiria-Fatima, Antonio Marto.

Emus, les pèlerins présents au sanctuaire de Fatima, dont certains au bord des larmes, ont salué cette "superbe nouvelle", selon des images télévisées.

Francisco, Jacinta et leur cousine Lucia dos Santos auraient vu pour la première fois la Vierge le 13 mai 1917, sur un chêne dans un champ rocheux de Cova da Iria.

Issus de familles très humbles, les trois petits bergers étaient loin d'imaginer qu'ils deviendraient l'objet d'un culte dans le monde entier.

La cérémonie de canonisation présidée par François, attendu à Fatima le 12 mai pour un voyage éclair de moins de 24 heures, aura lieu tout juste 17 ans après la béatification de Francisco et Jacinta par Jean Paul II.

Ce dernier avait reconnu en 1999 comme premier miracle attribué aux bergers la guérison de Maria Emilia Santos, paralysée pendant 22 ans, qui aurait pu se lever de sa chaise roulante en 1989.

Pour être canonisés, ils devaient être crédités d'un second miracle par le Vatican. C'est chose faite depuis le 23 mars. Selon le clergé portugais, il s'agit de la guérison en 2013 d'un enfant brésilien atteint de cancer.

- Accusés de sorcellerie -

Francisco est décédé en 1919 et Jacinta moins d'un an après, tous deux victimes de la "grippe espagnole" qui dévastait l'Europe. Lucia, devenue religieuse de l'Ordre des Carmélites, s'est éteinte en 2005 à 97 ans. Son procès en béatification a été initié en 2008.

Pratiquement analphabètes et gardiens du maigre troupeau de leur famille, les trois bergers ont vu leur vie bouleversée quand la nouvelle des "apparitions" a commencé à faire le tour du Portugal.

A l'époque, ils furent à de nombreuses reprises pris à partie et accusés de sorcellerie. Même l'Eglise catholique mit en cause, dans un premier temps, la nature "miraculeuse" de leurs visions.

Puis, en 1930, elle finit par déclarer les apparitions "dignes de foi" et autorisa le culte de Notre-Dame de Fatima.

Encore aujourd'hui, une partie du monde catholique portugais doute de l'authenticité des apparitions.

"Je peux être un bon catholique et ne pas croire en Fatima, car ce n'est pas un dogme. Il est évident que Notre-Dame n'est pas apparue à Fatima", a décrété le père Anselmo Borges, préférant évoquer une "expérience religieuse intérieure" des petits bergers.

- Trois secrets -

Lors de sa dernière apparition, le 13 octobre 1917, la Vierge aurait transmis aux bergers un message divisé en trois secrets pendant une "danse du soleil", en présence d'environ 70.000 personnes.

Les deux premiers secrets ont été confiés par soeur Lucia à un évêque en 1941 et rendus publics par Pie XII en 1942.

Le premier secret, où elle décrit "une grande mer de feu avec des démons et des âmes", évoquerait la vision de l'enfer. Le deuxième annoncerait "une guerre encore pire que celle en cours" à l'époque.

La voyante a livré le troisième secret en 1944 à Pie XII avec la recommandation de ne le publier qu'après 1960.

Selon le Vatican, qui l'a révélé seulement en 2000, il contenait une vision prophétique de l'attentat perpétré contre Jean Paul II en 1981 sur la place Saint-Pierre à Rome.

Puis, lors d'une visite au Portugal en 2010, son successeur Benoît XVI l'a actualisé, affirmant qu'il annonçait les "souffrances" de l'Eglise, secouée alors par la crise des scandales de pédophilie.