Info

Les "Jeunes avec Macron" veulent devenir une antenne du pouvoir chez les étudiants

Le président français Emmanuel Macron à Francfort en Allemagne, le 10 octobre 2017
Le président français Emmanuel Macron à Francfort en Allemagne, le 10 octobre 2017
afp.com - LUDOVIC MARIN
dans

Capter les frémissements des facs, porter la bonne parole auprès des lycéens: l'association des "Jeunes avec Macron", qui revendique 25.000 adhérents, espère devenir un relais et une antenne du pouvoir.

C'est une curiosité que ne manquent pas de rappeler chacun des quatre cofondateurs: les JAM se sont lancés en juin 2015, presque un an avant En Marche!, en soutien à celui qui n'était à l'époque qu'un jeune ministre de l'Economie, porteur d'une loi emblématique.

Issus d'un courant du Mouvement des jeunes socialistes baptisé "La Relève", ces quatre-là ont su faire prospérer leur affaire durant les campagnes présidentielle et législative et ont profité du courant ascendant.

Deux d'entre eux sont devenus députés - Pierre Person et Sacha Houlié - un autre travaille au service communication de l'Elysée - Jean Gaborit - et le quatrième au cabinet de la présidence de l'Assemblée nationale - Florian Humez. Au total, 17 anciens "JAM" sont devenus parlementaires et ont souvent recruté leurs anciens camarades comme collaborateurs, prémices d'un petit réseau.

Après la conquête, les Jeunes avec Macron se cherchent de nouveaux objectifs. Lycées et universités sont leur cible naturelle, alors qu'un "plan étudiant" doit voir le jour avant la rentrée 2018, et que l'exécutif a besoin de capteurs dans ce milieu potentiellement très inflammable.

"Initialement on avait une population de jeunes actifs. On met désormais toutes nos forces sur les facs et les lycées", confirme Sarah Rolot, une porte-parole des JAM, en soulignant la création récente des "Lycéens avec Macron".

"Les JAM vont prendre une forme hybride entre l'association, le parti, le syndicat étudiant", résume Sacha Houlié.

Les "JAM", qui devraient tenir un congrès d'ici à "la fin de l'année" selon un des cofondateurs, vont ainsi devenir l'organisation de jeunesse officielle de la République en marche, pérennisant des financements.

De sources concordantes, l'acronyme "JAM" devrait subsister, mais avec une déclinaison différente afin de se détacher symboliquement du chef de l'Etat et décoller l'image de "petites mains" et "fan club".

- "Coquille vide" -

Des référents départementaux ont été installés mais aussi des "personnes relais dans les facs, qui organisent des opérations, font de la remontée d'informations", détaille Sarah Rolot.

A la rentrée, environ 200.000 tracts valorisant les actions du gouvernement pour la jeunesse ont été imprimés.

"L'idée est de faire de la pédagogie dans les universités" afin de "ne pas laisser le terrain à La France insoumise" qui tisse aussi sa toile dans les facs, souligne Pierre Person.

"C'est un peu une coquille vide. La seule chose qu'ils proposent aux jeunes, c'est de dire : +oui, je suis d'accord+", grince en retour David Guiraud, un responsable des "Jeunes insoumis", à propos des JAM.

Les JAM marchent aussi sur des oeufs avec les syndicats étudiants traditionnels, l'Unef (classée à gauche) et la Fage (apolitique), qu'il ne faut "pas brusquer", dixit un cofondateur. La plupart des responsables de l'association jugent ainsi hasardeux de présenter des candidats aux prochaines élections dans les universités, surtout au vu des "bonnes relations" actuelles avec la Fage.

"Ce n'est pas la première fois que les partis politiques essaient de s'implanter dans le milieu étudiant, et comme tous les autres, je ne doute pas du fait qu'ils vont se planter", prédit ainsi Jimmy Losfeld, président de la Fage, qui insiste sur la faible implantation des JAM.

"Macron a réussi un beau coup dans les jeux qu'il a faits avec les partis politiques mais dans le milieu étudiant, la seule chose qui marche c'est d'être présent au quotidien sur les campus, et pas seulement le jour des élections. Or on ne les voit pas du tout", explique-t-il encore.

"On ne les a vus nulle part distribuer un tract", abonde en écho Lilâ Le Bas, présidente de l'Unef, qui doute que les JAM "trouvent un écho très fort dans le mouvement étudiant".