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Patrick Leahy: entre Washington et Gotham City, le sénateur fan de Batman

Le sénateur américain Patrick Leahy lors d'une interview avec l'AFP dans son bureau du Sénat, le 28 novembre 2017, à Washington
Le sénateur américain Patrick Leahy lors d'une interview avec l'AFP dans son bureau du Sénat, le 28 novembre 2017, à Washington
afp.com - mari matsuri
Le sénateur américain Patrick Leahy lit la BD "Batman: Death of Innocents" dont il a écrit la préface, lors d'une interview avec l'AFP dans son bureau du Sénat, le 28 novembre 2017, à Washington
Le sénateur américain Patrick Leahy lit la BD "Batman: Death of Innocents" dont il a écrit la préface, lors d'une interview avec l'AFP dans son bureau du Sénat, le 28 novembre 2017, à Washington
afp.com - mari matsuri
Un bloc-notes Batman sur le bureau du sénateur américain Patrick Leahy, le 28 novembre 2017 à Washington
Un bloc-notes Batman sur le bureau du sénateur américain Patrick Leahy, le 28 novembre 2017 à Washington
afp.com - mari matsuri
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L'immense majorité de ses interlocuteurs l'appelle "sénateur". Lui-même se qualifie d'"un peu geek". Patrick Leahy, doyen du Sénat américain, a en tout cas une indéniable particularité: c'est un grand fan de Batman.

La passion de ce septuagénaire pour l'homme chauve-souris et super-héros de Gotham City est telle qu'il a même fait des apparitions dans cinq adaptations de ses aventures au cinéma, de "Batman Forever" (1995) à "Batman vs Superman" (2016), en passant par le "Dark Knight" de Christopher Nolan (2008).

Sur un tournage, il rencontre même Bob Kane, l'ultra-respecté créateur de Batman. Son premier réflexe est évidemment de lui demander de lui dédicacer quelques "comics" de sa collection. Le fantasme ultime de tout fan qui se respecte.

Patrick Leahy a cinq ans lorsqu'il découvre les aventures de Batman ("né" en 1939, seulement un an avant lui) au rayon bande dessinée d'une bibliothèque de sa ville natale de Montpelier, dans le Vermont. Instantanément, il devient fan. "Batman n'a pas de super-pouvoirs. Il doit utiliser son cerveau et être courageux. C'est ça qui m'a toujours plu", confie-t-il lors d'un entretien à l'AFP.

Peut-être s'inspire-t-il de Batman pour être élu sénateur démocrate du Vermont à seulement 34 ans en 1974 en battant, notamment, un certain Bernie Sanders qui finira par le rejoindre à la chambre haute du Congrès, des décennies plus tard.

Tout au long de sa carrière politique, Batman a accompagné Patrick Leahy. Même en 2017, quand ce sénateur à la taille imposante et au pas lent reçoit dans son bureau - l'un des plus beaux du Sénat -, le chevalier noir n'est jamais bien loin: son logo orne son agenda, posé sur sa table de travail.

Sa passion lui a parfois valu de "gentilles moqueries" de la part de ses collègues, reconnaît-il. Il faut dire que le sénateur Leahy a tout du vrai fan puisqu'il collectionne les "comics" et répond du tac au tac quand on lui demande qui est son auteur préféré: Frank Miller - célèbre créateur des BD Sin City et 300 - qui a écrit dans les années 80 le remarquable "Batman: The Dark Knight Returns".

- Encyclopédie -

En 1992, des responsables de D.C. Comics - l'éditeur de Batman - demandent à Leahy de rédiger la préface d'un recueil des toutes premières aventures du héros.

Sa connaissance quasi encyclopédique du sujet les bluffe: il leur rappelle que, contrairement à la croyance populaire, dans ses premières aventures, le justicier utilise des armes à feu pour tuer ses ennemis.

"Je leur ai donné la date de parution (de la BD) et la case exacte à une page près. Au début, ils me disaient +oui, oui, d'accord+. Ils ne voulaient pas contrarier un sénateur. Mais ils ont fini par découvrir que j'avais raison."

Quatre ans plus tard, alors qu'il mène un combat parlementaire pour interdire l'exportation des mines terrestres, l'élu cherche à mobiliser l'opinion publique et joue de ses contacts chez D.C. L'éditeur lui propose alors de publier une BD de Batman où le super-héros serait en phase avec une menace bien réelle: les mines qui menacent les enfants dans les zones de conflit.

Patrick Leahy participe à l'écriture et rédige la préface de "Batman: Death of Innocents". Son texte est finalement adopté au Sénat. "Le jour où on a voté, j'ai fait mettre une copie sur le bureau de chaque sénateur. Plusieurs d'entre eux m'ont même demandé après: +Il t'en reste un exemplaire? C'est une édition rare!+".

- Face au Joker -

Ses apparitions à l'écran sont à chaque fois très courtes. La plus remarquée reste celle du "Dark Knight", dans une scène où il fait face au Joker, interprété par l'acteur australien Heath Ledger. Ce dernier place alors un couteau sous la gorge d'un Leahy réellement effrayé avant de le jeter violemment vers un homme de main.

La scène, tournée plus d'une douzaine fois par le méticuleux Christopher Nolan, a été particulièrement éprouvante pour le sénateur, frappé et jeté au sol par le Joker dans les premières prises.

Le sénateur Leahy s'étant présenté à lui comme "Patrick du Vermont", Heath Ledger ne savait pas à qui il avait affaire. C'est après le tournage qu'il apprend sa véritable identité, de la bouche de l'acteur Michael Caine, qui ne manque pas de le titiller: "Heath, je ne sais pas si on a le droit de venir aux Etats-Unis et de maltraiter un sénateur comme ça..."

"Je savais pas ça! Je suis venu ici avec un visa, je vais avoir des ennuis ?", s'inquiète alors l'Australien.

S'il était un personnage de l'univers Batman, Patrick Leahy serait le milliardaire Bruce Wayne, l'alter ego du super-héros. "Je ne suis pas en assez bon état pour être Batman", sourit le septuagénaire.

Lors de la primaire républicaine de 2016, le parlementaire avait comparé les différents candidats à des échappés de l'asile d'Arkham, où sont enfermés les ennemis de Batman. Dans cette configuration qui serait alors Donald Trump ?

"Hum. Probablement L'Epouvantail ou le Joker". Un psychologue qui utilise les peurs de ses adversaires pour triompher d'eux ou un clown psychopathe.