Merkel menace les responsables turcs d'interdiction de meetings électoraux

La Chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre japonais Shinzo Abe lors d'une visite au salon des technologies CeBit, le 20 mars 2017 à Hanovre
La Chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre japonais Shinzo Abe lors d'une visite au salon des technologies CeBit, le 20 mars 2017 à Hanovre
afp.com - Odd ANDERSEN
TLe président turc Recep Tayyip Erdogan, le 20 mars 2017 à Istanbul
TLe président turc Recep Tayyip Erdogan, le 20 mars 2017 à Istanbul
afp.com - YASIN BULBUL
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La chancelière Angela Merkel a menacé lundi d'interdire aux responsables turcs de participer à des réunions électorales pro-Erdogan en Allemagne si les attaques à son encontre en référence au nazisme se poursuivent.

Dans le même temps, Berlin n'a annoncé aucune sanction immédiate et paraît en réalité soucieux d'éviter une surenchère dont profiterait surtout Recep Tayyip Erdogan dans sa volonté de mobiliser son électorat en vue du référendum du 16 avril sur un renforcement de ses pouvoirs de chef d'Etat.

Le gouvernement allemand "se réserve le droit" de "réexaminer les autorisations" données à ce jour à la participation de responsables politiques turcs à des meetings en Allemagne, a déclaré Angela Merkel, lors d'une conférence de presse à Hanovre (nord), en marge du salon de l'électronique CeBit.

"Les comparaisons avec le nazisme doivent cesser", a-t-elle martelé, "nous n'allons pas tolérer que la fin justifie toujours les moyens et que tous les tabous tombent sans respect pour la souffrance de ceux qui ont été poursuivis et assassinés durant le national-socialisme".

La veille, le président turc Recep Tayyip Erdogan s'en était pris personnellement à la chancelière, suite à l'interdiction de réunions électorales en sa faveur en Allemagne, où vivent environ trois millions de Turcs.

- "pratiques nazies" -

"Tu as recours en ce moment précis à des pratiques nazies", a lancé dimanche à la télévision M. Erdogan à l'adresse d'Angela Merkel.

Angela Merkel a détaillé le contenu d'un document transmis il y a quelques jours par le ministère allemand des Affaires étrangères aux autorités turques.

Il précise les conditions dans lesquelles des réunions électorales du parti islamo-conservateur au pouvoir, l'AKP, ont été autorisées sur le sol allemand, où vit la plus grande diaspora turque au monde, et avertit notamment que "la participation des responsables politiques turcs (...) n'est possible que dans le respect des principes" de la Constitution du pays, a-t-elle dit.

"Dans le cas inverse (...) le gouvernement allemand se réserve le droit de prendre toutes les mesures nécessaires, y compris un réexamen des autorisations (de meetings) données", a ajouté la chancelière.

"Je rappelle ceci pour dire clairement que ce point est toujours valable", a ajouté Angela Merkel.

Les relations entre la Turquie et l'Allemagne traversent une crise aigüe après l'annulation par les autorités locales de plusieurs réunions électorales pro-Erdogan dans le pays, dont M. Erdogan s'est emparé pour dénoncer l'Europe et l'Allemagne en particulier, avec qui les relations sont exécrables depuis l'été dernier.

- "Tactique" -

Pour autant, Berlin, tout en accusant les responsables turcs d'avoir "franchi une limite" avec la mention du nazisme, fait tout pour éviter un affrontement direct.

Après avoir accueilli plus d'un million de migrants en 2015 et 2016, l'Allemagne d'Angela Merkel a toujours le plus grand besoin de la Turquie pour freiner le flux de réfugiés vers l'Europe, dans le cadre du pacte UE-Turquie.

Berlin stationne aussi ses avions de chasse sur la base turque d'Incirlik (sud) dans le cadre de la lutte de la coalition internationale contre l'organisation Etat islamique.

Surtout, aux yeux de Berlin, toute surenchère n'aboutirait qu'à faire le jeu du président Erdogan dans la perspective du référendum du 16 avril.

"Cela sert surtout les intérêts du président turc", qui cherche "par des menaces et insultes" à "obtenir la majorité des voix en Turquie et en Allemagne des ressortissants turcs" en se posant en victime, a déclaré lundi le porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères Martin Schäfer.

"Plus nous répliquons, plus nous alimentons la tactique suivie par ce gouvernement, par le parti au pouvoir, par le président", a-t-il argumenté.

Il reste que cette crise aura un impact durable sur les chances de la Turquie d'entrer dans l'UE, alors que les négociations sont déjà au point mort. Même à gauche, où se trouvaient jusqu'ici les partisans d'une adhésion en Allemagne, plus grand monde ne soutient cette perspective.

"Nous sommes plus éloignés que jamais d'une adhésion de la Turquie à l'UE", a ainsi déclaré ce week-end le chef de la diplomatie allemande et social-démocrate, Sigmar Gabriel, au magazine Der Spiegel.