Vivendi et Mediaset s'accusent mutuellement de diffamation

Le PDG du groupe Vivendi Vincent Bolloré à Paris le 10 décembre 2015
Le PDG du groupe Vivendi Vincent Bolloré à Paris le 10 décembre 2015
afp.com - ERIC PIERMONT
L'ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi le 24 avril 2014 à Rome
L'ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi le 24 avril 2014 à Rome
afp.com - TIZIANA FABI
Le président du directoire de Vivendi, Arnaud de Puyfontaine à Barcelone le 28 février 2017
Le président du directoire de Vivendi, Arnaud de Puyfontaine à Barcelone le 28 février 2017
afp.com - LLUIS GENE
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Vivendi et Mediaset se sont accusés mutuellement de diffamation mardi, lors de la première audience devant la justice italienne sur le contentieux les opposant concernant la vente du bouquet de télévision Premium.

Cette audience, en présence uniquement des avocats, s'est déroulée à huis clos, devant un juge du tribunal de Milan (nord).

Vivendi a été assigné par le groupe de la famille Berlusconi pour ne pas avoir respecté un "accord stratégique" signé le 8 avril 2016 et prévoyant le rachat par le géant français des médias de 100% de Premium et un échange de participations à hauteur de 3,5% entre les deux groupes.

Mediaset demande 50 millions d'euros par mois de retard à partir du 25 juillet 2016, date à laquelle Vivendi a annoncé renoncer à cet accord.

Lors de l'audience, Vivendi a déposé une demande de dommages et intérêts pour diffamation contre Mediaset, au regard de "la campagne médiatique" menée contre lui, a rapporté une source proche du dossier, sans préciser le montant réclamé.

En réaction, Mediaset a lui aussi déposé une requête pour diffamation contre Vivendi, mettant en cause les propos du président du directoire Arnaud de Puyfontaine.

Pour justifier la décision de Vivendi de ne pas appliquer le contrat, M. de Puyfontaine avait expliqué que son groupe avait reçu des informations qui ne correspondaient pas à la réalité de Premium.

"C'est comme s'ils nous avaient invités à dîner dans un restaurant trois étoiles et qu'ensuite nous nous étions retrouvés chez McDonald's", avait-il affirmé. Dans une autre métaphore, il avait comparé le bouquet de télévision à une Fiat Punto alors que Vivendi pensait acheter, selon lui, une Ferrari.

Au lieu de l'accord signé le 8 avril, Vivendi avait proposé de n'acquérir que 20% de Premium tout en prenant une participation de 15% dans Mediaset, une proposition rejetée par les Berlusconi, qui avaient ensuite lancé plusieurs actions en justice.

Depuis, le groupe français est parvenu en un raid éclair en décembre à s'emparer de près de 30% du capital de Mediaset, dans le but de contraindre les Berlusconi à faire alliance avec lui.

- 'Dommages énormes' -

Interrogée par l'AFP, une source proche de Mediaset a affirmé que les arguments de Vivendi sur Premium étaient fallacieux, le contrat étant "le résultat de mois et de mois de négociations".

Le groupe français connaissait "très bien la situation de Premium: comment est-il possible que le plus grand groupe de communication en Europe ne puisse pas être capable de faire la différence entre un McDonald's et un trois étoiles?", a souligné cette source, en précisant que Vivendi avait fait ajouter trois clauses pour pouvoir sortir du contrat (nombre d'abonnés, etc ..) et que ces clauses avaient été respectées.

Le juge a décidé mardi de joindre les dossiers Mediaset et Fininvest, la holding de la famille Berlusconi, qui a réclamé au moins 570 millions d'euros de dommages et intérêts.

Au total, le groupe italien et Fininvest entendent "réclamer plus d'un milliard et demi d'euros", a expliqué récemment Pier Silvo Berlusconi, le patron de Mediaset et fils de l'ancien chef du gouvernement Silvio Berlusconi, en dénonçant les "dommages énormes" subis.

Du 8 avril au 30 septembre, date prévue de la clôture de l'opération, le contrat prévoyait en effet que les décisions au sujet de Premium (lancement de campagnes publicitaires...) soient prises d'un commun accord entre Vivendi et Mediaset.

Or selon la source proche du groupe italien,, Vivendi "a toujours répondu en retard aux demandes de Mediaset puis à partir de mi-juin n'a plus répondu", provoquant la paralysie du bouquet.

Pour sa part, Mediaset a subi des "dommages en termes d'image, de crédibilité, sans compter la chute du titre".

Parallèlement à l'action civile, Fininvest a engagé une action au pénal contre Vivendi pour "manipulation de marché" lors du raid contre Mediaset.

Le parquet a ensuite ouvert une enquête contre le patron du groupe français, Vincent Bolloré, et M. de Puyfontaine.

Les Berlusconi accusent Vivendi d'avoir fait chuter "artificiellement" le cours de Mediaset avec la rupture de l'accord stratégique pour pouvoir ensuite "lancer à vil prix (...) une vraie escalade hostile". Vivendi a qualifié de "sans fondement et abusive" la plainte déposée.