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Sankara: le mythe toujours vivant, trente ans après

Cérémonie d'hommage à Thomas Sankara, père de la révolution burkinabé, à Ouagadougou le 2 octobre 2016
Cérémonie d'hommage à Thomas Sankara, père de la révolution burkinabé, à Ouagadougou le 2 octobre 2016
afp.com - AHMED OUOBA
Un homme embrasse le portrait de Thomas Sankara affiché sur un mur à Abidjan, le 11 octobre 2017
Un homme embrasse le portrait de Thomas Sankara affiché sur un mur à Abidjan, le 11 octobre 2017
afp.com - Sia KAMBOU
Thomas Sankara, père de l'indépendance burkinabè, pris en photo à Harare le 2 septembre 1986
Thomas Sankara, père de l'indépendance burkinabè, pris en photo à Harare le 2 septembre 1986
afp.com - DOMINIQUE FAGET
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"Tuez Sankara et des milliers de Sankara naitront", aurait dit Thomas Sankara quelques mois avant son assassinat il y a 30 ans. Le capitaine-président du Burkina Faso et son béret rouge s'étalent désormais sur T-shirts, murs, posters, casquettes et même taxis...

Sa formule la plus célèbre, "La patrie ou la mort", est régulièrement reprise dans les cortèges de manifestants en Afrique.

Nul doute, Sankara est, à l'image d'Ernesto "Che" Guevara, devenu un symbole, voire un mythe dépassant largement les frontières du Burkina, où il a été la principale source d'inspiration pour les mouvements de la société civile qui ont contribué au renversement du président Blaise Compaoré après 27 ans de pouvoir.

"Ce qui inspire la jeunesse africaine, ce pour quoi on se reconnaît dans ce personnage là, c'est que tout ce qu'il disait dans les années 80, ce pour quoi il s'est battu et ce pour quoi il a perdu la vie, est toujours présent", affirme le rappeur franco-burkinabè Humanist, 31 ans, de son vrai nom Patrice Taraoré.

"C'est quelqu'un qui reflète des valeurs d'espoir pour toute la jeunesse. Pour moi, c'est un personnage qui a une dimension universelle au niveau de ses valeurs et de ses principes. C'est quelqu'un qui traverse le temps. Il est mort mais son esprit et ses idéaux sont toujours là", ajoute l'artiste, né en France d'une mère française et d'un père burkinabè, citant "sa lutte contre l'impérialisme" et "son côté altermondialiste".

"Moi je m'appelle Humanist mais lui c'était vraiment un grand humaniste, avec son combat sur les droits des femmes, sa politique sur la réforme agraire….", conclut-il.

Ses héritiers oublient ou laissent volontairement de côté la face sombre du régime, notamment les "Comités de défense de la révolution" (CDR), chargés de contrôler la population d'une main de fer.

- Du Togo au Venezuela -

Au Togo, lors des récentes manifestations demandant le départ du président Faure Gnassinbgé, au pouvoir depuis 2005 et héritier d'une famille à la tête du pays depuis 50 ans, de nombreux manifestants se sont réclamés de Sankara.

"Sankara est un modèle pour moi, car il était un grand lutteur qui voulait le changement de l'Afrique (...). C'est à nous de prendre la relève, de continuer la lutte pour que l'Afrique change. Et nous sommes dans cette même logique au Togo, avec cette lutte que nous menons pour l'alternance", affirme Yaovi Adjino, conducteur de taxi-moto.

Pour Nathaniel Olympio, président du Parti des Togolais, membre de la Coalition de l'opposition, "Sankara a réveillé des consciences".

"Sankara voulait déjà montrer à la jeunesse africaine, qu'elle a intérêt à se prendre en charge. Il a incarné une volonté de s'affranchir d'une présence trop forte de l'extérieur dans nos pays. Et c'est ce qui mobilise les jeunes Togolais, car nous sommes dans une lutte de libération", assure-t-il.

Au Nigeria, on rappelle ses rencontres avec le musicien rebelle Fela Kuti. En France, des rues ont été baptisées Thomas Sankara dans plusieurs villes. Cuba a parrainé une exposition sur les "Oeuvres de Sankara, Castro et Che Guevara" alors qu'en Afrique du Sud, le capitaine est une des figures de référence du parti de gauche radicale Economic Freedom Fighters (EFF). L'ancien président vénézuélien Hugo Chavez citait régulièrement Sankara...

"Pour la génération actuelle, Thomas Sankara a laissé comme héritage le panafricanisme, le courage face aux impérialistes, la foi en l'Afrique et la volonté de créer et d'équilibrer le rapport de force entre le Nord et le Sud", résume le Pasteur Komi Edoh, président du Mouvement Martin Luther King au Togo.