14-18 : Jules-André Peugeot, le premier mort

Jules-André Peugeot fut le premier mort de la guerre 14-18
Jules-André Peugeot fut le premier mort de la guerre 14-18
(DR)

Tombé le 2 août 1914, quelques heures avant la déclaration officielle de la guerre, le caporal Peugeot est le premier soldat "tombé pour la France", premier tué d'une terrible boucherie qui fera 40 millions de victimes militaires et civiles.
Qui était cet homme et dans quelles circonstances est-il mort ? 

dans
Peugeot et Meyer

Samedi 1er août 1914, la mobilisation générale est décrétée et le lendemain matin, en ce dimanche 2 août 1914, à Joncheray, dans le territoire de Belfort, le caporal Peugeot est averti de la présence d’une patrouille  prussienne dans la zone. De toute évidence, ces huit hommes  du 5e Chasseurs à Cheval de Mulhouse, ont violé la frontière française, distante d’à peine quelques  kilomètres.  A la tête de cette patrouille ennemie, le sous-lieutenant Camille Mayer, âgé de 20 ans.
Le caporal Jules-André Peugeot, fils d'une institutrice, est né à Etupes, dans le Doubs, le 11 juin 1893. Il se rend sur les lieux avec ses quatre hommes.  Ce franc-comtois, instituteur de profession,  a pour mission de surveiller la frontière franco-allemande. A l'endroit indiqué, il aperçoit, en effet, le détachement  allemand. Le caporal Peugeot prononce les sommations d’usage " Halte-là, Halte-là ! " mais le sous-lieutenant Mayer, pour toute réponse, prend son révolver et tire trois coups dans sa direction. La deuxième balle blesse grièvement le caporal à l’épaule droite. Le caporal Peugeot parvient tout de même à épauler son fusil et à ouvrir le feu sur le sous-lieutenant qui s’effondre, touché au ventre. Mayer est grièvement blessé. Une autre balle, tirée par l'un des hommes du caporal Peugeot, l'atteint à la tête et l'achève. Le lieutenant Peugeot parvient malgré tout à revenir sur ses pas. Il s'écroule à proximité de la maison des Docourt, la ferme voisine.  Il meurt à 10h07. Son corps fut emporté en automobile à Etupes et "placé dans le lit où il était né" (Lettre de Mme Peugeot). Après avoir reçu les honneurs militaires, il est inhumé, le mardi 4 août, dans le tombeau de son grand-père maternel à une quinzaine de kilomètres de Joncherey.

pierre tombale du sous-lieutenant Albert Mayer  dans le cimetière militaire allemand d'Illfurth, non loin de Mulhouse,<br/>
pierre tombale du sous-lieutenant Albert Mayer dans le cimetière militaire allemand d'Illfurth, non loin de Mulhouse,
(DR)
Le 1er mort, vraiment ?

Albert Mayer est le premier mort allemand du front de l'Ouest de la guerre 14-18, le caporal Peugeot le premier mort militaire français.
Nous sommes 36 heures avant la déclaration de la première guerre mondiale.
Parce que le Caporal Peugeot est mort avant le début "officiel" des hostilités, quelques personnes, sporadiquement, continuent de lui contester le titre de "premier tué de la Guerre 14-18".
Pour Christophe Grudler, homme politique et historien français, il n'y a pas de place pour une telle controverse. " Cette affirmation, écrit-il ,  est aussi ridicule que de dire que l'attaque du port américain de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, par les Japonais, ne fait pas partie de la Seconde guerre mondiale car la guerre entre les deux pays ne sera déclarée que le 8 décembre 1941 !(…) Le 2 août 1914, quand tombe le caporal Peugeot sur le sol de Joncherey, la Première guerre mondiale est déjà bien effective. La France a déclaré la mobilisation générale le 1er août 1914, et - ce 2 août - les Allemands envahissent déjà le Luxembourg, pour se jeter ensuite sur la France et la Belgique".

Un monument  est érigé en honneur du Caporal Peugeot à Joncherey. Il est inauguré en 1922 par le président du Conseil.

René Regort, un poète né à Joncheray en 1923, rendra hommage au caporal Peugeot.
Il écrira ces vers touchants :

"Je suis cloué au sol, les yeux fixés aux cieux

Ce n’était pas la guerre, et je suis amoureux

Je pense à ma belle, à celle qui m’attend

Je ne veux pas mourir, je viens d’avoir vingt ans..."

 

Je regarde là haut dans le soleil couchant

Des oiseaux apeurés volent en tourbillonnant

Valsez plumes légères, mais venez vous poser

J’ai un serment d’amour, il faut le lui apporter
"