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XVIe Sommet de la Francophonie à Madagascar, ce qu'il faut en retenir

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau, le président malgache Hery Rajaonarimampianina et la Secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean réunis au XVIe Sommet de la Francophonie. 
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau, le président malgache Hery Rajaonarimampianina et la Secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean réunis au XVIe Sommet de la Francophonie. 
©L.Baron/TV5MONDE

Le XVIème Sommet de la Francophonie vient de prendre fin ce dimanche 27 novembre à Madagascar. Quel bilan en tirer pour les quelque 300 millions de francophones dans le monde ?

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Une première !

Une expression récurrente de ce Sommet de la Francophonie édition 2016. C'était une première pour le pays hôte, qui n'avait pu organiser celui de 2010, alors que Madagascar traversait une crise politique et sociale. 

Une première aussi pour la Secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, élue lors du dernier Sommet de Dakar, en 2014. Elle a voulu accorder plus de place aux femmes (sous-représentées, par ailleurs, parmi les chefs d'Etat francophones) et aux jeunes dans la Francophonie. Cette impulsion a trouvé un écho dans les discours du Canadien Justin Trudeau (dont c'était le premier Sommet) et du Nigérien Mohamad Issoufou.  

Et enfin, c'est la première fois qu'un chef d'Etat français n'assistait pas à la conférence de presse de clôture. Le drapeau et l'étiquette "France" figuraient pourtant en bonne place sur l'estrade du centre de conférence au terme du Sommet. Sauf que... François Hollande ne s'est jamais présenté. Le président français avait déjà quitté le Sommet. Sa place sera prise par le ministre des Affaires étrangères arménien Edouard Nalbandian. 

Une organisation réussie ? 

Lors de cette conférence de presse de clôture, le président malgache Hery Rajaonarimampianina s'est félicité du bon déroulement de l'événement, en forme de test pour le pays, encore instable politiquement et qui avait déployé un niveau de sécurité maximum.
 


Il s'est dit aussi très fier des Malgaches. Les chefs d'Etat invités se sont aussi réjouis d'un Sommet "réussi" et en ont profité pour congratuler le président. 

Prochaines étapes : Arménie et Tunisie

La Secrétaire générale de la Francophonie a annoncé les pays hôtes des deux prochains Sommets. En 2018, ce sera l'Arménie. Il faut dire que le pays a mené une campagne agressive pour l'emporter. 
 


Le Sommet va donc quitter le continent africain où il se déroulait depuis l'édition de 2010 organisée à Kinshasa, en RDC. Mais il y reviendra en 2020.

Le XVIII Sommet de la Francophonie se tiendra, lui, en Tunisie afin de marquer les 50 ans de l'OIF et les 20 ans de la fin de Habib Bourguiba, l'un des pères de la francophonie. Etrangement, ni le chef d'Etat arménien, ni le président tunisien ne sont venus représenter leur pays en personne. 

Quatre nouveaux entrants

Dès samedi 26 novembre, la Conférence ministérielle de la Francophonie a statué sur l'entrée de quatre nouveaux membres observateurs. La Nouvelle-Calédonie, collectivité d’Outre-mer française ; l’Argentine ; la Corée du Sud  et la province canadienne de l’Ontario. 


Ces quatre nouveaux entrants font monter le nombre de membres de l'OIF à 84.
 

L'Arabie saoudite, recalée !

Seule la candidature de l’Arabie saoudite a été rejetée, officiellement non pas parce que la monarchie saoudienne ne partage pas les valeurs francophones de démocratie, de droits de l’Homme et d’égalité homme-femme, mais parce que le dossier d’adhésion de l'Arabie Saoudite serait incomplet. Une manière à peine détournée de repousser la question aux calendes grecques... ou déjà au prochain Sommet.

Seuls le Premier ministre canadien Justin Trudeau et le Ministre Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles Rudy Demotte ont invoqué un décalage entre les valeurs saoudiennes et celles de la francophonie. 

Une abscence remarquée

Mohammed VI, pourtant toujours présent à Madagascar, semble-t-il, n’a pas assisté à la cérémonie d’ouverture et n’a pas prononcé le discours d'ouverture prévu.

Et pourtant, le Maroc n'avait pas lésiné sur les moyens, en établissant 22 stands au Village de la Francophonie et en déplaçant une délégation de près de 500 personnes. Il faut dire que la famille royale marocaine a un lien particulier avec la Grande Île : le grand-père du roi et sa famille avaient séjourné en exil à Antsirabé pendant deux ans. 

Mais le roi du Maroc n'était pas le seul absent de ce Sommet. Contrairement à l'édition 2014 à Dakar, peu de chefs d'Etat africains se sont déplacés.  

Peu de chefs d'Etat africains

Plusieurs dirigeants annoncés n’ont, en réalité, pas fait le déplacement. C’est notamment le cas du président ivoirien, Alassane Ouattara - pour raisons familiales, du Béninois Patrice Talon, du Guinéen Alpha Condé ou encore du Togolais Faure Gnassingbé. Le président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, reparti déçu du précédent sommet à Dakar en 2014 non plus.


Le Camerounais Paul Biya et le Malien Ibrahim Boubacar Keïta n’étaient pas présents. Le président de RD Congo, Joseph Kabila, dont le nouveau gouvernement n’a toujours pas été nommé et qui a été l’objet de vives critiques de la part de Paris ces dernières semaines, n’est pas venu.

"Ceux qui n'ont pas pu venir avaient de bonnes raisons, a justifié Michaëlle Jean, en clôture du Sommet. Et ceux qui sont venus l'ont fait en plein possession de leurs moyens."

Quelles décisions prises ? 

La Secrétaire générale a donc profité de la dernière conférence de presse pour dresser un bilan, ou plutôt rappeler ce pourquoi tous les membres de la Francophonie s'étaient réunis : 


Les femmes et les jeunes restent au coeur des préoccupations de la Francophonie. 
 


Selon la Secrétaire générale, il faut tirer les femmes de l'économie informelle. Les impliquer, ainsi que les jeunes, "dans l'économie, car c'est le meilleur moyen de lutter contre l'insécurité." Et d'ajouter "le développement ne va pas sans davantage de sécurité."

Le développement, un thème au programme de ce Sommet "croissance partagée et développement responsable". Les membres de l'OIF ont donc rappelé les valeurs que l'organisation doit promouvoir, notamment les libertés, le développement durable et la lutte contre la radicalisation dans l'espace francophone. 

Sur le terrorisme, Michaëlle Jean a souligné que la Francophonie devait mutualiser et mieux organiser ses moyens de lutte et les expériences de chacun. Car comme elle l'a rappelé, les pays francophones ne sont pas épargnés.  

Ce Sommet a aussi été l'occasion de signer des accords bilatéraux. Ainsi la France, au travers de son Agence pour le développement (AFD) a-t-elle signé un accord de financement de 65 millions d'euros.

Justin Trudeau, la star du Sommet

Avec des déclarations comme "Je suis féministe", assorties d'appels aux hommes à défendre les droits des femmes et des minorités homosexuelles, le Premier ministre canadien donne un nouveau ton au discours de la Francophonie :

A une journaliste malgache qui lui demande en conférence de presse pourquoi aborder à Madagascar le sujet si tabou des LGBT, il répond : "Je parle des droits humains partout où je vais dans le monde, à Cuba, en Chine… Et si, ici, ces conversations rendent les gens mal à l’aise et bien tant mieux. Je reconnais que ce soit un enjeu sensible mais il faut qu’on en parle. Beaucoup de Malgaches et d’Africains m'ont remercié d’avoir parlé avec une grande franchise.

Les promesses de la Francophonie 

"La Francophonie est une promesse qui sera tenue," a aussi affirmé le président François Hollande. Mais les bonnes intentions de la Francophonie, souligne un chroniqueur du quotidien L'Express de Madagascar, importunent beaucoup de dirigeants présents à Antananarivo. Démocratie, bonne gouvernance, développement durable, libertés, Etat de droit... On est encore très loin de l'"espace démocratiquement irréprochable" évoqué par le Belge Rudy Demotte.