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17 ans après Srebrenica, Ratko Mladic enfin devant ses juges

Le procès de l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, doit s'ouvrir le 16 mai 2012 devant le Tribunal Pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). A 70 ans, le "boucher des Balkans" doit y répondre de génocides, crimes contre l'humanité et crimes de guerre durant la guerre de Bosnie.

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Ratko Mladic devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), le 3 juin 2011 à La Haye (AFP)
Ratko Mladic devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), le 3 juin 2011 à La Haye (AFP)
Qui est Ratko Mladic ?

Lors de la première audience du procès en juin 2011, Mladic a insisté sur le fait qu'il n'avait fait que "défendre son pays". Le général serbe se disait prêt à faire la guerre au monde entier afin de prouver la "justesse de la cause serbe". 

"Fin stratège" selon des militaires étrangers qui l'ont côtoyé, tantôt colérique tantôt jovial, celui que l'on surnommait "le boucher des Balkans" a toujours cherché à gagner la confiance de ses interlocuteurs. 

Né le 12 mars 1942 à Bozanovici (est de la Bosnie), Mladic a deux ans lorsque son père est assassiné par les oustachis croates pro-nazis, qui, comme les musulmans, resteront ses ennemis jurés. Avide de revanche, il s'érigera en défenseur du peuple serbe, qui, assure-t-il, est "menacé de génocide et voué à disparaître devant la pénétration de l'islam". 

En 1961, il débute une carrière de militaire dans l'armée yougoslave. Colonel à Pristina (Kosovo) il est chargé en juin 1991 d'organiser en Croatie les séparatistes serbes, qui proclameront leur éphémère République serbe de Krajina.

En mai 1992, promu général, il commande l'armée des Serbes de Bosnie, qui proclament eux aussi leur République, refusant de vivre come une "minorité" dans une Bosnie indépendante. Il devient ainsi le bras droit de Radovan Karadzic, le chef politique des Serbes de Bosnie.

De quoi est-il accusé ?

Ratko Mladic est accusé d'être, aux côtés de Radovan Karadzic, l'un des principaux artisans d'"une entreprise criminelle commune" visant à "chasser à jamais les musulmans et Croates de Bosnie".

Mladic encourt la prison à vie. Il doit répondre de deux génocides : celui de Srebrenica en juillet 1995, au cours duquel 8000 hommes et garçons musulmans ont été exécutés. C'est le massacre le plus grave commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.


Il est aussi poursuivi pour génocide, persécution, extermination, meurtre, déportation et actes inhumains dans quatorze municipalités en Bosnie, où ses hommes ont violé, tué, torturé, détenu et chassé des milliers de musulmans et Croates.

Il doit répondre du siège de Sarajevo, siège qui a duré 44 mois à partir de mai 1992, et au cours duquel 10 000 civils ont été tués.

Enfin, Mladic est accusé de la prise en otage de 200 soldats de l'ONU entre le 26 mai et le 2 juin 1995. Ils avaient été enchaînés à des postes stratégiques des territoires conquis afin d'empêcher tout bombardement de l'OTAN contre les forces armées serbes de Bosnie.

Son procès va-t-il débuter le 16 mai comme prévu ? 

EDIT 16/05/12 : La déclaration liminaire de l'accusation se poursuivra le 17 mai à 07H00 GMT. Le procès, qui pourrait durer trois ans selon l'accusation, doit ensuite reprendre le 29 mai avec l'audition du premier témoin du bureau du procureur. L'accusation a toutefois indiqué dans un document publié mercredi, en réponse à une demande d'ajournement du procès par la défense au prétexte qu'elle n'est pas prête, ne pas être opposée à un report de la présentation des éléments de preuve à charge.

Les avocats de Ratko Mladic ont demandé un ajournement de six mois du début du procès. "La défense demande respectueusement un ajournement du procès pour six mois ou, sinon, que la chambre interdise à l'accusation d'utiliser au procès toute preuve ou témoin qui a été le sujet de publications récentes", ont indiqué Branko Lukic et Miodrag Stojanovic, dans un document rendu public.

Les deux avocats estiment ne pas avoir eu "le temps adéquat" pour examiner certains documents et, par conséquent, ne pas avoir eu assez de temps pour préparer au mieux la défense de Mladic.

Lukic et Stojanovic avaient déjà demandé vendredi 11 mai la récusation du juge Alphonse Orie, estimant qu'il n'était pas impartial, ayant déjà condamné plusieurs des subordonnés de Ratko Mladic.

Son procès est-il attendu en serbie ? 

Mladic a été arrêté le 26 mai 2011, après 16 ans d'une "cavale" presque au vu et au su de tous

Mis à l'écart en 1997, après la signature des accords de paix de Dayton ayant mis fin à la guerre de Bosnie, il vécut en toute impunité dans son fief de Han Pijesak, une base militaire bosniaque. Installé ensuite à Belgrade dans un quartier chic, il sera protégé par l'armée plusieurs années, la population le considère comme un "héros" de la guerre. 

La communauté internationale s'impatiente et demande l'extradition de Mladic comme condition à l'intégration de la Serbie dans l'Union européenne. Il entre donc dans la clandestinité au début des années 2000. Un procès contre dix personnes accusées de l'avoir caché dans sa cavale est en cours devant la justice serbe.

Aujourd'hui, très peu de Serbes se soucient de son procès pour génocide devant le TPIY : "Tout cela est du passé. Tout le monde avait hâte de se débarrasser du problème Ratko Mladic" explique l'analyste politique Milos Vasic. 

"Les gens ont leurs soucis quotidiens, liés surtout à leur existence, aux questions économiques" estime l'historien Cedomir Antic. La campagne électorale pour l'élection présidentielle du 20 mai reste centrée sur les enjeux économiques.

"L'indifférence est aussi la conséquence des longs marchandages du pouvoir au sujet de son arrestation et de son transfèrement à La Haye, mais aussi du sentiment populaire que le TPIY n'a pas été impartial et que les Serbes en sont les principales victimes" explique encore Cedomir Antic. 

Selon un sondage réalisé en février, 49% des Serbes considèrent que Ratko Mladic n'est pas coupable des crimes dont il est inculpé, 23% l'estiment coupable et 28% auraient préféré que son procès se déroule en Serbie. 

Le TPIY a-t-il d'autres suspects à juger ?

Le Tribunal Pénal international pour l'ex-Yougoslavie est proche de la fin de son mandat. Il sera progressivement remplacé par un Mécanisme résiduel, une "petite entité efficace à vocation temporaire" qui entrera en fonction le 1er janvier 2013 pour un mandat de quatre ans renouvelable.  

Créé par la Conseil de sécurité des Nations unies en 1993, le TPIY est chargé de juger les responsables présumés de génocides, crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis en ex-Yougoslavie depuis 1991. Il emploie plus de 800 personnes de 76 nationalités différentes et siège à la Haye.

161 personnes ont été mises en accusation par le Tribunal et plus aucun fugitif n'est aujourd'hui recherché.

Sur ces 161 accusés, seuls deux - dont Ratko Mladic - attendent encore l'ouverture de leurs procès. 17 accusés ont fait appel de leur condamnation. Sur les 126 autres accusés dont les procédure sont closes, 64 ont été condamnés, 13 acquittés, 13 renvoyés devant une juridiction nationale, 20 ont vu les poursuites contre eux abandonnées et 16 sont décédés avant que le jugement ne soit prononcé, comme l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic, mort en mars 2006 dans sa cellule de La Haye.


Quatre ans de guerre

Archives - France 2 - 23/11/1995



Dislocation de la Yougoslavie

1991. La Slovénie et la Croatie proclament leur indépendance. Intervention de l’armée fédérale en Slovénie qui se retire au bout de quelques semaines (accords Brioni).

1992. L’ONU décide de déployer 14 000 hommes dans l’ex-Yougoslavie. Début du siège de Sarajevo par les forces serbes.

1993. Début des combats entre Croates de Bosnie et Musulmans, notamment à Mostar.

1995. Prise de Srebrenica par les forces serbes de Bosnie. Signature de l’accord de paix de Dayton, qui officialise la division de la Bosnie-Herzégovine en deux entités.

1999. Début des bombardements aériens sur la Yougoslavie le 24 mars, dans le cadre de l’opération « Force alliée » de l’Otan. En juin, fin des bombardements au Kosovo, où l’armée serbe est remplacée par à une force terrestre de l’Otan.