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Brésil : la favela da Paz, toujours dans l’attente de logements

André Silva a construit sa maison dans la favela da Paz en 1996. Alors qu'il attend une solution de relogement, il craint de ne plus remplir les critères qui lui permettraient d'obtenir un logement via le programme "<i>Minha Casa, Minha Vida"</i>.
André Silva a construit sa maison dans la favela da Paz en 1996. Alors qu'il attend une solution de relogement, il craint de ne plus remplir les critères qui lui permettraient d'obtenir un logement via le programme "Minha Casa, Minha Vida".
(Octave Bonnaud)

Quelques semaines avant la Coupe du Monde, TV5 Monde avait interrogé les habitants de la favela da Paz, voisins du stade Corithians, où s’est déroulé la cérémonie d’ouverture de la Copa. Face aux promesses de relogement de la mairie, les 377 familles de la favela naviguaient alors entre espoir et peur de retomber dans l’oubli.

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Au cœur du quartier le plus populaire de Sao Paulo, le stade des Corinthians, avec ses planchers en marbre et ses baies vitrées, révèle toute sa démesure, au moment où le Brésil subit un vaste plan d’austérité.

A neuf cent mètres de la cathédrale du football, les habitants de la favela da Paz, ont longtemps figuré en tête de liste des bidons-ville à expulser. Ils devaient faire place nette pour le projet de Parc Rio Verde, chargé de végétaliser les alentours du stade.

Drancy Silva, devant sa maison, est l'un des leaders de la favela da Paz, où il vit depuis une vingtaine d'années. Il est l'un des portes paroles de l'association des habitants en charge des négociations avec la mairie.
Drancy Silva, devant sa maison, est l'un des leaders de la favela da Paz, où il vit depuis une vingtaine d'années. Il est l'un des portes paroles de l'association des habitants en charge des négociations avec la mairie.
(Octave Bonnaud)



A l’entrée de la favela, on retrouve André, qui fait l’éloge du quartier dont il a failli être chassé, au moment même où les carences d’investissements publics devaient être comblées : « ici, je suis à 20 minutes de mon travail au centre de la ville, et il y a tout ce qu’il faut avec le centre commercial. Je suis né ici, j’y ai tout mes amis, c’est pour ça qu’on s’est battu pour y rester » nous explique-t-il, en marchant dans l’allée principale de la favela.


L’an dernier, les habitants et la mairie de Sao Paulo, étaient parvenus à un accord, quelques mois avant le match d’ouverture. Un tiers des familles, celles qui habitent dans des baraques en bois au bord du fleuve, devaient bénéficier d’un logement social au premier semestre 2015. Le reste des habitants devait être relogés d’ici la fin de l’année 2016. Ces premiers engagements ont ils été respectés ?

La vie dans la favela s’est améliorée


Depuis un an, la vie dans la favela s’est progressivement améliorée. La Sabesp, l’entreprise de distribution d’eau de Sao Paulo, a installé des réservoirs d’eau sur les toits des maisons, tout en raccordant l’ensemble des foyers au réseau d’eau courante.

Les amas de fils électriques, ont été remplacés par un réseau sécurisé. « Avant quand l’électricité sautait, on ne pouvait pas appeler le fournisseur puisque c’était des branchements illégaux. On réparait nous même, mais on risquait notre vie à chaque fois. Sans compter les risques d’incendie que cela comportait » se souvient André. Les habitants ont même eu droit à des boites aux lettres, aux couleurs d’Eletropaulo, du nom de l’entreprise d’électricité brésilienne, qui devrait y glisser ses premières factures.

Depuis la Coupe du Monde, la situation c'est sensiblement améliorée dans la favela da Paz. Les 377 foyers sont <span class="Object" id="OBJ_PREFIX_DWT861_com_zimbra_date"><span class="Object" id="OBJ_PREFIX_DWT865_com_zimbra_date">aujourd'hui</span></span> connectés au réseau d'eau potable et à l'électricité.
Depuis la Coupe du Monde, la situation c'est sensiblement améliorée dans la favela da Paz. Les 377 foyers sont aujourd'hui connectés au réseau d'eau potable et à l'électricité.
(Octave Bonnaud)



Mais lorsqu’on demande aux habitants la date de leur entrée dans les logements sociaux, ces derniers peinent à masquer leur dépit. Et nous renvoient vers le voisin d’André, Drancy, qui fait partie des négociateurs.

Situé dans le secteur 1, prioritaire car construit sur une zone à risque au bord de l’eau, Drancy devrait bénéficier d’un logement cette année. « On a vu le premier immeuble, qui doit accueillir 121 familles : il est déjà bien avancé. Il y a même eu une convocation pour un tirage au sort, afin de répartir les appartements. On y est presque» veut croire ce retraité, qui a longtemps travaillé comme auxiliaire de santé dans un hôpital privé.

Les appartements, construits dans le cadre du programme Minha Casa, Minha Vida*, offriront une surface de 40 à 47 mètres carrés. Les familles, dont les revenus sont inférieurs à 1 600R$ - soit environ deux salaires minimum - verseront des mensualités à hauteur de 5% de leurs revenus. Au bout de dix ans, elles deviendront propriétaires de l’appartement qu’elles occupent, dans une zone aujourd’hui prisée. « On va peut être remporter une première victoire » reconnaît volontiers Drancy, « mais on attend d’avoir les clefs pour y croire totalement ».

L’impatience des habitants


 Le plus difficile, reste de contenir l’ «impatience » grandissante des habitants. « J’ai au moins 70 familles qui souffrent tellement de l’humidité, qu’elle se disent prêtes à partir n’importe où, pourvu que ce soit rapide » s’inquiète le représentant de l’association des habitants

D’autres habitants, viennent en plus de subir une déconvenue plutôt cruelle, alors qu’ils se voyaient déjà sur le palier de leur appartement. Ce sont une dizaine de familles, qui craignent de se voir refuser un logement social, au motif que leurs revenus dépassent le seuil de 1 600R$. C’est notamment le cas d’André, qui devait obtenir un appartement dans le second lot de logements en 2016 : « je viens tout juste d’avoir une promotion importante, je suis devenu « analyste système » dans le secteur de la téléphonie et de l’internet. Aujourd’hui, je gagne donc plus que deux revenus minumum, et on me dit que je gagne trop ? Mais c’est toujours trop peu pour me loger dans le quartier, c’est absurde ! ».

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	La  favela da Paz où vivent quelque 1 200 personnes. Des femmes et des enfants, en majorité.<br />
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La  favela da Paz où vivent quelque 1 200 personnes. Des femmes et des enfants, en majorité.
 
(Octave Bonnaud)



«Effectivement, ce n’est pas juste, on a demandé un réajustement des seuils pour intégrer tout le monde dans le programme. On nous a dit qu’il faudrait changer la loi, c’est pour ça qu’il faut continuer de lutter, depuis le début,  rien ne nous a été donné » répète Drancy, pour maintenir la mobilisation.

Enfin, la lenteur apparente des travaux sur le second lot de logements, déstiné aux 256 familles restantes, nourrit également le pessimisme ambiant. « La construction de l’immeuble doit se terminer fin 2016, mais lorsque je suis passé récemment sur le terrain, le chantier était au sol. Il y aura du retard » pronostique Drancy.

Aussi, cet historique de la favela, a-t-il décidé de prendre les choses en main : il parcourt tout le quartier à l’aide de ses deux béquilles, pour débusquer les appartements inoccupés, dans les immeubles dédiés au programme Minha Casa Minha Vida*. Il dit en avoir trouvé « plus d’une cinquantaine », qui nécessiteraient seulement quelques travaux de rénovation. Pour ne plus perdre de temps. Et ne pas trop ressasser cette question, que se posent les habitants de la favela da Paz: « pourquoi la construction d’un seul immeuble, aura-t-elle pris plus de temps que celle du stade Corinthians ? ».


*Minha Casa, Minha Vida