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Accord Hamas-Fatah : préfiguration d'un futur Etat palestinien ?

La réconciliation entre le Hamas et le Fatah a eu lieu au Caire le 4 mai 2011, concrétisée par la signature d'un accord pour la formation d'un gouvernement transitoire réunissant les deux formations, jusque là ennemies. Les deux principales forces politiques palestiniennes souhaitent s'unifier afin de voir les Nations unies reconnaître un État palestinien, une reconnaissance mise à l'agenda de la Communauté internationale en septembre 2011.

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« Palestiniens et Israéliens peuvent bénéficier de cet accord de réconciliation. »

Mahmoud Abbas, président de l'autorité palestinienne et de l'OLP (AFP)
Mahmoud Abbas, président de l'autorité palestinienne et de l'OLP (AFP)
Mahmoud Abbas, président du Fatah et de l'autorité palestinienne a déclaré au Caire le 4 mai 2011 que " les Palestiniens avaient décidé de tourner pour l'éternité la page noire de la division ". L'accord pourrait devenir historique si une issue politique concrète et positive advenait. Les divisions entre Fatah et Hamas avaient mené en 2007 à la création de deux " entités " palestiniennes, l'une pour la bande de Gaza (Hamas) et l'autre pour la Cisjordanie (Fatah). Le seul président de l'autorité palestinienne, Mahmoud Abbas redeviendrait donc, suite à cet accord, l'interlocuteur politique central d'un " territoire de Palestine " à nouveau unifié, sinon géographiquement, au moins politiquement.

L'accord prévoit la formation d'un gouvernement d'union, l'organisation d'élections législatives d'ici un an et une réforme de l'OLP (Organisation de libération de la Palestine). Au-delà des controverses sur le parti islamiste Hamas qui font dire au Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu que cet accord " est un coup dur pour la paix et une grande victoire pour le terrorisme ", la réconciliation du 4 mai vise à la reconnaissance d'un état palestinien par l'Organisation des nations unies, dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale.

Un accord lié à la nouvelle donne politique régionale

Alain Dieckhoff, chercheur au CNRS (dernier ouvrage : "Le conflit israëlo-arabe" chez Armand Colin, encadré à lire) estime que le changement politique en Egypte et la révolution syrienne en cours sont pour beaucoup dans la décision de réconciliation entre les deux grands partis politiques palestiniens : " Pour moi, le changement de pouvoir en Égypte est une donnée qui a pesé lourdement, parce que Moubarak soutenait Mahmoud Abbas mais était hostile au parti Hamas. Le pouvoir égyptien actuel est plus prudent, il soutient l'autorité palestinienne mais il essaye aussi d'avoir des ouvertures vers le Hamas. L'Égypte a réouvert sa frontière avec Gaza et repris des relations diplomatiques avec l'Iran. Dans le même temps, ce qui est train de changer c'est ce qu'il se passe en Syrie : le Hamas était très soutenu par Bachar Al-Assad (président syrien qui réprime les manifestants demandant son départ, ndlr) et vu les événements, les dirigeants du Hamas ne savaient plus très bien s'ils pourraient encore compter sur la Syrie comme ils le faisaient jusqu'à présent. "

Mahmoud Zahar, l'un des dirigeants du Hamas : “ Le Hamas n'empêchera pas le Fatah de négocier avec Israël “ (AFP)
Mahmoud Zahar, l'un des dirigeants du Hamas : “ Le Hamas n'empêchera pas le Fatah de négocier avec Israël “ (AFP)
La réconciliation : indispensable pour la reconnaissance d'un état palestinien

Si Mahmoud Abbas a accepté la réconciliation avec le Fatah, ce n'est pas pour pallier une faiblesse politique mais parce que l'option de " La Cisjordanie d'abord " qu'il a activée durant plusieurs années a échoué. La reconnaissance onusienne d'un État palestinien, même coupé en deux, demande de montrer un front uni, particulièrement pour convaincre l'Union européenne. Pour le Fatah, l'influence des révolutions arabes est importante et a certainement démontré que les décisions concernant le conflit israélo-palestinien ne se prenaient plus à Damas, mais désormais en Palestine même.

Anwar Abu Eisheh, juriste palestinien, professeur de Droit à l'Université Al Quds, est convaincu pour sa part que les peuples palestiniens et israéliens peuvent bénéficier de cet accord de réconciliation, si " cette unification aboutit à un processus sérieux de négociation et de paix avec Israël. Parce qu'à l'évidence cette situation ne peut pas durer : ni le gouvernement à Gaza, ni l'autorité palestinienne en Cisjordanie n'arrivent à répondre aux besoins des citoyens, la situation est trop dure pour les Palestiniens dans l'ensemble des territoires occupés, et il est impossible de continuer comme ça ".

Sur la non-reconnaissance de l'Etat d'Israël par le Hamas, Anwar Abu Eisheh estime que c'est un faux problème : " Dans les faits, le Hamas reconnaît l'existence d'Israël, il y a une coordination entre les autorités israéliennes d'occupation et le Hamas, que ce soit pour importer des produits de première nécessité comme le pétrole ou pour se déplacer. C'est l'OLP, dirigée par Mahmoud Abbas qui est en charge de continuer les négociations avec l'état d'Israël. Le Hamas ne conteste pas cela ".

Israël mis aux pieds du mur ?

Au delà des controverses sur le parti islamiste Hamas et des rétorsions économiques israéliennes déjà entamées (avec le gel d'une partie des taxes douanières qui financent aux deux tiers les territoires occupés), c'est une nouvelle donne politique qui s'engage : si le gouvernement d'union palestinien mène à une reconnaissance par l'Onu d'un état palestinien, les territoires deviendront un état souverain occupé par Israël.

Le Premier ministre israélien a estimé le 3 mai que " l'accord entre Mahmoud Abbas et le Hamas portait un coup très dur au processus de paix ". Benyamin Netanyahou cherche à convaincre la France et l'Angleterre de ne pas s'engager sur la voie de la reconnaissance de l'état palestinien prévue pour septembre. Ses visites à David Cameron, le chef du gouvernement britannique, le 4 mai, puis à Nicolas Sarkozy, le président français, le lendemain, soulignent cette démarche. Le chef de l'État français aurait pourtant donné des signes indiquant que la France pourrait reconnaître l'État palestinien à l'automne. Du côté palestinien, Monsieur Abu Eisheh estime pour sa part " qu'il n'y aura aucun problème si Israël reconnaît le droit international. Lorsqu'on examine les déclarations des responsables occidentaux, on peut être optimiste ; quand ce sont celles des responsables israéliens, on redevient pessimiste ."

Israël est dans une situation embarrassante : le contexte des révolutions tunisiennes, égyptiennes, remarquables par la demande de démocratie de la part des populations et par l'absence des partis islamistes, ne crédibilise pas le discours de Benjamin Netanyahou qui aimerait pointer du doigt la menace islamiste et terroriste du Hamas allié à l'autorité palestinienne. Les chefs d'états européens semblent hésiter, mais une reconnaissance d'un état palestinien se profile, et sans doute pour cette année 2011 : si cela advenait, Israël devrait alors négocier avec un état souverain, soutenu par la communauté internationale...

De quoi la Palestine est-elle le nom ?

Les territoires palestiniens, Gaza au Sud d'Israël, et la Cisjordanie à l'Est, sont reconnus comme les prémices d'un État palestinien, dite autorité palestinienne, par près de 100 pays, mais pas encore par l'ONU. L’Autorité palestinienne, composée du Conseil Législatif (88 membres : 37 pour Gaza et 51 pour la Cisjordanie) et du Conseil national palestinien qui est l’organe politique représentatif du peuple palestinien, n’exercent donc que des compétences limitées, civiles pour la plupart, qui ne sont effectives que sur un territoire morcelé.

La gouvernance palestinienne entre Gaza et la Cisjordanie

Source : AFP
L'autorité palestinienne gère :
- La Bande de Gaza qui est une enclave de 360 km² au sud d'Israël, le long de la côte.
- La Cisjordanie (Jérusalem-Est inclus).

Précisions sur le découpage : au terme des accords d’autonomie d'Oslo II de 1995, les deux régions ont été divisées en trois zones :
A) Gaza et les villes de Jéricho, Jénine, Qalqilya, Ramallah, Tulkarem, Naplouse, Bethléem, Hébron depuis 1997 avec un accord distinct. (Le protocole d'Hébron divise la ville d'Hébron en deux zones : H1, sous contrôle palestinien, c'est l'essentiel de la ville, et H2 qui représente la bordure orientale de la cité (où vivent environ 30 000 Palestiniens) et qui comprend une enclave de peuplement juif de 600 à 800 habitants près du centre-ville, sous contrôle israélien).
L'autorité palestinienne y exerce une juridiction civile (incluant les pouvoirs de police).

B) La Cisjordanie, avec une sécurité intérieure conjointe israélienne et palestinienne.

C) La zone des colonies israéliennes implantées en Cisjordanie à Gaza et Jérusalem, sous contrôle de l'état d'Israélien

L'archipel de Palestine orientale

Avec l'aimable autorisation du Monde Diplomatique. Chaque partie représentée par de l'eau est un territoire occupé par Israël. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
Avec l'aimable autorisation du Monde Diplomatique. Chaque partie représentée par de l'eau est un territoire occupé par Israël. Cliquez sur l'image pour l'agrandir

À lire

Alain Dieckhoff, Le conflit israélo-arabe
Editions Armand Colin