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Affaire Strauss Kahn - le mensonge plus lourd que les faits

La justice américaine repose sur des principes difficiles à comprendre en France, et plus largement en Europe ou sur d'autres continents. Dans un pays où les présidents prêtent serment sur la bible, la moralité est souvent plus têtue que les faits. Voilà comment dans cette affaire Strauss-Kahn, une victime présumée devient quasi coupable parce qu'elle a menti.

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La crédibilité de la plaignante mise en cause par des enquêteurs. DSK libéré sous caution, mais les accusations sont maintenues.

La Une du New York Times du 2 juillet 2011 avec cette double manchette : l'ex chef du FMI inculpé est libre. Un revers pour le District Attorney de Manhattan.
La Une du New York Times du 2 juillet 2011 avec cette double manchette : l'ex chef du FMI inculpé est libre. Un revers pour le District Attorney de Manhattan.
Après les révélations du New York Times du 1er juillet 2011, Dominique Strauss Kahn est passé, lors d'une nouvelle audience, devant le tribunal de New York. Son régime d'assignation à résidence et de contrôle judiciaire a été aussitôt allégé, en raison de nouveaux éléments de l'enquête. Également libéré sur parole, il pourra aller et venir à sa guise, mais pas hors des États-Unis, et sa caution de 1 million de dollars lui sera restituée. Son bracelet électronique est enlevé mais son passeport ne lui sera pas rendu. Il devra comparaître une nouvelle fois devant la justice américaine le 18 juillet, lors d'une nouvelle audience sur le fonds de l'affaire, les accusations d'agression sexuelle étant maintenues.

UNE IMAGINATION FERTILE

Selon une lettre du procureur aux avocats de Dominique Strauss Kahn, la plaignante a menti à plusieurs reprises, d'abord sur des faits ne relevant pas directement de l'affaire, mais aussi sur le déroulé de la matinée où elle croisa le parcours de celui qui était encore directeur du FMI. Ce qui met à mal sa crédibilité, même si, selon le Los Angeles Times, les preuves d'une relation sexuelle entre les deux protagonistes ne sont pas contestées. La notion de témoin défaillant (la plaignante n'est en l'occurrence pas accusatrice mais témoin) est essentielle dans les affaires criminelles américaines, parce qu'il permet à la défense de démolir le processus d'accusation selon le principe que celui qui a menti une fois, peut mentir d'autres fois.

Ces mensonges, révélés par le procureur Cyrus Vance aux avocats de la Dominique Strauss-Khan, concernent d'abord des détails de la vie de Nafissatou Dialo, la jeune femme de ménage d'origine peule, qui accuse l'ancien patron du FMI de l'avoir forcée à des relations sexuels, dans la chambre d'hôtel qu'elle était venue nettoyer. Elle a avoué avoir inventé un viol, des mutilations sexuelles, et un enfant mort pour obtenir le droit d'asile aux États-Unis (elle n'est certainement pas la première réfugiée à grossir le trait en échange de la miraculeuse carte verte). Le New York Post, autre quotidien, mais très conservateur et à sensation, après avoir été prompt à accuser Dominique Strauss-Kahn, s'est retourné contre la femme de chambre : "Elle est un vrai escroc." annoncent-ils le 1er juillet 2011 avant de la traiter de prostituée, en manchette, le 2.

Le New York Post, quotidien qui vit du sensationnel, va plus loin : La femme de ménage de DSK est une prostituée.
Le New York Post, quotidien qui vit du sensationnel, va plus loin : La femme de ménage de DSK est une prostituée.
UN TROU DANS L'EMPLOI DU TEMPS, LE 14 MAI 2011

Par ailleurs, les enquêteurs ont découvert des mouvements de fonds curieux sur ses comptes en banque et lui ont trouvé des relations douteuses avec un homme qui tremperait dans le trafic de drogue et l'escroquerie. Selon ces enquêteurs, elle a échangé un coup de téléphone avec ce délinquant, alors en détention, un jour après sa "rencontre" avec DSK, pour voir quels bénéfices elle pouvait retirer de ses accusations. La conversation a été enregistrée, mais il ne semble pas que durant cet appel elle ait contredit ses accusations.

Mais une omission pourrait s'avérer beaucoup plus gênante pour la jeune femme : contrairement à ce qu'elle avait affirmé, elle n'a pas averti les autorités de l'hôtel immédiatement après les agressions sexuelles dont elle se dit victime, mais a d'abord nettoyé une autre chambre, puis est retournée briquer la fameuse suite 2806 où le crime aurait eu lien, avant de se mettre à crier. Ce trou est encombrant. A-t-elle été saisie de sidération avant de continuer à agir en automate ? A-t-elle eu peur de perdre son travail ? Ou bien a-t-elle reconstruit cette agression après coup ?

Pour son avocat Kenneth Thompson, la vérité ne fait aucun doute, face à la qualité des preuves. Et il a énoncé ces évidences, parfois en termes très crus, après la remise en liberté de DSK : test adn positif, traces de sperme sur le cou, égratignures, mais surtout des hématomes "sur le vagin et les seins", que DSK aurait empoignés avec violence.
Mais l'avocat de Nafitassou Dialo reconnaît lui-même aujourd'hui que le combat devant les tribunaux sera très difficile à mener à son terme, et que l'affaire s'achemine vers un non lieu.

Il ne faut pas oublier que la justice américaine est aussi fondée sur des jeux de dupes, une sorte de poker menteur, où la communication et la présentation de faits sont souvent aussi importants que les faits eux-mêmes.

La lettre du procureur Cyrus Vance aux avocats de Dominique Strauus-Kahn