Info

Afghanistan : l'amour à mort

Selon Amnesty International, plus de 5000 cas de <em>crimes d'honneur</em> sont répertoriés chaque année dans le <em>monde</em> !
Selon Amnesty International, plus de 5000 cas de crimes d'honneur sont répertoriés chaque année dans le monde !
Infographie : Martine Bruneau

Ils s'appelaient Fateha et Hedayatullah. Elle avait 18 ans, lui 19. Deux amants. Ils ont été abattus dans un poste de police par des villageois et leur famille. Un mois auparavant, la jeune fille avait été mariée de force. Un massacre au nom des traditions. Un de plus.
 

dans

Fateha et Hedayatullah habitaient le district de Wama, au nord-est de Kaboul, modeste bourgade montagnarde nichée à 1 788 m d'altitude. La jeune fille avait été mariée de force quelques semaines auparavant, comme il est d'usage dans le pays.
Dans quelles circonstances le regard de Fateha a-t-il croisé celui de Hedayatulla ? Se connaissaient-ils avant ? On ne le saura sans doute jamais. Mais l'amour qu'ils se vouaient l'un à l'autre devait être passionnel puisque ce couple a commis l'irréparable : s'enfuir ensemble. Pour s'aimer. Mais quel chemin prendre pour vivre cet amour interdit ? Selon les photos disponibles glanées sur le Net, Wama est ceinturée par des montagnes. Les chemins ne semblent pas bien nombreux pour quitter cette zone. De plus, le couple était sans fortune et ne disposait d'aucun moyen de locomotion pour s'enfuir. Coincé.
Alertée par la famille de la jeune fille, la police a donc arrêté les jeunes amants. Selon le gouverneur de la province du Nouristan, Hafiz Abdul Qayyom, joint par l'Agence France Presse (AFP), "les proches de la fille ont d'abord demandé aux responsables du district de leur remettre les victimes mais ces derniers ont refusé". Qu'à cela ne tienne ! La famille a décidé d'attaquer le poste de police pour tuer le jeune "couple illégitime". Le gouverneur précise : "Quand les habitants ont appris qu'il s'agissait d'un couple illégitime, une foule en colère s'est jointe aux parents de la fille pour attaquer les lieux" .
Et la meute a pris d'assaut la citadelle.
On imagine la colère puis les cris de haine, les coups, la porte du bâtiment qui tremble et qui finit par céder. Et la terreur, la terreur atroce du jeune couple, qui se croyait à l'abri parmi les policiers. Les représentants de l'autorité publique ont laissé s'exprimer la vindicte publique.
Un responsable provincial, Abdul Ghafoor Nuristani, a estimé que "la police aurait pu protéger les jeunes gens mais pour éviter d'affronter la foule, elles les a laissés mourir sous ses yeux".
Fateha et Hedayatullah ont été abattus par balles par la famille et des habitants du district.
Selon le gouverneur, trois membres des forces de police ont été blessés dans "l'incident". Il a ordonné une enquête et l'arrestation des coupables. Mais quels coupables ? Les parents ? Un village entier ? Ces mœurs moyen-âgeuses qui continuent de tuer ? Fateha et Hedayatullah sont morts de s'être aimés quelques heures, quelques jours ou quelques mois. Impardonnable.
Dans la ville de Wama, à présent, tout est calme. Parle-t-on encore de cet "incident" ?
Peut-être.
Mais à quoi bon ?
L'"honneur" est sauf.
Et c'est bien ce qui compte.