Afghanistan : un bombardement tue 9 employés de Médecins sans Frontières

L'hôpital de Médecins sans Frontières après l'explosion à Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan, le 3 octobre 2015.
L'hôpital de Médecins sans Frontières après l'explosion à Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan, le 3 octobre 2015.
©Médecins Sans Frontières

16 personnes, dont 9 employés de Médecins sans Frontières (MSF) ont été tués et au  moins 37 personnes grièvement blessées dans le bombardement de l'hôpital de l'ONG dans la ville afghane de Kunduz, qui pourrait être dû à une frappe américaine.

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Selon Médecins sans Frontières, un "bombardement nourri" à 2h10 du matin (21h40 TU) est à l'origine de la destruction de l'hôpital. Il pourrait être dû à un raid des forces américains, venues appuyer l'armée afghane pour déloger les rebelles talibans qui se sont emparées de Kunduz lundi 28 septembre dernier.

Bilan provisoire

Le bilan de ce raid mené dans la nuit pourrait s'alourdir. "De nombreux patients et membres du personnel manquent encore à l'appel", explique MSF. Au moment du bombardement, 105 patients et 80 membres du personnel, des Afghans et des étrangers, étaient présents dans l'hôpital de cette grande ville du nord afghan, situé non loin du centre-ville. Kunduz a été le théâtre d'âpres combats entre les talibans et les forces de sécurité afghanes cette semaine.

Dommages collatéraux controversés

En Afghanistan, les frappes aériennes de la coalition de l'Otan font l'objet d'une controverse quant aux "dommages collatéraux" qu'elles engendrent. En juillet dernier, 10 soldats afghans avaient ainsi été tués par erreur dans un raid américain dans la province orientale de Logar.

La frappe qui a touché l'hôpital de MSF a été menée au coeur de la nuit et visait des "personnes qui menaçaient les forces de la coalition", a indiqué le colonel Brian Tribus, porte-parole de "Soutien résolu", la mission de l'Alliance atlantique en Afghanistan. L'opération visait sans doute "des terroristes armés qui ont attaqué l'hôpital de MSF et l'ont utilisé comme base pour attaquer les forces afghanes et les civils", a précisé le ministère afghan de la Défense. Le raid "pourrait avoir causé des dommages collatéraux dans un centre médical qui se trouvait à proximité. Une enquête a été ouverte", a conclu le colonel Tribus.

Un aspect que MSF ne manquera pas de souligner au cours de cette enquête: l'ONG affirme que "les bombardements se sont poursuivis pendant plus d'une demi-heure" après qu'elle a averti les armées afghane et américaine que son établissement avait été touché par une première frappe. MSF assure avoir transmis préventivement les coordonnées géographiques de son hôpital à "toutes les parties" du conflit, et "notamment à Kaboul et Washington". Or l'Otan n'évoque qu'une "frappe aérienne" américaine, sans préciser combien de bombes ont été larguées.

Le choc

Les photos prises quelques heures après le raid montraient un hôpital en ruines, des médecins et des patients blessés et hébétés. Quiamudine, un commerçant de Kunduz, a raconté à l'AFP combien l'odeur de chair brûlée emplissait les locaux. Il s'est rendu sur place pour obtenir des nouvelles de son voisin qui y travaillait. "J'étais en état de choc, j'avais les larmes aux yeux quand je suis arrivé, a-t-il expliqué. J'ai dû implorer les talibans retranchés dans certains quartiers de me laisser passer," pour rejoindre l'hôpital où il a appris que son voisin avait été tué. Le centre de soins de MSF a apporté une aide cruciale à la population civile depuis lundi et la prise de Kunduz par les talibans, puis la contre-offensive des forces de sécurité afghanes.

C'est le seul hôpital dans cette région du nord de l'Afghanistan capable de traiter des grands blessés. "MSF a traité 394 blessés depuis lundi", a expliqué Bart Janssens, directeur des opérations de l'ONG. "Nous sommes terriblement choqués par cette attaque", a-t-il ajouté. La Croix-Rouge a parlé d'une "effroyable tragédie".

Le nord afghan en ligne de mire

Les frappes se sont néanmoins avérées cruciales dans le soutien apporté par l'Otan à l'armée afghane dans sa contre-offensive pour reprendre Kunduz aux talibans.
Les insurgés sont parvenus à s'emparer de la ville en quelques heures seulement lundi, remportant ainsi leur plus grande victoire depuis la chute de leur régime en 2001 et infligeant un grave revers au président Ashraf Ghani. Les forces de sécurité afghanes ne leur ont opposé qu'une faible résistance, symptomatique des énormes difficultés qu'elles rencontrent pour contenir les combattants islamistes, actifs non seulement dans leurs fiefs du sud et de l'est mais aussi dans le nord désormais.

Outre Kunduz, les provinces du Badakhshan, de Baghlan et de Takhar sont le théâtre d'une offensive de plus en plus féroce des rebelles. Dans le Badakhshan, les talibans ont brièvement conquis vendredi le district de Baharak, proche de la capitale de la province Faizabad, avant d'être repoussés. L'armée afghane est d'autant plus surmenée qu'elle ne peut plus compter sur l'appui au sol de l'Otan. Depuis la fin de sa mission de combat, l'Alliance compte 13.000 hommes cantonnés à des missions de soutien et de formation de leurs homologues afghans.