Afrique du Sud, les fantômes de l'apartheid

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Tant que Mandela vivra...

Par Liesl Louw, Institut des études de sécurité à Johannesbourg - 22 février 2010

Dans l’un des pays les plus violents et meurtriers du monde – avec plus de 18 000 homicides par an – la population réclame le retour de la peine de mort. Abolis sous le premier gouvernement de Nelson Mandela en 1995, un juge du Court Constitutionnelle a même récemment estimé que 85% de la population voterait pour la peine capitale si jamais on organisait un référendum autour de la question.

Devant les tribunaux, où sont jugés les assassins, les manifestants expriment leur colère contre un système qui permet aux pires criminels d’échapper au même sort que leurs victimes. « Hang him » (pendez-le haut et court) proclament des pancartes.

De nombreux experts et commentateurs essaient de calmer les esprits avec des statistiques venant d’autres pays : la peine de mort ne réduit pas les taux d’homicides, expliquent-ils. Les familles des victimes et la communauté ont du mal le croire.

Mais malgré cela, je pense sincèrement que le retour de la peine capitale en Afrique du Sud n’est pas pour demain. Au fin fond de nous-mêmes, qui vivons au quotidien dans la peur des criminels, nous savons que, heureusement, l’ANC au pouvoir ne cèdera pas facilement à ces demandes.

Même si le président Jacob Zuma, très démagogue, a vacillé sur la question avant son élection en avril 2009, les mémoires des nombreux cas de condamnés à mort et d’exécutions pendant l’apartheid hantent toujours les esprits.

La peine capitale était l’arme d’une justice répressive et jamais impartiale.

L’abolition du châtiment suprême est inscrite dans la constitution et il faudrait au moins 65% de votes au Parlement pour pouvoir le rétablir. Je ne pense pas que ça va se faire dans un avenir proche – en tout cas, pas du vivant de Mandela et de sa génération que a lutté contre l’apartheid.

Liesl Louw