Albanie, les fantômes du stalinisme

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Les Albanais favorables à la peine de mort

par Ilir Yzeiri, professeur de Jouralisme, Tirana - 22 février 2010

Au coeur de Tirana, capitale de l’Albanie, se situe le Grand Musée National. Le visiteur une fois entrée se trouve devant un grand pavillon construit pour commémorer les crimes du régime communiste. Les chiffres sont effrayants : des milliers de personnes tuées sans avoir été jugées.
L’Albanie a vécu une des dictatures la plus féroce des pays de l’Est. La peine de mort a été une des conditions fondamentales du maintien du régime d’Enver Hoxha pendant 50 ans.

Le Code Pénal prévoyait alors 34 cas de crimes passibles de la peine de mort dont 12 étaient des crimes politiques, comme l’émigration politique, le sabotage de l’économie socialiste, la propagande fasciste, religieuse, antisocialiste, etc. La sentence s’appliquait à toutes les personnes âgées de plus de 11 ans.

Après la chute de la dictature, il a fallu longtemps avant que la peine de mort ne soit abolie en Albanie. En 1992, le Premier ministre d’aujourd’hui, Sali Berisha, président d’alors, a ratifié l’exécution de deux frères, assassins de toute une famille. Ces deux criminels ont été pendus en plein centre de Fier une cité du sud de l’Albanie et leurs corps sont restés pendus un jour entier en public.

Mais la pression des organisations occidentales a été si forte que le 10 décembre 1999, l’Albanie a aboli la peine de mort. Cela n’a pas empêché Sali Berisha de saluer la pendaison de Saddam Hussein… L’abolition de la peine de mort en Albanie n’a pas trouvé de consensus dans la population. D’après un sondage réalisé par Gallup, presque 80% des Albanais restent favorables à la peine de mort.

Vingt ans après la chute de la dictature, la vengeance, un crime traditionnel, est devenue un moyen d’autodéfense. Et nous faisons face à ce dilemme : soutenir la justice du parti-État ou admirer la démocratie américaine, pays ou la peine du mort est très actuelle.

Ilir Yzeiri