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Alexanderplatz : Karl et Friedrich sont toujours là

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Irréductibles


Le coeur de Berlin Est, place mythique, chère aux écrivains et aux cinéastes, était un écrin prédestiné aux petits pères du communisme européen.

"Le monde est fait de sucre et de poussière." assénait Alfred Döblin, médecin poète du début du XXème siècle, amoureux de l'Alexanderplatz, et sensible à la misère du monde.

"Ici, j'ai vu disparaître l'individu et exister les masses labo­rieuses et souffrantes. Le collectif, la masse du peuple engagée dans un mouvement révolutionnaire pour rejeter la misère." poursuivait-il, bien avant les ruines de 1945 et la reconstruction/destruction à la Soviétique des années 1960, immeubles massifs et tentaculaires.



Karl Marx et Friedrich Engels ont été installés sur leur piédestal en 1986, si peu de temps avant la fin de leur monde.

Depuis ils admirent la flèche lancée vers l'avenir, cathédrale du réalisme socialiste érigée au coeur des années soixante dix en gage de puissance, la Fernsehturm, dont la boule d'inox brille à 368 mètres de hauteur.


Les deux hommes de pierre sont très petits, trop, paraît-il... Venus trop tard à l'éternité sans doute. Une première ébauche avait été esquissée au milieu des années 60. Malgré l'aura des effigies, le gigantisme de la proposition avait contraint les autorités au recul.

Sculptés par Gerhardt Engelhardt, artiste en cours et de cour en RDA, ils sont non seulement humbles, mais familiers... Les touristes tiennent absolument à se faire photographier dans leurs bras. Ce jour-là c'était une Italienne qui voulait embrasser Karl...




De multiples mains ont laissé des traces sur leur socle. Parmi elles, une plume française, légèrement sentencieuse, comme de bien entendu : "Le Kapital c'est fun, le socialisme c'est nul".


Au début des années 90, certains voulaient mettre à terre la double statue, sorte de double peine infligée à cette paire de penseurs/acteurs, somme toute assez créatifs de la deuxième moitié du XIXème siècle.

Les autres voulaient les conserver, tels des poupées de cire du Musée Grévin, et ont remporté la partie.


Alors, leurs spectres hantent toujours l'Alex...




Si l'on tire un trait perpendiculaire à Karl et Friedrich, tout droit vers l'Ouest, et qu'on passe la porte de Brandebourg, que l'on franchit l'ancien tracé du mur, alors on arrive à une enclave de l'Est dans l'Ouest.

Tout en marbre et granit prélevés sur les ruines de l'ennemi, le monument à la gloire des soldats soviétiques tombés pendant la Seconde guerre mondiale fut inauguré en novembre 1945 l'ensemble des forces alliées.

Jusqu'au 9 novembre 1989, ce panthéon était gardé par des militaires soviétiques, sentinelles solennelles de l'Est perdues à l'Ouest.

Berlin réunifiée, sa sécurité est assurée par la police de la capitale. La solennité y a perdu...

Prochaine étape, mardi 27 octobre, Au Musée des Alliés, on refait l'histoire