Alfredo Perez Rubalcaba, le maigre espoir des Socialistes espagnols

Rubalcaba en campagne électorale (photo site du candidat)
Rubalcaba en campagne électorale (photo site du candidat)
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“Un homme de référence de tous les gouvernements“

Sourire et regard malicieux, Alfredo Perez Rubalcaba a gagné sa popularité par sa lutte contre l'ETA, s'imposant comme l'homme des missions délicates et le joker d'un parti socialiste espagnol soucieux d'amortir la débâcle annoncée aux élections. A 60 ans, ce brillant orateur, ex-ministre de l'Intérieur du gouvernement Zapatero, a fait quasiment toute sa carrière au sein du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), où il s'est construit une stature d'homme d'Etat incontournable.
Sa petite taille et sa calvitie ne l'empêchent pas de charmer son public, jamais à court d'astuces et de réparties appuyées d'un regard perçant et d'un sourire désarmant sous une barbe grisonnante.
Au point d'être considéré comme le seul capable de limiter les dégâts face au Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy, promis à une victoire écrasante le 20 novembre.
Rubalcaba "a été un homme de référence de tous les gouvernements auxquels il a appartenu. Pour beaucoup, il est le dirigeant idéal en pareille situation", estime Anton Losada, professeur en sciences politiques à l'université de Saint-Jacques de Compostelle.
Né le 28 juillet 1951 à Solares, dans le nord du pays, il commence sa carrière comme professeur de chimie après des études brillantes à Madrid. Il enseignera également à Montpellier, en France, et à Constance en Allemagne.
Très vite, ce sprinter de haut niveau cède à son autre passion: la politique. Mais, à l'opposé de la majorité de ses compagnons du lycée d'élite madrilène "el Pilar", terreau de la droite, il choisit le Parti socialiste en 1974, alors que la dictature franquiste agonise.
Avec l'arrivée de Felipe Gonzalez à la présidence du gouvernement en 1982, Rubalcaba entre au ministère de l'Education dont il prendra la tête 10 ans plus tard.
Mais c'est surtout en tant que porte-parole du gouvernement de 1994 à 1996, qu'il impressionne par son habilité à déminer les scandales, dont celui des Gal, groupes parapoliciers créés sous l'ère Gonzalez et responsables de multiples assassinats d'indépendantistes basques dans les années 80.
Chargé de l'ETA au sein du PSOE, ce fin stratège construit d'ailleurs sa popularité sur les succès remportés contre l'organisation séparatiste basque, en particulier lorsqu'il devient ministre de l'Intérieur en 2006.
Du coup, lorsque le gouvernement dévisse dans les sondages, discrédité par un chômage galopant, il s'impose comme un recours.
Il est propulsé en octobre 2010 numéro 2 du gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero avant de prendre les rênes de la campagne, écartant la jeune garde incarnée par la ministre de la Défense Carme Chacon.
Ses proches mettent à son crédit l'annonce historique de l'ETA, juste avant les élections, de l'abandon de la lutte armée. Mais sa crédibilité est en berne et son discours sur l'emploi n'y change rien.
"Les gens pensent qu'il était le meilleur d'un gouvernement médiocre mais la médiocrité du gouvernement a fini par le tirer vers le bas", juge Anton Losada.
Ses détracteurs l'accusent d'avoir fait des concessions aux "terroristes" et voient en lui un "machiavel", un "génie ténébreux" comme l'a écrit le journal de droite El Mundo dans portrait au vitriol.
"C'est un intrigant. A l'intérieur même de son parti, il a réussi en tuant pas mal de gens politiquement", avance José Maria Ridao, éditorialiste de El Pais (centre-gauche).
Mais cet infatigable coureur, qui ne dort que cinq heures par nuit, marié sans enfant, a déjà prévu sa reconversion. "Madridiste" acharné, il répète qu'à sa retraite, il trouverait "très amusant" d'intégrer la direction du Real Madrid.