Algérie : Hollande en visite express pour parler sécurité et économie

François Hollande et Abdelaziz Bouteflika défilant en voiture, à Alger, le 19 décembre 2012.
François Hollande et Abdelaziz Bouteflika défilant en voiture, à Alger, le 19 décembre 2012.
© AP Photo/Anis Belghoul

Visite express de François Hollande à Alger, reçu à l’invitation de son homologue algérien, Abdelaziz Bouteflika. Le président français doit évoquer les dossiers malien et libyen, ainsi que le partenariat économique franco-algérien.

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La visite du président français à Alger est un événement important, relayé dans de nombreux médias internationaux. Mais elle pose également de nombreuses questions : Pourquoi maintenant ? Pourquoi est-elle si rapide ? Que vient-il faire ?

"C’est la France officielle qui rend visite à l’Algérie officielle", assure Christophe Dubois, l’un des auteurs de l’essai Paris-Alger, une histoire passionnelle, interrogé par Tout sur l'Algérie (TSA). "Maintenant, qu’y a-t-il vraiment derrière cette visite ? Quel est l’agenda derrière l’agenda officiel ? Ce sont des questions à poser. C’est en tout cas un cadeau pour Abdelaziz Bouteflika, très affaibli, qui va recevoir François Hollande dans sa résidence médicalisée. Ce genre de visite entretient la fiction du pouvoir algérien".

Pour l'ancien Premier ministre de Liamine Zeroual, Mokdad Sifi, interviewé par TSA le dimanche 14 juin: "Il va de soi que cette visite est faite dans l’intérêt de la France. Maintenant, on peut s’interroger sur sa brièveté".

Dans un article datant du 13 juin, le quotidin El Watan assure :"Il reste que cette visite n’est pas sans susciter des lectures politiques, comme celle du président du Front national algérien (FNA), Moussa Touati, qui, à la faveur d’une récente conférence de presse, a soutenu que la visite de François Hollande à Alger s’inscrit dans le cadre d’un agenda bien déterminé : 'Valider les contours de la prochaine Constitution algérienne et également donner son aval pour le successeur de Bouteflika'. Ce dont se défend Paris qui rejette toute ingérence ou interférence dans la politique intérieure d’un pays tiers."

François Hollande ne « se mêlera ni directement ni indirectement » de la question de la succession de M. Boutelika « qui à mon sens n’est pas une question posée aujourd’hui », affirmait récemment un diplomate français. Paris évite soigneusement le délicat sujet de la succession du président Abdelaziz Bouteflika, de plus en plus évoquée par la presse et l'opposition algériennes. A 78 ans, physiquement affaibli à la suite d'un AVC en 2013, M. Bouteflika a été réélu l'année dernière pour un quatrième quinquennat.

D’après un récent sondage publié par le quoditien Liberté Algérie, 14 % des Algériens considèrent que la visite de Hollande est un événement très important, 38% pensent que c’est important et 31% estiment que c’est un non-événement. Et à la question de savoir si les relations entre l’Algérie et la France ont changé depuis l’élection de Hollande, 26 % jugent qu’elles se sont améliorées, 20 % considèrent qu’elles se sont détériorées. 39% pensent qu’elles n’ont pas changé.
 

La sécurité comme thème clé

Dès son arrivée à Alger, François Hollande a salué le "combat commun" mené par les deux pays contre la menace djihadiste, faisant sûrement référence à la mort du chef djihadiste Mokhtar Belmokhtar. Depuis 2012, le réchauffement des relations entre les deux pays s’est traduit par une intensification de la coopération dans la lutte contre les mouvements islamistes dans le Sahel.

François Hollande a également exprimé sa "gratitude" au gouvernement algérien "qui a tout fait pour trouver les coupables et les restes d'Hervé Gourdel", le ressortissant français décapité après son enlèvement en septembre 2014 par un groupe islamiste.

Cette visite du président français permettra donc d’aborder « le problème de la sécurité dans la région sahélo-saharienne »« les tensions risquent de déstabiliser l’Europe via la France », analyse l’expert Abderahmane Mebtoul. L’Algérie est, en effet, le pivot de l’influence au Maghreb et en Afrique francophone et un interlocuteur de premier plan sur les crises au Mali et en Libye.

L’Algérie s’est fortement impliquée dans le dossier malien en accueillant les pourparlers ayant amené aux accords de paix et de réconciliation conclus le 15 mai. C’est à Alger que la rébellion malienne à dominante touareg s’est engagée le 5 juin à les signer.

Concernant la Libye, pays en plein chaos et gangrené par le progression du groupe Etat islamique, les Algériens « sont pragmatiques et centrés sur les questions de stabilité et de sécurité », se félicite Paris.

Dans une tribune pour Le Quotidien d’Oran, François Hollande salue « l’action des autorités algériennes pour chercher une solution politique en Libye ». Depuis quelques mois, Alger tente, en effet, de lancer un dialogue entre les protagonistes de la crise libyenne en vue d’un accord de paix. « J’attache beaucoup d’importance au dialogue politique entre la France et l’Algérie car nos deux pays contribuent à la stabilité et à la sécurité dans la région », a écrit François Hollande dans sa tribune.
 

Partenaires économiques

La France et l'Algérie rencontrent aussi des problèmes économiques. La visite de François Hollande est « une manière de soutenir l’Algérie qui traverse une situation économique difficile (…) à cause de l’effondrement des prix du baril » de pétrole qui rapporte à l’Algérie plus de 95 % de ses recettes extérieures, note l’historien Pierre Vermeren, spécialiste du Maghreb. Les deux pays souhaitent donc intensifier leur « partenariat stratégique » conclu en 2012.
 

La France derrière la Chine

La France veut récupérer le rang de premier fournisseur de l’Algérie, perdu depuis 2013 au profit de la Chine. Paris, qui exporte notamment des céréales, des médicaments et des voitures, est actuellement le deuxième partenaire de l’Algérie avec des échanges s’élevant à 10,5 milliards d’euros en 2014. Environ 7 000 entreprises françaises exportent dans ce pays et 45 y sont installées, dont quelques grands groupes comme Alstom, Lafarge, Suez, Renault ainsi que des PME.


« De nombreux investissements sur les deux rives de la Méditerannée m’ont été présentés. Ma visite à Alger sera l’occasion de les traduire concrètement er de renforcer le partenariat économique entre nos deux pays », a promis François Hollande. Mais les Algériens sont loin de partager l'ambition française en matière d’investissement. Dimanche 14 juin, dans un entretien à TSA, Mokdad Sifi, ancien Premier ministre de Liamine Zeroual, a estimé que l’Algérie faisait beaucoup de concessions à la France dans le domaine économique, en citant l’exemple de l’usine Renault à Oran.