Algérie : à président malade, pays inquiet

Abdelaziz Bouteflika en juin 2013 (photo AFP)
Abdelaziz Bouteflika en juin 2013 (photo AFP)

A trois mois de l’élection présidentielle, l’annonce d’une nouvelle hospitalisation à Paris du président algérien Abdelaziz Bouteflika sème le trouble. La date butoir pour la convocation du corps électoral approche et la presse révèle qu'une réunion de crise s’est tenue à Alger, au siège du ministère de la Défense, pour "réfléchir à tous les scénarios". 

dans
Réunion de crise

Quelle est la raison exacte de cette nouvelle hospitalisation ? S’agit-il d’une "visite médicale routinière de contrôle", arrêtée et programmée de longue date, comme l’indique l’agence nationale de presse (APS), alors "qu'aucune procédure d'urgence ne dictait ce déplacement" ?  Ou bien l’état de santé du président algérien, déjà très affaibli, s’est-il subitement dégradé au point qu’il a été nécessaire, lundi après-midi, de tenir une réunion de crise au siège du ministère de la Défense à Alger ?

Le journal El Watan, qui révèle l’information, précise que "Cette réunion de crise a été provoquée par la nécessité de 'réfléchir à tous les scénarios de crise', après l'évacuation du président Bouteflika au Val-de-Grâce (hôpital militaire français, ndlr), et les risques de voir les délais de la convocation du corps électoral non respectés."

Hôpital du Val de Grâce (photo AFP)
Hôpital du Val de Grâce (photo AFP)
Article 88

C’est que le calendrier électoral algérien impose désormais son tempo. Et les échéances approchent. Alors que des doutes continuent de planer sur les intentions du président - briguera-t-il ou non un quatrième mandat ? - l'annonce de la convocation du corps électoral doit se faire 90 jours avant les élections, c’est à dire vendredi prochain, le jour où, précisément, Abdelaziz Bouteflika devrait quitter l’hôpital du Val-de-grâce. Quant aux candidats, ils doivent se faire connaître au plus tard 45 jours avant le scrutin. A Alger, désormais, même si rien n'a encore filtré sur la volonté du président de se représenter une nouvelle fois, nombre d’observateurs politiques ne se gênent plus pour évoquer l’article 88 de la Constitution qui stipule : "Lorsque le président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement "

Dessin de Dilem paru dans La Liberté édition du 15 janvier 2013
Dessin de Dilem paru dans La Liberté édition du 15 janvier 2013
Une paralysie inédite

La presse algérienne semble dubitative après l'annonce de cette nouvelle hospitalisation parisienne. Dans La liberté, on s'interroge : "Ce retour du président à l’hôpital du Val-de-Grâce signifie-t-il que son état de santé ne s’est pas amélioré ? Ou au contraire qu'il cherche à obtenir le quitus de ses médecins afin de se lancer dans la campagne électorale ?"  Même tonalité sur Algérie-Focus.com : "Ce contrôle fournira une réponse définitive sur le destin politique d’Abdelaziz Bouteflika. Reste à savoir si ce dernier prendra réellement en considération les consignes de ses médecins français." De son côté, El Watan.com rappelle que "depuis son admission au Val-de-Grâce suite à un accident vasculaire cérébral (AVC), le 27 avril 2013,  Bouteflika ne gouvernait pas réellement. Il ne s’est déplacé au palais présidentiel qu’à deux reprises, en septembre puis en décembre 2013, pour la signature de la loi de finances 2014 (…) Nul doute que la maladie du président a plongé l’État dans une paralysie inédite et qu’elle fait peser sur le pays, à la veille de l’élection présidentielle, une incertitude politique."

Un électeur pendant les législatives de 2012. © AFP
Un électeur pendant les législatives de 2012. © AFP
Les candidats

Une douzaine de personnes ont déjà annoncé leur intention de se présenter à la magistrature suprême. Parmi les noms qui reviennent le plus souvent, ceux de plusieurs Premiers  ministres. Ainsi, Ahmed Benbitou, ancien chef de gouvernement (décembre 1999 - août 2000) d'Abdelaziz Bouteflika. Il a été le premier à déclarer sa candidature à la présidentielle. Autre nom qui revient avec insistance, Ali Benflis, ex-Premier ministre lui aussi (août 2000 - mai 2003), dont la déclaration de candidature pourrait avoir lieu dimanche prochain. Signe qui ne trompe pas, des comités de soutien à sa candidature se créent un peu partout dans le pays depuis quelques semaines. Enfin, El Watan évoque la possible candidature de l'actuel Premier ministre, Abdelmalek Sellal, dans le cas où Abdelaziz Bouteflika ne briguerait pas un quatrième mandat.

Parmi ceux qui ne relèvent pas de l'arène politique, mais qui aspirent à y entrer, l'écrivain Yasmina Khadra, l'homme d'affaires Rachid Nekkaz, l'expert financier Ali Benouari et l'économiste Kamel Benkoussa. Enfin, parmi les candidats potentiels ou déclarés, citons  Ali Zeghdoud, président du parti "Le Rassemblement algérien", Ali Fawzi Rebaïne, président de Ahd 54 (en référence aux principes de la révolution algérienne de 1954), Moussa Touati, président du Front national algérien (FNA) et Soufiane Djilali créateur et responsable du parti Jil Jadid.

Au pouvoir depuis 1999, Abdelaziz Bouteflika  achève là un troisième mandat qu'il avait pu briguer en modifiant la constitution.