Allemagne : Angela Merkel face à la montée du parti populiste

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©Tv5monde

"Camouflet", voilà le mot qui revient le plus souvent pour désigner le recul du parti d'Angela Merkel lors de l'élection en Mecklembourg-Poméranie occidentale (ex-RDA). Si les sociaux-démocrates l'emportent, c'est surtout l'arrivée en deuxième position du parti anti-migrants AfD, devant les conservateurs, qui risque de faire chanceler... la chancelière.

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"Désormais, l’Allemagne a ce qui n’avait jamais existé depuis la fin de la guerre (en 1945) : un parti d’extrême droite"... Dès dimanche, le quotidien Die Welt s’était fait  une raison.

Si les sociaux-démocrates du SPD arrivent en tête dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale avec environ 30% des voix, soit cinq points de moins qu'en 2011, c'est avant tout l'AfD qui peut se réjouir de son résultat.

Avec environ 22%, selon des résultats préliminaires de dimanche, ce parti né en 2013 devance nettement la CDU d'Angela Merkel, pourtant élue de la région, qui se classe troisième avec un peu plus de 19% des voix.


("merci pour votre confiance!" compte twitter officiel Afd)

Pas vraiment une surprise donc pour la presse allemande, le FAZ (Frankfurter Allgemeine Zeitung) tente d'y voir malgré tout "une victoire pour le SPD dans le nord-est, même si le parti de la chancelière est en net recul".

La problématique de l'intégration du million de demandeurs d'asile arrivés l'an dernier en Allemagne a monopolisé la campagne électorale. Selon un sondage de la chaîne ZDF un électeur sur deux a jugé ce thème crucial.

Un ancien professeur à la retraite, qui n'a pas souhaité donner son nom, explique à l'AFP, les raisons de son choix. Il a voté AfD en raison de "la question des demandeurs d'asile".

"La cerise sur le gâteau, c'est qu'on laisse la CDU de Merkel derrière nous (...) et peut-être même est-ce le début de la fin pour la chancelière Merkel", s'exclame Leif-Erik Holm, chef de file du parti populiste dans cette région.

Les migrants, thème n°1

Trois ans après sa création, l'AfD renforce sa position sur la scène nationale: le parti est désormais représenté dans 9 des 16 Länder avec ses succès électoraux dans trois régions au printemps, dont son record de 24% en Saxe-Anhalt (est). Le scrutin de dimanche, avec celui de Berlin le 18 septembre, fait figure de répétition générale à un an des législatives.

L'AfD crédité de 12% d'intentions de vote au niveau national
Créé en 2013 initialement contre les plans de renflouement financier dans la zone euro, l'AfD s'est mué en un parti anti-immigration incarnant une ligne opposée à celle défendue par Merkel.
En mars dernier, il a engrangé le fruit de ses prises de position aux régionales dans les Länder du Bade-Wurtemberg, de Rhénanie-Palatinat et surtout en Saxe-Anhalt où, avec plus de 24% des voix, il est devenu la deuxième force politique régionale, talonnant la CDU.

Pour le TAZ (Die Tageszeitung), "la bonne nouvelle : le NPD est sorti du jeu, la mauvaise nouvelle: l'AfD est la 2ème force politique du pays".
 

Le patron du SPD et vice-chancelier Sigmar Gabriel a, dès lors, appelé tous les partis à se demander "comment faire pour que la colère et les inquiétudes des gens ne se retrouvent pas dans l'AfD".

En France, la présidente du Front national (extrême droite), Marine Le Pen, a félicité les "patriotes de l'AfD", qui selon elle "balaient le parti" d'Angela Merkel. "Ce qui était impossible hier est devenu possible (...) : toutes mes félicitations !", a-t-elle tweeté.

Le secrétaire général de la CDU, Peter Tauber, a reconnu une défaite "amère" et qualifié le vote AfD de "protestataire". Lorenz Caffier, patron régional de la CDU, a lui expliqué sa défaite par le fait qu'il "n'y avait qu'un thème, la politique sur les réfugiés".

Les populistes font ainsi une entrée fracassante au Parlement régional pour leur première participation à un scrutin dans ce Land, un an après la décision de la chancelière d'ouvrir grand les portes de l'Allemagne aux réfugiés.

En difficulté - seulement 44% lui font confiance pour un quatrième mandat -, Angela Merkel a fait campagne sur le terrain pour convaincre les 1,3 million d'électeurs du Mecklembourg, où se trouve sa propre circonscription électorale, de ne pas voter populiste.

Lame de fond

Les néo-nazis du NPD, dont le Mecklembourg était le bastion, n'ont pour leur part pas réussi à se maintenir au Parlement régional, la percée de l'AfD les privant d'atteindre la barre nécessaire des 5%.

Pour Hajo Funke, professeur de sciences politiques à l'Université libre de Berlin, le succès de l'AfD un peu partout en Allemagne est une "lame de fond".

Au-delà de la question des réfugiés, l'AfD tire sa force du fait que "beaucoup de gens ne se sentent plus représentés", reconnaît aussi M. Weinhold. Un rejet des élites, nourri par une politique d'austérité régionale, sur lequel les populistes surfent malgré les progrès économiques de ce Land.

Désemparés par le succès des populistes, de nombreux responsables de gauche comme de droite rejettent la faute sur la chancelière au pouvoir depuis 11 ans.

Une affichette distribuée lors d'une manifestation du parti anti-islam PEGIDA, Dresde (Allemagne) le 12 octobre 2015.
Une affichette distribuée lors d'une manifestation du parti anti-islam PEGIDA, Dresde (Allemagne) le 12 octobre 2015.
©AP Photo/Markus Schreiber

Angela Merkel a souligné ces derniers jours que son choix d'ouvrir le pays aux réfugiés s'imposait, même si, depuis les deux attaques commises fin juillet par des demandeurs d'asile et revendiquées par l'organisation État islamique, elle a donné un accent plus sécuritaire à sa politique. Elle le rappellait encore samedi dernier dans un long entretien accordé au journal Bild.

Dans une interview accordée samedi au quotidien Bild, Angela Merkel a défendu sa décision prise le 4 septembre 2015 d'ouvrir les frontières de l'Allemagne aux dizaines de milliers de réfugiés qui étaient bloqués en Hongrie, pays de première arrivée dans l'espace européen.

La chancelière a ajouté que l'effort financier qui a accompagné l'arrivée d'un million de migrants en provenance notamment de Syrie, d'Irak et d'Afrique du Nord n'a privé aucun Allemand des prestations ou allocations sociales.