Allemagne : halte à la propagande néonazie sur le Net

Les groupes de hard-rock d'extrême-droite distribuent des CD lors de leurs manifestations.
Les groupes de hard-rock d'extrême-droite distribuent des CD lors de leurs manifestations.

Inspirée de Shazam, l'application qui permet d'identifier le titre et l'interprète d'un morceau de musique avec un téléphone mobile, le "Nazi Shazam" détecte en quelques secondes les chants néonazis et les albums de hard-rock connotés d'extrême-droite qui circulent sur Internet. Avec ce nouvel outil high-tech, l'Etat de Saxe se donne les moyens de traquer systématiquement les sites et les web-radios néonazis pour mieux les interdire.

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Le hard-rock : un outil de propagande néonazie

"Nous savons que la musique est la porte d'entrée vers l'extrémisme de droite," explique Markus Ulbig, ministre de l'Intérieur de Saxe, l'un des Etats où le parti néonazi NDP réalise ses meilleurs scores. De fait, le hard-rock néonazi est depuis longtemps un outil de recrutement pour les mouvements d'extrême-droite, qui distribuent des CD lors de leurs manifestations. Le mouvement terroriste néonazi "Werewolf" ("loup garou"), démantelé en juillet 2013 par les polices suisse, allemande et néerlandaise, par exemple, était issu du même réseau que les "White Wolves Terror Crew", créé par un groupe de hard-rock d'extrême-droite. "Le groupe de musique est certainement à l'origine du mouvement, mais impossible de dissocier les deux. Il y a toujours un aspect politique," explique le journaliste André Aden, spécialiste des mouvements d'extrême-droite.

Reconnaissance instantanée

Mis au point en Saxe, le logiciel "Nazi Shazam" créé une empreinte numérique sur la base des fréquences diffusées par les chants néonazis. Puis il confronte les morceaux suspects à une base de données contenant les empreintes numériques des chants interdits. L'avantage du programme, c'est qu'il fait en quelques secondes ce qui prenait un ou deux jours à un seul homme - pour repérer, écouter et retranscrire un album suspect.

En 2012, le Bureau de contrôle des médias dangereux pour la jeunesse (lien en allemand) avait dressé une liste noire de 79 titres à connotation néonazie ou raciste. Depuis, les responsables de Saxe ont élargi leur base de données en lançant un appel dans tout le pays pour récolter d'autres échantillons de musique. Aujourd'hui, la police dispose d'une bibliothèque de 3500 chants interdits.

Code QR de “L'oeil de la rédaction“, à lire avec une application type Flashcode
Offensive virtuelle de l'extrême-droite

C'est l'augmentation du nombre de web-radios d'extrême droite en 2011 et 2012 qui a incité les responsables saxons à développer ce nouveau logiciel. Car à mesure que les groupes extrémistes développent leur activité en ligne, la police doit s'adapter et mettre en place des outils de surveillance de plus en plus sophistiqués. "Les néo-nazis ont modifié leurs stratégies, quittant de plus en plus le monde réel pour le virtuel", explique à l'AFP Julia Wolrab, de l'association "Contre l'Oubli, Pour la Démocratie", qui aide les personnes confrontées à de la propagande extrémiste en ligne.

Dans un rapport de 2013, le Bureau fédéral de contrôle des médias dangereux pour la jeunesse souligne que des groupes d'extrême droite utilisent des applications pour mobiles pour diffuser de la musique ou des vidéos. Ils se servent des codes QR (codes-barres renvoyant à des sites web ou à d'autres contenus en ligne) pour recruter. Le même rapport constatait une augmentation, entre 2011 et 2012, de près de 50% du nombre de messages d'extrême droite sur les réseaux sociaux. Il observait également une tendance au développement de campagnes sur ces mêmes réseaux évitant soigneusement les symboles nazis traditionnels pour séduire le plus grand nombre. "A première vue, leurs pages ne sont pas différentes d'une page Facebook ou d'un blog créé par vous ou moi", détaille Julia Wolrab. "La stratégie, c'est justement d'avoir l'air le plus normal possible".


Stigmatisation et atteintes aux libertés individuelles

ShotSpotter est un système mis en place par la police d'Oakland (Californie), entre autres, pour  détecter les tirs d'armes à feu. Un réseau de micros disséminés dans la ville détecte les coups de feu qui, analysés par des algorithmes, fournissent à la police des informations utiles - nombre de tirs, localisation et heure précises, nature de l'arme, origine du tir (véhicule, sa vitesse...)

On peut alors imaginer que ce type de données, couplées avec d'autres, fournies par un logiciel de reconnaissance musicale, pourraient permettre d'établir une corrélation entre la violence et le genre de musique (lien en anglais) détectée à une certaine heure, à un certain endroit et auprès d'un certain public. Un problème épineux en perspective pour les défenseurs des libertés individuelles...

La Bavière s'oppose à la publication de “Mein Kampf“

13.12.2013Avec AFP
Propriétaire des droits sur le pamphlet d'Adolf Hitler jusqu'en 2015, l'Etat de Bavière vient d'annoncer qu'il s'opposerait à sa publication lorsque l'ouvrage tombera dans le domaine public, soixante-dix ans après le suicide de l'auteur. Le gouvernement régional, qui a toujours refusé la réédition du livre pour empêcher son exploitation par les mouvements neonazis, a affirmé qu'il poursuivrait quiconque publiera l'ouvrage après 2015 non plus pour "atteinte à la propriété intellectuelle", mais pour "incitation à la haine raciale".

Et pourtant, les élus bavarois avaient approuvé, en 2001, une édition critique réalisée par l'Institut d'histoire contemporaine de Munich. Les universitaires ont annoncé qu'ils continueront à travailler à une édition critique du pamphlet d'Adolf Hitler, à l'aide de fonds privés si nécessaire : "L'existence d'une édition commentée, qui ne se contente pas de diffuser le texte tel quel, mais le recadre, est justifiée," explique la porte-parole de l'Institut.


“Mein Kampf“ en Europe

Tous les pays européens n'accordent pas le même traitement au livre d'Adolf Hitler. Aux Pays-Bas, l'Etat détient les droits d'auteur de l'ouvrage, ce qui lui permet d'en interdire la vente. Mais en 2017, la version néerlandaise de Mein Kampf tombera dans le domaine public et il devrait être à nouveau disponible à la vente.

Ailleurs, la vente de Mein Kampf est libre. En Turquie, quand il a été réédité en 2005, le livre a même été un best-seller : il s'est vendu à plus de 100 000 exemplaires. Le site myeurop.info cite également le cas de l'Albanie où le gouvernement cherche désespérément à interdire la vente de l'ouvrage. Son éditeur se défend en mettant en avant une démarche pédagogique. Un procès est en cours.

Et en France ?

La première édition française de Mein Kampf, en 1934, avait pour but d'informer le public français. Mais les nazis l'ont fait interdire à cause des paragraphes anti-français qui avaient été traduits : ils risquaient de provoquer les Français et leur dévoiler à l'avance ce qui allait leur arriver. Une autre édition a donc été publiée en 1939.

En 1979, une plainte est déposée par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra). La Cour d’appel de Paris décide, dans l'arrêt du 11 juillet, d'autoriser la vente du livre compte tenu de son intérêt historique et documentaire. Seule condition : insérer huit pages d'avertissement en tête d'ouvrage pour mettre en garde le lecteur contre le contenu politique du livre.

Les Nouvelles éditions latines sont toujours les seules à publier en France Mein Kampf, dont elles affirment vendre entre 300 à 500 exemplaires par an.

Peut-on interdire la publication d'un livre en France ?