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Allemagne : réactions et doutes après l'attaque à la hache

L'attaque a eu lieu dans un train régional du sud de l'Allemagne.
L'attaque a eu lieu dans un train régional du sud de l'Allemagne.
© Karl-Josef Hildenbrand/dpa via AP

Ce 19 juillet 2016, l'Allemagne a fait face à son premier attentat revendiqué par le groupe Etat islamique (EI) lorsqu'un réfugié de 17 ans a agressé à la hache des passagers d'un train dans le sud du pays. Les premières réactions restent mesurées, alors que des doutes persistent sur la nationalité de l'assaillant et ses contacts avec l'EI.

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Seulement quelques jours après l'attentat à Nice en France qui a fait 84 morts, un jeune demandeur d'asile a blessé grièvement à la hache cinq personnes dans un train à Wutzbourg en Allemagne, lundi 19 juillet, avant d'être tué par les forces de polices.

Jusqu'à présent épargnée par le groupe jihadiste Etat islamique, contrairement à ses voisins belges et français, l'Allemagne semble désormais compter parmi ses cibles après la revendication de l'attaque par l'agence Amaq liée à l'EI dès le lendemain : "L'auteur de l'attaque à l'arme blanche en Allemagne est l'un des combattants de l'Etat islamique et il a mené cette opération en réponse aux appels à viser les pays de la coalition (dirigée par Washington) qui combat l'EI en Syrie et en Irak."

Les autorités allemandes sont cependant restées prudentes quant aux liens réels avec l'organisation, malgré la présence d'un drapeau du groupe EI fabriqué artisanalement retrouvé chez l'agresseur : "En l'état actuel de l'enquête, aucun indice sur les lieux n'a été trouvé qui établirait une connexion entre ce jeune homme et des réseaux islamistes", a souligné le ministre de l'Intérieur de Bavière, Joachim Herrmann, lors d'une conférence de presse à Munich ce mardi 19 juillet. 
 
La police a aussi découvert dans la chambre de l'attaquant "un texte écrit en pachtoune, qui comporte à la fois des écritures en arabe et en latin, indiquant aussi qu'il s'agit de quelqu'un qui s'est radicalisé tout seul récemment", selon le ministre allemand. 
"Le texte évoque la vie des musulmans, dit que les musulmans doivent se défendre et s'affirmer", a poursuivi M. Herrmann. 
 

Afghan ou Pakistanais ?

D'autres incertitudes existent sur la nationalité de l'agresseur, d'abord présenté dans les médias allemands comme un demandeur d'asile afghan de 17 ans, répondant au nom de Riaz Kahn. Il serait arrivé seul "il y a plus d'un an" en Bavière selon le ministre M. Herrmann, avant d'être transféré en mars 2016 dans la région de Wurtzbourg, lieu de l'attentat ce lundi 18 juillet.

Les autorités allemandes doutent cependant de la nationalité afghane de l'attaquant et penchent davantage pour une nationalité pakistanaise, a indiqué mercredi 21 juillet la chaîne de télévision publique ZDF. Les premiers éléments de l'enquête laissent penser que le jeune réfugié s'est fait passer pour un Afghan à son arrivée dans le pays en juin 2015 afin d'avoir de meilleures chances d'obtenir l'asile, souligne la chaîne en citant des sources proches des services de sécurité allemands.

L'analyse de la vidéo de l'auteur de l'attaque, diffusée le mardi par le groupe jihadiste Etat islamique (EI), dans laquelle il annonce son acte et menace les "infidèles", a montré qu'il utilisait pour certains termes un dialecte pachto parlé au Pakistan et non en Afghanistan, selon ZDF. Son accent est aussi clairement pakistanais, ont indiqué des experts de cette langue à la chaîne, et un document pakistanais a été retrouvé dans sa chambre.
 
Par ailleurs, le nom de l'auteur donné par l'EI dans sa revendication, "Muhammad Riyad", ne correspond pas au nom sous lequel il était enregistré en Allemagne, à savoir Riaz Kahn, souligne ZDF.
 

Absence de réaction d'Angela Merkel

Malgré le statut de demandeur d'asile de l'auteur de l'attentat, les responsables politiques se sont gardés ce mardi d'alimenter la polémique autour de la politique d'ouverture généreuse d'Angela Merkel à l'égard des migrants en 2015. Le ministre fédéral de l'Intérieur, Thomas de Maizière s'est dit choqué "par cet acte gratuit de violence", et a promis de tout faire pour assurer la sécurité de la population. Le ministre de l'Intérieur de Bavière, pourtant membre d'un parti très conservateur, la CSU, en pointe dans les critiques contre la chancelière, a refusé de faire un amalgame. "On ne peut pas nier qu'il se soit agi d'un réfugié mais nous ne devrions pas en tirer un jugement simpliste concernant les demandeurs d'asile", a-t-il dit.

Seul le parti populiste de droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) a directement imputé la responsabilité de l'attaque à la politique migratoire d’Angela Merkel, en déclarant qu'elle a permis à des terroristes potentiels de se livrer à de tels actes.

Quant à la chancelière, elle ne s'est toujours pas exprimée.