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Altglienicke, finalement le mur...

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... ombre de lui-même

C'est à la marge, ni en dehors de Berlin, ni tout à fait dedans, que le mur s'imagine encore. Au centre ville, il n'en reste que des morceaux colorés, bariolés de tags, art brut plus que tranche d'histoire.



Mais ici, à l'endroit approximatif où débouchait le fameux tunnel américain destiné à espionner les camarades socialistes, le tracé du mur hante, comme nulle part ailleurs, ce no man's land, aménagé d'un parc, traversé par une autoroute et bordé d'une cité dortoir.


L'enclave de Berlin Ouest n'était pas seulement une ville sous perfusion, mais un petit territoire, doté d'un aéroport, de quelques industries, d'une succession de casernes, et d'une zone tampon.

Le tout bien à l'abri derrière son mur, dont les verrous étaient aussi parfois tirés de l'intérieur.



Sur cette portion démolie et de la barrière de béton, les autorités de Berlin ont choisi d'implanter un parc écologique : pas de jardin bien dessiné, mais une sorte de friche arborée, suffisamment vaste pour compter une prairie pour chevaux, une autre pour moutons et un étang à canards...



Mais pour l'heure, il n'y a guère que les enfants de la cité voisine à s'y aventurer, après avoir franchi la voie express, encombrée souvent, bruyante toujours, sorte de mur des temps modernes.



Une piste cyclable occupe les soubassements du mur. Ceux qui l'empruntent ne peuvent échapper au passé.

Des panneaux y rappellent régulièrement les épisodes qui ont accompagné ses 28 ans d'existence, en particulier toutes les tentatives de le franchir.


Personnage à part entière, rarement un tel édifice, par sa symbolique, n'aura été aussi présent dans la littérature, le cinéma, les arts en général.

« C’est comment de vivre là-bas ?
Tu n’avais pas l’air de savoir à l’époque grand-chose là-dessus, je te rappelais que la ville avait eu une longue et violente maladie, et personne n’avait su comment la soigner ; et que par hasard, ou faute de mieux et de savoir mieux faire, elle avait été coupée en deux. Et que le front, pour ainsi dire, ou le devant de la tête et du cerveau en avait été sectionné, rien que pour voir les effets qui suivraient – et qu’il vivait ainsi isolé et, si l’on veut, dans l’air tout à fait. Et il se trouvait que je vivais ainsi dans la moitié suspendue, dans “l’île” qui tenait toute seule en l’air. »

Ainsi s'achève cette promenade avec ces mots tirés de L'Écluse, "roman du mur", de Jean-Pierre Faye publié en 1964...