Analyse de Cristian Dan Preda

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“Un problème à gérer avant tout au niveau national“

Eurodéputé roumain, Cristian Dan Preda appartient au groupe du Parti Populaire Européen (Démocrates-Chrétiens)

Dans les discussions en cours à l'occasion des reconduites à la frontière de Roms par l'administration française, assiste-t-on à une lutte entre différents groupes ?

Il y a d'abord un débat droite-gauche, aussi bien au Parlement européen que dans les pays, comme on le voit en France. Il y a aussi un débat entre les pays qui sont destinataires des flux migratoire, comme la France, l'Italie et l'Espagne, et les pays de départ comme la Roumanie et la Bulgarie. Ces flux migratoires ne datent pas d'hier.

Ce qui est nouveau, c'est qu'il y a une composante clé liée à une minorité, la plus importante d'Europe en nombre, les Roms. A l'échelle de l'Europe, la communauté rom est la plus démunie socialement, mais aussi politiquement. C'est une communauté mal représentée, aussi bien à droite qu'à gauche. C'est le cas en Roumanie. La minorité hongroise y est aussi importante que la minorité rom. Les Hongrois ont obtenu 7 à 8% des sièges au Parlement, alors que les Roms n'ont qu'un seul représentant, sur les 469 députés.

Au delà de la polémique politique, des querelles droite-gauche, ou entre pays européens, ce qui est c'est que l'on se préoccupe du sort de cette minorité. Je pense que c'est le bon côté de ce débat. J'ai une expérience avec les ONG qui s'occupent de la problématique rom. Ces organisations tentent depuis des années et des années d'obtenir le droit à la parole, non seulement au plan national, mais aussi à l'échelle européenne. L'important, c'est de prendre conscience de la difficulté de ce problème et de déterminer les responsabilités d'un côté national et européen.

Pourquoi est-il si difficile de prendre correctement en compte les Roms?

Il y a une certaine expérience dans des pays comme la Roumanie, la Bulgarie ou la Hongrie. Certaines initiatives politiques ont été couronnées de succès, d'autres non. Il reste encore des gros problèmes à régler.

Le premier, c'est l'accès à la citoyenneté. Il y a encore des roms qui ne se déclarent pas comme tels, qui n'ont pas de papiers et qui, arrivés à l'âge adulte, n'ont jamais été enregistrés. C'est un problème très préoccupant. Il y a un aspect culturel à prendre en compte. Les gens ne déclarent pas leurs enfants et donc il faut que les autorités aillent vers ces communautés pour les enregistrer. Mais ça ne fonctionne pas toujours.

Deuxièmement, il y a un problème d'accès de ces citoyens à l'éducation et à la santé, tout cela dans un contexte, par exemple en Roumanie, de fragilité économique. Il s'agit d'économie en transition, de société en refondation. Parfois, l'accès à l'éducation y est difficile, et encore plus pour des communautés marginalisées.

Troisièmement, il faut le reconnaître, il y a parfois une discrimination violente vis-à-vis de ces populations. Par exemple, en Roumanie, il y a encore des écoles où existe la ségrégation vis-à-vis des Roms. Il faut dire que cette stigmatisation est doublée par un comportement nomade, qui n'est pas majoritaire mais qui existe aussi. Parfois, les membres de cette communauté sont restés nomades, au nom du droit au respect de la différence. Ce qui va à l'encontre de l'intégration et de la stabilisation, qui sont pour une écrasante majorité des européens le secret de la modernisation.

Il s'agit donc de communautés marginales qui, portant un stigma, refusent parfois de s'associer à une vie commune. C'est ici que se situe le coeur du problème.

Comment faire pour améliorer la prise en compte des Roms?

La responsabilité nationale est très claire. La question doit avant tout être gérée au niveau national, mais aussi dans ce dialogue politique entre les Etats. Et ensuite, si l'Europe peut également s'impliquer, on doit trouver les solutions pour gérer le sort de cette communauté.

Il faut voir aussi comment gérer ce devoir d'insertion dans les communautés d'origine et la liberté de circulation. On ne peut pas la limiter, surtout si on parle de cela dans un pays ex-communiste, qui a connu la limitation de la liberté de mouvement, ça serait de l'absurdité maximale.

C'est pour cela que nous ne sommes aucunement d'accord avec l'idée de limiter l'accès à l'espace Schengen pour les Roumains et les Bulgares en utilisant ce contexte. Cela serait "enflammer la tension" et créer plus d'intolérance, ce qui ne résout pas le problème de l'intégration des différentes communautés défavorisées.

Il ne faut pas cacher l'autre partie de la réalité. Il y a des milliers de médecins ou de professeurs, d'origine roumaine, qui travaillent à l'étranger, sur la base de ces libertés de mouvement et sur le libre-accès au marché européen, et qui ont réussi à construire leur vie ailleurs que dans leur pays d'origine. C'est un peu ça l'Europe...