Antisemitisme : la solution Antisémitox ?

L'image de la campagne-choc. “Nous voulons créer un électrochoc“ affirme Frank Tapiro, le publicitaire
L'image de la campagne-choc. “Nous voulons créer un électrochoc“ affirme Frank Tapiro, le publicitaire
(DR)

Et si on tentait l'humour pour combattre l'antisémitisme ? Une association parisienne tente le coup et vient de lancer sur internet la pub d'Antisémitox, le "premier traitement contre l'antisémitisme". L'électrochoc souhaité aura-t-il lieu ?
Explications et réactions.

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Attention, sujet délicat, amusement risqué ! Pratiquer l'humour avec l'antisémitisme, c'est comme vouloir rire en caressant des orties. Irritant. Dangereux.
La toute jeune association OJE (Organisation juive européenne), née en mai 2014, a décidé de frapper un grand coup : dénoncer l'antisémitisme en utilisant le rire. Sur l'affiche de cette campagne pas comme les autres, le col d'une blouse blanche ceinturé par un stéthoscope et une main, celle d'un médecin, qui brandit un médicament au nom prometteur : "Antisémitox, le premier traitement contre l'antisémitisme".

Derrière cet humour acide, une réalité. Bernard Cazeneuve, le ministre français de l'Intérieur, rappelait il y a quelques jours que les "actes et menaces antisémites ont bien augmenté de plus de 100 % au cours des dix premiers mois de l'année". Il avançait le chiffre de "plus de 930 affaires qui ont fait l'objet de poursuites au premier semestre". De son côté, la Commission nationale consultative des Droits de l'Homme (CNCDH)note dans son dernier rapport qu'"on assiste entre 2012 et 2013 à une baisse de la tolérance" concernant les juifs. Enfin, selon l'Agence juive en France, l'émigration de juifs de France vers Israël a plus que doublé sur les dix premiers mois de 2014. L'officine fait état de 6237 départs au 31 octobre, contre 2555 un an plus tôt. On ne peut imputer à tous ces départs la montée en puissance de l'antisémitisme en France, ce serait occulter de facto certaines raisons économiques, mais il n'en demeure pas moins que la France est en tête des pays d'émigration vers Israël cette année. L'air y est-il si irrespirable ?

Une maladie pathologique

Et l'humour est-il le meilleur remède pour apaiser les choses ? Les boites d'Antisémitox contiennent trois bonbons au miel et un autocollant en guise de patch. La notice explique : "Le miel agit immédiatement en adoucissant les paroles et les comportements antisémites dès l'apparition des premiers symptômes.."
Vendu 5 euros sur le site de l'OJE, la boite de ce médicament-miracle a été fabriquée à 10 000 exemplaires. Le produit de la vente servira a financer les actions de l'association, mais aussi à accompagner les victimes d'actes antisémites. "Vous savez, explique Jean-Claude Zerat, président de l'association, les juifs ont souvent pratiqué l'humour, y compris dans des circonstances difficiles. On dit que les blagues juives les plus cyniques, les plus acerbes, sont sorties des camps de concentration. On a, depuis quelques milliers d'années, un certain esprit à nous caricaturer nous-mêmes, et à trouver des solutions qui sortent un peu de l'ordinaire et des pleurnicheries habituelles. Si on peut expliquer aux gens que l’antisémitisme est une maladie pathologique, punie par la loi, histoire de rassurer cette communauté qui a peur..."
 
Mais accepterait-il de participer à autre médicament, un médicament générique, qui regrouperait, par exemple, toutes les religions, type "Religionphobix" ou encore "Islamophitox" ? "Ce n'est pas exclu. Il y a un tas de problèmes qui peuvent être traité par l'humour (les phobies contres les homosexuels par exemple...) S'attaquer à l'Islam en tant que religion, c'est quelque chose qui ne nous concerne pas, mais que nous réprouvons. Nous sommes des républicains, nous croyons à la République française, nous comptons sur elle. Nous restons fidèle à cette école républicaine, qui est la laïcité. Être antisémite, de nos jours, c'est n'avoir rien compris à l'évolution du monde et des gens..."

Abelaziz Chambi, président du CRI, Coordination contre le Racisme et l'Islamophobie, approuve cette initiative "pacifo-médicamenteuse" : "C'est une idée excellente ! Nous sommes preneurs de toute initiative pour lutter contre ce fléau, même si je regrette que le traitement médiatique à l'encontre des musulmans ne soit pas exactement le même quand c'est nous qui sommes victimes d'agressions. Nous aimerions voir aussi les hommes politiques descendre systématiquement dans la rue pour condamner ces actes. Quand Eric Zemmour (journaliste-polémiste ndlr) évoque les trains de déportation, il n'y a pas personne, ou presque, pour dénoncer de tels propos, il n'y a personne pour dénoncer cette "Musulmanie"..."

Frank Tapiro, le publicitaire à l'origine de cette campagne, confiait au journal Le Parisien : "Nous avons souhaité dénoncer l'antisémitisme de manière originale en créant un électrochoc". Si l'info fait le buzz sur la toile, l'association, à défaut de guérir la société du cancer de l'antisémitisme, aura au moins fait le plein de nouveaux adhérents, elle qui n'en compterait que plusieurs centaines aujourd'hui. Une déclinaison de cette campagne-choc est prévue dans d'autres langues. Parce que ce mal est désormais international.