Marine le Pen chez le général Aoun, président libanais hors normes allié au Hezbollah

Marine le Pen reçue par le président libanais Michel Aoun le 20 février 2017.<br />
<sub>(AP Photo/Hussein Malla) </sub>
Marine le Pen reçue par le président libanais Michel Aoun le 20 février 2017.
(AP Photo/Hussein Malla)

Après Emmanuel Macron, la candidate d'extrême-droite à l'élection présidentielle française Marine le Pen  effectue une visite très médiatisée au Liban, reçue « officiellement » par ses  dirigeants. En choisissant Michel Aoun comme principal chef d'État rencontré durant sa campagne, Marine le Pen n'a opté ni pour le plus neuf, ni pour la trajectoire politique la plus rectiligne. Soutenu depuis peu par la droite chrétienne, le vieux général est surtout l'allié préféré du Hezbollah.

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Michel Aoun : 84 ans, général défroqué, président de la République presque neuf. Ses partisans le surnommèrent un temps le de Gaulle du Liban. Il en fut surtout l'un des nombreux chefs de guerre, il est vrai inclassable.

Chrétien maronite né en 1933, il entre à 22 ans à l'Académie militaire. Une formation en partie en France, dans une moindre mesure aux États-Unis. Le début d'une carrière d'officier dépourvue d'aspérités jusqu'à la guerre civile. Sa brigade combat en 1983 avec succès les milices syro-palestiniennes alliées aux Druzes de Walid Joumblatt. Il devient ainsi commandant en chef des forces armées libanaises, proche du président Amine Gemayel.

Ce dernier le nomme en 1988 président du Conseil (chef du gouvernement), honneur problématique car le poste est en principe réservée à un Musulman sunnite. Son prédécesseur Salim el-Hoss - qui répond à ce critère - s'y oppose et décide de rester en fonction. Le Liban se retrouve avec deux gouvernements : un à l'Ouest, musulman ; l'autre à l'Est, christiano-aouniste. Mais le camp du second se divise lorsqu'Aoun tente de réduire le racket traditionnel des milices chrétiennes sur les ports libanais. Nationaliste dans un pays en éclats, il lance surtout contre l'occupant syrien - qui s'installe alors avec la compréhension des Etats-Unis - une guerre de libération nationale.

Une conférence internationale à la légitimité incertaine avalise cette pax syriana en octobre 1989 par les accords de Taef (Arabie Saoudite). Aoun s'y oppose mais, malgré une discrète sympathie de la France, se retrouve politiquement isolé, assiégé à la fois par les forces syriennes et une partie de son camp dans le palais présidentiel de Baadba.

L'invasion du Koweit par l'Irak de Saddam Hussein l'année suivante sonne la fin de son aventure singulière. La Syrie de Hafez el-Assad se range au côté de l'alliance occidentale qui en retour lui reconnaît implicitement son protectorat sur le pays du cèdre. Le Général Aoun est exfiltré par la France qui lui accorde l'asile. C'est le début d'un long exil mais non d'une retraite finale. Contraint à la réserve, Aoun y reste aussi actif qu'il le peut, à la tête d'un « Courant patriotique libre » dévoué à la figure de légende nationaliste. Il y entretient de multiples contacts. Jean-Marie le Pen en fait partie.

Inoxydable

En 2004, Aoun resurgit dans le jeu politique libanais avec le retour d'une certaine effervescence régionale. La traînée du 11 septembre a modifié des positions et des équilibres. La résolution 1559 du Conseil de sécurité de l'ONU exige un retrait du pays des forces syriennes. Vraisemblablement lié, l'assassinat début 2005 du Premier ministre Rafic Hariri provoque une déflagration imprévue. Un grand mouvement en résulte, rassemblant dans la rue Chrétiens, Druzes et une partie des Sunnites. Les Syriens, sous la pression interne autant qu'internationale doivent se retirer. Aoun fait son retour en mai 2005.

Il n'est pas triomphal. Les élections législatives de juin 2005 lui donnent 21 sièges sur 128. L'année suivante et contre toute attente, le général procède alors à un retournement spectaculaire et s'allie contre le courant majoritaire de Saad Hariri (fils du leader assassiné) – Fouad Siniora (chef du gouvernement) … au Hezbollah chiite, lui même fortement soutenu par Damas et Téhéran, classé comme terroriste par les Etats-Unis et partiellement par l'Union européenne, suspecté de l'assassinat de Rafic Hariri.

La nouvelle donne stupéfie les spectateurs et médias internationaux aux idées simples, anéantissant leur équation chrétiens/valeurs occidentales/empire du bien versus islamisme/Syrie/Iran/Hezbollah/empire du mal. Elle étonne moins les Libanais, habitués à bien d'autres revirements dont ceux, quasi pendulaires, du Druze béni des chancelleries Walid Joumblatt.

L'alliance Aoun-Hezbollah, en tout cas, s'inscrit dans la durée. Malgré sa répugnance, le courant Hariri doit en prendre acte et l'intégrer dans différents gouvernements d'union nationale.

En janvier 2016, Samir Geagea, chef de la tendance chrétienne rivale (Forces libanaises) se résigne à apporter, à l'issue d'une interminable crise institutionnelle, son soutien au désormais octogénaire général pour la magistrature suprême. Dans le contexte favorable à Damas, Hariri s'incline. Michel Aoun est élu président de la République du Liban au … 48ème tour de scrutin. Toujours allié au Hezbollah qui participe au gouvernement.