Info

Arabie saoudite : mobilisation pour le blogueur Raif Badawi

Raef Badawi, lauréat du prix RFS-TV5MONDE, condamné en Arabie Saoudite ©RSF
Raef Badawi, lauréat du prix RFS-TV5MONDE, condamné en Arabie Saoudite ©RSF

En mai 2014, Raif Badawi est condamné à dix ans de prison et 1000 coups de fouet pour « insulte envers l’islam ». Depuis, plusieurs pays et ONG se mobilisent pour condamner cette sentence « inhumaine ». Prévue ce vendredi 16 janvier en Arabie saoudite, la deuxième session de flagellation du blogueur a été reportée pour raisons médicales.

dans
La liberté d’expression est plus que jamais au cœur du débat public. Ce 7 janvier, l'attentat commis par des terroristes contre la rédaction de Charlie Hebdo la bafouait dans un bain de sang. Aussitôt, l’Arabie saoudite, royaume islamique ultraconservateur, s’empressait de condamner « cette attaque terroriste lâche qui est incompatible avec l’islam ». Dans le même temps, le pays commençait à exécuter la condamnation édictée en mai 2014 contre un blogueur militant-activiste pour la promotion de la liberté de l’information. Comme Lucie Morillon de Reporters Sans Frontières, nombreux sont alors ceux qui s'étonnaient que l'Arabie saoudite punisse « un citoyen qui ne faisait qu’exercer sa liberté d’expression et d’information, celle-là même qui a coûté la vie aux journalistes français ».

Ce citoyen est Raif Badawi, lauréat 2014 du prix Reporters Sans Frontières – TV5 MONDE pour la liberté de la presse. Le blogueur avait été condamné en mai 2014 à dix ans de prison et 1000 coups de fouets pour « insulte à l’islam ». Son tort ? Il animait le site internet Liberal Saudi Network (fermé depuis par les autorités saoudiennes) qu’il avait cofondé en 2006, et sur lequel il exprimait ses idées libérales. Il avait notamment critiqué la police religieuse, ce qui avait mis le feu aux poudres dans un pays où la liberté d'expression n'est pas tolérée - la monarchie du roi Abdallah 1er se situe au 164ème rang (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse 2014 de Reporters Sans Frontières… 
 
 
« Il ne pourra pas résister à une nouvelle série de coups de fouet »

Le 9 janvier, Raif Badawi a subi la première série de 50 coups de fouets de sa sentence sur le parvis de la mosquée al-Jafali à Jeddah, devant les fidèles qui sortaient de la prière. Très inquiète pour son mari, Ensaf Haidar réfugiée au Canada avec leurs trois enfants, s’est confiée à Amnesty International « Raif m'a dit qu'il souffrait beaucoup à la suite de sa flagellation, son état de santé n'est pas bon et je suis certaine qu'il ne pourra pas résister à une nouvelle série de coups de fouet. »

Ecoutez Ensaf Haidar, la femme de Raif Badawi :
 
16.01.2015
Arabie saoudite : mobilisation pour le blogueur Raif Badawi
 

Jeudi 15 janvier, veille de la seconde flagellation prévue le vendredi, mais finalement reportée pour raisons médicales, Amnesty International et Reporters Sans Frontières ont décidé de se rendre devant l’ambassade d’Arabie saoudite à Paris. Ils exigent l’arrêt immédiat de ces châtiments inhumains qui prouvent que « les autorités saoudiennes bafouent de façon flagrante les principes fondamentaux des droits humains ». Des milliers de personnes ont exprimé leur soutien au blogueur un peu partout dans le monde à travers des pétitions. Sur Twitter, #JeSuisRaif, qui fait écho à #JeSuisCharlie, a fait son apparition.

Pour Saïd Boumedouha, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International, « la communauté internationale doit maintenir la pression sur les autorités saoudiennes ». Les États-Unis, le Canada, l’Union européenne, l'Allemagne et la Norvège sont, pour l’instant, les seuls à avoir condamné la flagellation du blogueur saoudien. Jeudi 15 janvier, Zeid Ra’ad Al Hussein, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, a appelé l’Arabie Saoudite à « offrir le pardon » à Raif Badawi, dénonçant une sanction « extrêmement sévère », qui « constitue une forme de châtiment cruel et inhumain. Une telle punition est interdite par le droit international des droits de l’homme, notamment par la Convention contre la torture que l’Arabie saoudite a ratifié ».

 

Aujourd'hui nous sommes devant l'ambassade d'Arabie saoudite pour parler liberté d'expression #JeSuisRaif cc @RSF_RWB pic.twitter.com/GRsMRu6SEF

— Amnesty France (@amnestyfrance) 15 Janvier 2015