Arabie saoudite : Prix Sakharov pour le blogueur Raif Badawi

Ensaf Haidar, brandi le portrait de son mari, le blogueur Raif Badawi alors qu'elle vietn recevoir en son nom le Prix Sakharov le 16 décembre 2015. 
Ensaf Haidar, brandi le portrait de son mari, le blogueur Raif Badawi alors qu'elle vietn recevoir en son nom le Prix Sakharov le 16 décembre 2015. 
©AP Photo/Christian Lutz

Le Parlement européen a remis, ce mercredi 16 décembre, le Prix Sakharov pour la liberté d'esprit à la femme du blogueur saoudien Raif Badawi, toujours emprisonné. Sa condamnation en mai 2014 à dix ans de prison et à 1000 coups de fouet pour « insulte envers l’islam » a, depuis, soulevé une mobilisation internationale pour demander sa libération. 

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Le Parlement européen apporte un nouveau soutien au blogueur saoudien Raif Badawi en lui décernant, le jeudi 29 octobre 2015, le Prix Sakharov 2015 pour la liberté d'esprit qui a été remis à son épouse ce 15 décembre. Ce prix, décerné par les eurodéputés, est considéré comme un équivalent européen du prix Nobel de la Paix. 

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, en a une nouvelle fois profité pour interpeller le roi saoudien Salmane devant l'hémicycle :"Je demande ici à nouveau au roi Salmane de grâcier Raef Badaoui et de le libérer sans aucune condition et immédiatement".


Cet appel s'ajoute à bien d'autres venus, depuis des mois, de l'épouse de Raif Badawi, Ensaf, qui a fui avec ses trois enfants au Canada. Amnesty ou encore l'ONG  Reporters sans Frontières qui lui avait décerné l'année dernière le prix RSF-TV5MONDE pour la liberté de la presse restent aussi mobilisées. 

Son épouse qui s'est exprimée auprès de l'AFP s'est dite "très contente pour ce prix" qui envoie "un message d'espoir et de courage" alors qu'elle tente depuis des mois d'obtenir sa libération. 

Après une première série de 50 coups de fouet reçus en janvier dernier, les flagellations ont été suspendues face au tollé international soulevé par cette sentence et l'état de santé du condamné.

Mais mardi 27 octobre son épouse a indiqué dans les médias que les coups de fouet pourraient reprendre prochainement. "J'endure toute cette souffrance cruelle pour avoir exprimé mes opinions", avait-t-il écrit dans une lettre rédigée depuis sa prison et que le magazine allemand Der Spiegel citait en mars. 

Qu'est-il donc reproché à ce Saoudien ? Pourquoi a-t-il été si lourdement condamné pour "insulte à l'islam". Son tort ? Ecrire et animer le site internet Liberal Saudi Network (fermé depuis par les autorités saoudiennes) qu’il avait cofondé en 2006, et sur lequel il exprimait ses idées libérales. C'est après y avoir critiqué la police religieuse qu'il a été arrêté en juin 2012. 

En 2013, un tribunal de Jeddah, ville portuaire de l'ouest du pays l'avait condamné à 7 ans de prison et à 600 coups de fouet. Cette sentence a été cassée en appel. Mais quand son affaire a de nouveau été jugée, la condamnation a été alourdie atteignant 10 ans de prison et 1 000 coups de fouet puis a été confirmée par la Cour suprême.

Dans un livre intitulé justement 1000 coups de fouet (Edition Kero, juin 2015), le blogueur Raif Badawi avait publié après son arrestation un recueil de ses textes interdits et devenus inaccessibles depuis la fermeture de son site. Il y prend position pour la séparation entre l'Etat et la religion tout en critiquant la façon dont l'islam est perverti. Ses écrits et la sentence infligée l'ont promu, depuis, en icône de la liberté d'expression.