Arabie Saoudite : Légion d'honneur... ou d'horreur ?

François Hollande et le Prince Mohammed ben Nayef, Prince héritier du Royaume d’Arabie Saoudite, le vendredi 4 mars,  au Palais de l'Elysée
François Hollande et le Prince Mohammed ben Nayef, Prince héritier du Royaume d’Arabie Saoudite, le vendredi 4 mars,  au Palais de l'Elysée
Photo extraite du diaporama du site de l'Elysée

La plus haute distinction française a été remise vendredi 4 mars au prince héritier d’Arabie saoudite, mais la présidence française ne l’a rendue publique que dimanche... Gros malaise. Le royaume est en effet très critiqué sur la question des droits de l’Homme.

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« Une tradition diplomatique », a fait valoir Jean-Marc Ayrault, le ministre français des Affaires étrangères,  qui a précisé un peu plus tard au micro de France Inter qu'il "n’y avait rien de solennel dans la remise de cette décoration par le président François Hollande à Mohammed Ben Nayef", tout en disant "comprendre"
les réactions négatives.

Extrait de l'échange avec le journaliste Patrick Cohen, ce lundi matin sur la radio France Inter :

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Jean-Marc Ayrault : "J'ai vu les réactions, on peut les comprendre, mais je crois que nous discutons avec ce pays, l'Arabie saoudite. J'ai rencontré mon homologue ministre des Affaires étrangères à deux reprises déjà, et de quoi nous discutons ? Nous discutons de la paix en Syrie. Et dans la paix en Syrie, l'Arabie saoudite a un rôle à jouer. Et d'ailleurs, concernant la reprise des négociations, c'est sa position : encourager la reprise des négociations si le cessez-le-feu est totalement respecté, que l'aide humanitaire arrive et c'est les encouragements qu'elle donne à l'opposition."

Patrick Cohen : Donc, ça méritait une légion d'honneur ?

Jean-Marc Ayrault :  "C'est pas... c'est une tradition démocra... diplomatique. Hein, c'est une tradition diplomatique. Et je pourrais vous en citer plein, de légions d'honneur qui ont été données ou de décorations qui ont été reçues par la France"

Reste que ce n'est pas l'Elysée qui a annoncé la chose, que la cérémonie n'était pas inscrite à l'agenda officiel. Pourquoi tant de discrétion ? 
 


C’est l’Agence de presse saoudienne SPA qui en a fait mention sur son site : "Il a été question, lors de cet entretien, de l'évolution de la situation au Moyen-Orient et de la position des deux pays amis. Après cela, le président français a remis à son altesse la médaille de l’ordre national de la Légion d’honneur, qui est la plus haute distinction française, pour tous ses efforts dans la région et dans le monde dans la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme."

Et de rappeller que François Hollande lui-même a déjà été " décoré de l’ordre suprême du Royaume " à l’occasion de l’une de ses visites en Arabie saoudite...

Pour 3 milliards d'armes...

Sur BFMTV, la présidente d’Amnesty international France, Geneviève Garrigos, a fait part de sa stupéfaction : "L'Arabie saoudite est un pays qui, en 2011, a réprimé sauvagement les manifestations au Bahreïn avec son armée ; c'est un pays qui utilise ses armements contre la population yéménite ; et à l'intérieur du pays, il y a des violations massives des droits humains (...) Le gros sujet abordé pendant cette visite officielle a été le contrat de 3 milliards d'armes livrées à l'Arabie Saoudite" (...) Mais pourquoi continue-t-on aujourd'hui à vendre des armes aux Saoudiens ? On le sait, il y a des raisons économiques, et des raisons de lutte anti-terroriste, mais comment la France peut-elle aller contre ses engagements ? " s'interroge la présidente d'Amnesty France.

Bennedicte Jeannerod, qui dirige le bureau Paris de  Human Right Watch, écrit :

 

De son côté, l'essayiste Raphaël Glucksmann a relevé sur Twitter :

Coté politique, Jordan Bardella, Front National et nouvel élu au conseil régional d'Île-de-France, considère que la France fait la "catin" auprès "d'émirs bedonnants".

70 exécutions depuis le début de l'année

Le prince héritier d'Arabie, également ministre de l'Intérieur,  méritait-il cette distinction ? Selon le site de la Grande Chancellerie, qui gère les attributions de cette distinction, la récompense "est remise au nom du Chef de l’Etat pour récompenser les citoyens les plus méritants dans tous les domaines d’activité."

La Légion d'honneur du prince héritier d'Arabie Saoudite vue par le dessinateur algérien Ghilas <span class="twitter-atreply pretty-link js-nav">Aïnouche </span>
La Légion d'honneur du prince héritier d'Arabie Saoudite vue par le dessinateur algérien Ghilas


Le royaume ultraconservateur est régi par une interprétation rigoriste de la loi islamique. En 2015, selon un décompte basé sur des chiffres officiels, 153 personnes y ont été exécutées ; depuis le début de l’année, le régime saoudien a procédé à 70 exécutions, la dernière, au sabre, ayant eu lieu dimanche avec la décapitation d’un Saoudien condamné à mort pour meurtre.