Arianna Huffington annonce le lancement d'un “Huffington Post“ à la française

La reine de l'info en ligne aux Etats-Unis lance une version française de son site généraliste. Une annonce attendue mais déjà controversée.

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Arianna Huffington, la présidente et rédactrice en chef du Huffington Post Media group, le 14 septembre 2011 à New York (©AFP)
Arianna Huffington, la présidente et rédactrice en chef du Huffington Post Media group, le 14 septembre 2011 à New York (©AFP)
Après le Canada en mai, le Royaume-Uni en juillet, le Huffington Post continue de s'implanter à travers le monde : le lancement en France - et en français, une première pour ce média anglophone - se fera mi-novembre. La rumeur courait depuis maintenant quelques mois, la seule question était de savoir avec qui la businesswoman s'associerait pour lancer cette version en .fr.

Après avoir discuté avec Pierre Haski de Rue89, c'est finalement avec l'équipe du Monde que la présidente et rédactrice en chef du Huffington Post media group a choisi de travailler. A l'en croire, elle lisait déjà le célèbre quotidien français pendant sa jeunesse en Grèce. Autre partenaire, Les Nouvelles Editions Indépendantes, la holding financière dirigée par Matthieu Pigasse, actionnaire du Monde et propriétaire des Inrockuptibles.

Le partenariat a été signé dimanche et officialisé lundi, le jour où Arianna Huffington venait donner à Paris une conférence à l'occasion de la leçon inaugurale du Centre de Formation des Journalistes. Conférence à laquelle étaient présents, outre les étudiants de l'école de journalisme, tout ce que Paris compte de journalistes web et de blogueurs dits "influents".

Selon la journaliste américaine, le HuffPo français va fusionner avec Le Post (en clair, le premier va absorber et remplacer le second). On ne sait pas encore ce qu'il adviendra de la petite rédaction du site participatif, filiale du Monde Interactif, ni de ses pigistes. On sait seulement que les blogueurs qui écrivaient sur Le Post sont chaleureusement invités par Arianna elle-même à continuer à écrire... sur le futur LeHuffingtonPost.fr !

L'équipe rédactionnelle sera composée de 8 à 10 journalistes, tous français. Elle pourrait s'étoffer par la suite : "On va attendre d'être rentables pour grossir" a déclaré hier Arianna Huffington. Elle a aussi précisé que le rédacteur (ou la rédactrice) en chef était en cours de recrutement - des noms circulent déjà.

Sur le contenu et la ligne éditoriale, on n'en sait pas beaucoup non plus, à part que le site sera "ancré dans la culture française" a affirmé Arianna Huffington "La France a une culture des médias sociaux développée, avec des blogueurs étonnants, et aussi une grande culture journalistique. Donc dès le début, nous avons vu que Le Huffington Post pourrait allier le meilleur du journalisme traditionnel et le meilleur des nouvelles technologies et des nouveaux médias".

La montée en puissance du HuffPo

Le Huffington Post est ce qu'on appelle un pure player, c'est-à-dire un média né sur le web - par opposition aux sites d'actualité adossés à un média traditionnel. Le site mélange informations, divertissement, opinions et blogs. Après 6 ans d'existence, le site a annoncé il y a peu rassembler 37 millions de visiteurs uniques mensuels, ce qui en ferait le premier site d'information au monde, devant celui du prestigieux New York Times. Toujours selon ses chiffres, le HuffPo totaliserait aussi 1 milliard de pages vues. En août, les commentaires ont été au nombre de 5,1 millions, un record.

Le site créé en 2005 par Arianna Huffington et Ken Lerer est devenu une machine de guerre à faire de l'audience et du chiffre. Les quatre piliers du site sont selon sa cofondatrice, "la curation, c'est-à-dire signaler les meilleurs articles du web, des blogs, des enquêtes originales et enfin, les commentaires des lecteurs".

L'équipe se compose d'une centaine de journalistes mais surtout de milliers de blogueurs et éditorialistes, pour certains très réputés, qui ont fait la richesse éditoriale et participé au succès d'audience du site.

Contrairement aux journalistes du site, ces contributeurs sont bénévoles. Une situation qu'on a souvent reproché à Arianna Huffington, notamment lors du récent rachat (en février 2011) du HuffPo par AOL, pour 315 millions de dollars (plus de 230 millions d'euros). Une action en justice contre le site a été menée en avril dernier par certains de ces blogueurs qui demandent leur part du gâteau

"Un paysage web français encombré"

Mais y a-t-il encore de la place pour un nouveau pure player sur la Toile française ? C'est la question que se posait hier sur son blog le journaliste Erwann Gaucher.

Même inquiétude pour Benoît Raphaël, cofondateur de trois médias français, Le Post, Le Plus et le Lab, qui explique sur son site que "le paysage web français commence sérieusement à s’encombrer :  après Rue89 (pas rentable), Mediapart (rentable), Slate.fr (pas rentable), Atlantico (bâti sur le modèle du Huffington Post, mais qui peine encore à trouver son audience), Owni (qui se cherche encore), Quoi.info (pas encore sorti) ou encore le projet de pure player de débat autour de l’info que lancera en novembre également les fondateurs de Webedia (Pure People), sans compter les pure-players “intégrés” le Plus (nouvel Observateur) et le Lab (Europe1), il va falloir batailler ferme pour se faire une place sur un marché minuscule, très difficile à monétiser."

Erwann Gaucher se demande aussi sur son blog si les "véritables" pure-players indépendants (comprenez ceux qui ne sont pas adossés à un groupe de média, NDLR) vont réussir à s'en sortir face à ces rouleaux compresseurs que sont les sites d'infos lancés par des groupes de médias qui peuvent perdre beaucoup d'argent et investir énormément pendant des mois voir des années ? "

Autre interrogation : y aura-t-il assez de contributeurs et autres éditorialistes de renom pour nourrir le futur site du Huffington Post mais aussi ceux du Plus et d'Owni ? A priori, on n'imagine pas les "signatures" se mettre à écrire pour les trois sites à la fois.

Enfin, hasard du calendrier, on apprenait hier pendant la conférence donné par Arianna Huffington, que le quotidien France-Soir arrêtait son édition papier pour ne plus se consacrer qu'au web. 89 journalistes seront licenciés, et un site d'actualité générale de plus va batailler pour se faire une place sur le web français.

Jusqu'où ira Arianna Huffington ?

Ce qui est sûr, c'est que la businesswoman ne compte pas s'arrêter là. Paris n'est qu'une étape dans la stratégie d'expansion d'Arianna Huffington : "Nous sommes en discussion en Espagne, et nous espérons pouvoir y lancer un site bientôt, d'ici la fin de l'année ou le début de l'année prochaine".

Des discussions sont également sur le point de déboucher en Italie et en Turquie. Après son passage par Paris, la journaliste se rendra à Milan, Istanbul et Madrid - un périple à suivre sur son compte Twitter, ainsi que sur le HuffPo évidemment.

Des sites devraient ouvrir prochainement aussi en Australie et au Brésil, et Arianna Huffington indique s'intéresser de près au Japon et à l'Allemagne. A chaque fois que le pays n'est pas anglophone, elle veut s'associer avec un partenaire local afin que le site soit "authentiquement français, allemand ou espagnol".

Partant du principe que "tout le monde a quelque chose à dire d'intéressant à dire sur n'importe quel sujet", la journaliste américaine a donné hier soir au micro son adresse mail, exhortant tout un chacun à lui écrire - arianna@huffingtonpost.com. En revanche, elle n'a pas précisé si elle répondrait aux messages.