Arrestation du chef du réseau libyen d'Al-Qaïda

Libye, Somalie - c'est dans ces deux fiefs du terrorisme en Afrique que les forces spéciales américaines ont mené cette nuit deux raids visant des chefs islamistes. Si l'issue de l'opération menée à Barawe reste incertaine, le raid de tripoli a mis fin, à l'aube de ce 5 octobre, à quinze années de traque contre Abou Anas al-Libi, cerveau présumé du réseau d'Al-Qaida en Libye.

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Une capture à 5 millions de dollars


Il rentrait de la prière du matin à la mosquée, au point du jour, quand trois véhicules chargés d'hommes armés jusqu'aux dents ont cerné la maison devant laquelle il était en train de se garer. Ils ont brisé la vitre, confisqué son arme et l'ont embarqué, raconte un témoin. Une capture mise à prix 5 millions de dollars, et que les Etats-Unis préparaient depuis plusieurs semaines, malgré la promesse faite par Obama en 2011 de ne pas intervenir sur le sol libyen. Mais Abou Anas al-Libi, de son vrai nom Nazih Abdul Hamed al-Raghie, un Libyen de 49 ans, figurait parmi les suspects les plus recherchées par le FBI. Si le ministère de la Défense américain assure que les autorités libyennes étaient informées et lui ont apporté leur soutien, le gouvernement de transition libyen, lui, affirme n'avoir rien su de l'opération.


Qui est Abou Anas al-Libi ?

Abou Anas al-Libi
Abou Anas al-Libi

Proche d'Oussama Ben Laden dès le début des années 1990, Abou Anas al-Libi suit Al-Qaïda au Soudan, d'où il est chargé de préparer le double attentat du 7 août 1998 contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie qui feront 224 victimes. En 1993, il aurait, selon un rapport des services américains de l'époque, "effectué la reconnaissance visuelle et photographique de l'ambassade de Nairobi". Il aurait également étudié la faisabilité d'autres attentats contre des cibles israéliennes et occidentales au Kenya. Un manuel intitulé "Etude militaire de djihadisme contre les tyrans" (torture, sabotage, attentat, faux papiers...) sera retrouvé dans son appartement de Londres lors d'une perquisition à la suite de ces attentats.


Jours tranquilles en Libye

Profitant du chaos de la Libye post-Kadhafi, Abou al-Libi, selon CNN, s'installe en toute quiétude à Tripoli comme consultat en informatique. Et pourtant, un rapport publié à l'été 2012 par les services anti-terroristes américains (lien en anglais) révèle qu'il a "implanté le réseau Al-Qaïda en Libye" suivant les instructions stratégiques édictées par la direction de l'organisation. Celle-ci recommandait de profiter de la rébellion pour "rassembler des armes," "mettre en place des camps d'entraînement," "bâtir un réseau secret," "établir un Etat islamique," et "instituer la charia" en Libye. Mais il n'aurait pas participé à l'attentat contre le consulat américain de Benghazi, en septembre 2012. "Abu Anas al Libi aurait été le principal intermédiaire entre Ayman al Zawahiri et les djihadistes en Libye," poursuit ce même rapport. Il aurait aussi collaboré avec Al-Qaïda en Afghanistan et au Pakistan.


La lutte antiterroriste continue

Abu Anas al Libi serait donc bel et bien l'un des piliers d'Al-Qaïda, au même titre que les chefs traditionnels basés en Asie centrale (lien en anglais). Il devrait donc être transféré aux Etats-Unis, probablement à New York, pour y être interrogé pendant plusieurs semaines. Sa capture est un jalon de plus dans la lutte que mène les Etats-Unis depuis douze ans pour décapiter Al-Qaïda, et qui a culminé en 2011 avec la mort d'Oussama ben Laden au Pakistan. "les Etats-Unis ne relâcheront jamais leurs efforts pour que les responsables d'actes terroristes rendent des comptes," a déclaré le chef de la diplomatie américaine John Kerry.

Double raid anti-terroriste des Etats-Unis sur le continent africain

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