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Attaque de Charlie Hebdo : qui sont les principaux suspects ?

Les forces de l'ordre tentent toujours d'arrêter les deux principaux suspects après l'attentat contre Charlie Hebdo qui a fait 12 morts, mercredi 7 janvier. Qui sont Chérif et Saïd Kouachi, les deux suspects de l'affaire ? Portraits.

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Chérif Kouachi, 32 ans, et Saïd Kouachi, 34 ans, sont tous deux nés à Paris, dans le Xème arrondissement de Paris. Ils sont orphelins de parents originaires d'Algérie. Les policiers sont remontés aux frères Kouachi car ils ont retrouvé dans un véhicule les papiers d'identité de l'un d'eux. Des expertises génétiques ont ensuite permis de confirmer les soupçons initiaux, selon une source proche du dossier. 

Chérif, apprenti djihadiste 

Surnommé Abou Issen, Chérif, le cadet, est bien connu des services antiterroristes français. Il a fait partie de la filière parisienne des Buttes-Chaumont qui envoyait des jihadistes rejoindre en Irak, les rangs de la branche irakienne d'Al-Qaïda. Interpellé juste avant son départ pour l'Irak, il a été condamné en 2008 à trois ans de prison, dont 18 mois ferme. 

"À sa sortie de prison, Chérif tentera de se faire oublier quelques temps et partira s'installer à Reims dans un petit appartement - aujourd'hui perquisitionné", explique France 24. 

Son ex-avocat, Me Vincent Ollivier, a connu Chérif Kouachi en 2005. Il est désigné pour l'assister alors que le jeune homme est interpellé juste avant qu'il ne s'envole pour l'Irak via la Syrie. "Quand je l'ai vu, il était soulagé d'avoir été arrêté. Il avait la certitude que, s'il y était allé, il y serait resté", confie l'avocat sur Europe 1. Après cet épisode, Me Ollivier n'avait plus eu de contact avec Chérif Kouachi mais il assure qu'il s'était "resocialisé" et même "marié". S'est-il radicalisé en prison ? "Non. Il a mûri", répond son avocat. 

En 2010, sans qu'il ne soit poursuivi, son nom était apparu dans l'enquête sur la tentative d'évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, ancien membre du Groupe islamique armé algérien (GIA), condamné en 2002, à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir commis un attentat dans le RER à la station Musée d'Orsay. Cette enquête avait montré que Kouachi était lié à Djamel Beghal, une autre figure de l'islam radical français. Les deux hommes s'étaient rencontrés lors de l'incarcération de Kouachi (novembre 2005 à octobre 2006) à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis. Après avoir été mis en examen dans cette affaire, il a toutefois bénéficié d'un non-lieu.  

Malgré son passé carcéral, "Chérif Kouachi ne faisait pas l'objet d'un suivi particulier", selon une source policière. "Aucun élément ne témoignait d'un passage à l'acte imminent", a déclaré jeudi, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

Portrait de Chérif et Saïd Kouachi

08.01.2015
Portrait de Chérif et Saïd Kouachi

Radicalisation 

En 2005, Libération publie une enquête sur la filière de recrutement des Buttes-Chaumont. Dans l'article, la journaliste Patricia Tourancheau écrit : "Orphelin, Chérif Kouachi, qui a été élevé en foyer à Rennes et a passé un brevet d'éducateur sportif avant de gagner Paris, n'a jamais quitté l'Hexagone. Hébergé avec son frère Saïd chez un Français converti, ce livreur de pizzas a «plus le profil du fumeur de shit des cités que d'un islamiste du Takfir, selon son défenseur. Il fume, boit, ne porte pas de barbe et a une petite amie avant le mariage». Il a stoppé l'alcool au dernier ramadan. Il se définit comme «un musulman occasionnel». Une description confirmée par son ancien avocat, Me Ollivier, qui le décrit comme "une jeune assez classique, qui fumait, buvait et draguait les filles". C'était "deux enfants abandonnés, très jeunes", poursuit-il, en évoquant les deux frères. 

Trois ans plus tard, un article du Monde explique que "la révélation pour le "djihad", ils l'ont tous eue quand ils ont commencé, à partir de 2003, à fréquenter la mosquée Adda'wa, dans le quartier Stalingrad. Cheveux mi-longs, carrure athlétique, mâchoire carrée, M. Kouachi l'avoue à sa façon : "Avant j'étais un délinquant. Mais après j'avais la pêche, je calculais même pas que je pouvais mourir."

Pour le chercheur Jean-Pierre Filiu, connaisseur de la mouvance islamiste radicale, Chérif Kouachi est lié au groupe Etat islamique. Il a assuré à l'AFP qu'un membre franco-tunisien du groupe EI, Boubaker al-Hakim, faisait partie, au début des années 2000, de la même filière que lui, celle des Buttes-Chaumont. 


Saïd, plutôt discret 

Il est l'aîné des deux frères. Jusqu'à l'attentat contre Charlie Hebdo, il n'avait jamais vraiment attiré l'attention de la police. A l'époque de l'arrestation de son frère, il avait été soupçonné de faire partie de la même organisation islamiste. L'un comme l'autre étaient donc fichés à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ainsi qu'à la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP).
C'est sa carte d'identité retrouvée dans la voiture abandonnée porte de Pantin qui a fait de lui un des principaux suspects de l'affaire Charlie Hebdo. 

Les deux frères, comme une soeur et un autre frère, ont eu une enfance bouleversée. Ils ont été placés pendant six ans, de 1994 à 2000, en Corrèze, à Treignac, au Centre des Monédières, appartenant à la fondation Claude-Pompidou, a appris l'AFP, confirmant une information du journal La Montagne. "Cette fraterie nous a été confiée en 1994 par les services sociaux de Paris parce qu'elle vivait dans une famille vulnérable", a expliqué à La Montagne, Patrick Fournier, chef du service éducatif de l'établissement. Il les décrit comme "parfaitement intégrés" et n'ayant "jamais posé de problème de comportement" durant leur séjour. "Saïd a passé un CAP et un BEPC hôtellerie chez nous" et "Chérif a été scolarisé au lycée Cabanis de Brive où il a suivi une formation en électrotechnique", ajoute M. Fournier.