Attaque des shebabs contre l'université de Garissa : le Kenya traumatisé

Shebab guerre kenya
A Garissa, les shebabs visaient les chrétiens : témoignages et menaces.
Récit de Simon Rodier

Les islamistes somaliens ont encore frappé le Kenya en décimant un campus universitaire. Réactions d'un pays traumatisé.  

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Un an et demi après la prise d'otages meurtrière dans un centre commercial de Nairobi, le Kenya est à nouveau confronté à l'horreur. Le pays est aujourd'hui sous le choc après l'attaque la plus meurtrière depuis dix-sept ans, depuis celle perpétrée par Al-Qaïda contre l'ambassade américaine à Nairobi en 1998 (213 morts). Revendiquée par les shebabs somaliens, l'attaque contre l'université de Garissa, à 150 kilomètres de la frontière somalienne, a fait au moins 148 morts ce jeudi 2 avril 2015. Une prise d'otages, suivie d'un véritable carnage, qui fait aujourd'hui la une de la presse quotidienne au Kenya. 

L'avenir du pays en ligne de mire

Depuis que l'armée kenyanne opère en Somalie pour combattre les islamistes shebabs, le Kenya est exposé aux  représailles mais cette fois, le carnage est d'autant plus effrayant que les victimes sont pour la plupart des étudiants, tous jeunes, tués par balles. Le gouvernement kényan appelle à refuser l'intimidation des islamistes, qui s'en sont pris à l'avenir du pays. Ce samedi 4 avril, lors de sa première prise de parole après l'attaque, le président Kenyatta a déclaré trois jours de deuil national.

Les chrétiens visés

Les islamistes shebabs, affiliés à Al-Qaïda, expliquent avoir séparés les musulmans des chrétiens pour tuer les seconds après les avoir rassemblés : "Les moudjahidines ont pénétré dans le complexe universitaire et ont rapidement gagné les halls de la résidence où ils avaient regroupé tous les occupants... Et puisque l'attaque visait seulement les non-musulmans, tous les musulmans ont été autorisés à évacuer les lieux sains et saufs avant que les infidèles ne soient exécutés".
 
Les islamistes reviennent sur ce qu'ils qualifient "d'atrocités sans nom" perpétrées par les autorités kényanes contre les musulmans - dans le sud de la Somalie depuis le début de l'intervention militaire contre les shebabs, fin 2011, mais aussi, depuis des décennies, dans les régions frontalières de la Somalie, largement peuplées de Kényans d'ethnie somalie ou de Somaliens. Les assaillants à Garissa ont voulu "venger les morts de dizaines de milliers de musulmans tués par les forces de sécurité kényane", disent-ils. Le Kenya se revendique chrétien à 80 %.
 

Une longue et épouvantable guerre

Ce samedi 4 avril, les islamistes somaliens shebabs menacent le Kenya d'une "longue, épouvantable guerre" et d'un nouveau bain de sang : "Si Dieu le permet, rien ne nous arrêtera dans notre vengeance des morts de nos frères musulmans jusqu'à ce que votre gouvernement cesse son oppression et jusqu'à ce que toutes les terres musulmanes soient libérées de l'occupation kényane", lancent-ils dans un communiqué. "D'ici là, le sang va couler à flots rouges dans les villes du Kenya, cela va être une longue, épouvantable guerre dont vous, la population kényane, êtes les premières victimes".
 
Les shebabs menacent de viser à nouveau des "écoles, des universités, des lieux de travail et même vos maisons", pour punir les Kényans d'avoir élu le gouvernement actuel. "Vous avez choisi votre gouvernement de votre propre gré, vous subissez les conséquences de vos actes... Vous laissez le gouvernement mener ses politiques répressives sans protester, et confortez ces politiques" accusent les shebabs.