Attentat suicide à Moscou : revue de presse de Russie

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“Bienvenue à l'aéroport international de Domododevo“

« Voyageurs arrivés à Domodedovo, un kamikaze se fait exploser dans la foule pour vous souhaiter la bienvenue. » Le quotidien Vedomosti est le seul à oser l’ironie, en ce lendemain d’attentat dans le plus grand aéroport de Moscou, le plus neuf, le plus prestigieux aujourd’hui, depuis que Cheremetevo 2, là où les étrangers arrivaient puis ressortaient côté soviétique, après des heures de contrôle, a été dégradé au rang des vols internes…

C’est à 16 h 37 précisément, heure de Moscou, 13 h 37 GMT, que la bombe a explosé, laissant derrière elle 36 morts et plus de 130 blessés.

LE SILENCE ET L'EFFROI

Ce qui a frappé l’envoyé spécial des Izvestia, Nikolaï Morozov, arrivé peu de temps après sur les lieux, c’est le silence et la quasi tranquillité de l’aéroport continuant à tourner : avions qui décollent et atterrissent, passagers ignorants du drame, taxis chassant le client. C’est que Domodedovo ressemble à l’aérogare de Francfort, immense paquebot tout en longueur, où une déflagration, aussi forte soit-elle, à un point A, n’est même pas perçue au B.
Pour le reste, le journaliste a constaté l’hébétude, devenue presque habitude, d’un attentat à l’autre, métros, théâtres, avions, écoles… « J’étais à une vingtaine de mètres de l’explosion, dit Eléna. J’allais chercher des papiers derrière un comptoir. Soudain un éclair, un bruit assourdissant, des cris terribles et la panique. » Artem, lui, 31 ans, était venu chercher un ami. Il s’est retrouvé à l’épicentre du drame. Tous ses vêtements sont maculés de sang, mais par miracle, il n’est pas blessé. Il a perdu conscience. Quand il est revenu à lui, c’était au milieu de corps en lambeaux.
Et pourtant, note encore le reporter, malgré l’horreur, la toile, du côte des sites officiels, est restée presque inerte, sauf pour donner des renseignements sur les vols… Circulez, il n’y a (presque) rien à voir.

DES KAMIKAZES FABRIQUÉS EN SÉRIE

Le journal Kommersant, qui a été le premier à réagir sur son site, et à offrir ses multiples éditions avant minuit, anticipe sur l’enquête : « Cette attaque est liée aux événements du Nord Caucase (c’est à dire la Tchétchénie). Ce ne sera pas la dernière. Nous avons lancé une alerte, dès le début du mois de janvier. » Mais le quotidien oublie de rappeler que la fin de l’année 2010 a été marquée par des quasi pogroms anti-caucasiens dans la capitale russe, et que les violences (mortelles) des néofascistes ne visaient pas les apprentis terroristes, mais toutes « les faces noires », ainsi que sont désignés les citoyens d’Asie centrale, des mendiants aux babouchkas qui vendent quelques fruits et légumes à même le sol… « Le terroriste s’est introduit grâce aux faiblesses des contrôles, alors que Domodedovo avait déjà été la cible des Caucasiens en 2004 », note encore Kommersant. Mais qui sont ces terroristes ? « Un mélange d’extrémistes et de mafieux, de voyous wahhabites, qui disposent de Kamikazes en série », conclut l’article.


LES DIRIGEANTS VEILLENT

Nezavissimaïa Gazeta préfère pour sa part rassurer ses lecteurs en leur annonçant que « les dirigeants du pays ont immédiatement pris les choses en main. Une réunion d’urgence a été tenue autour du Premier ministre Vladimir Poutine, tandis que le président Dmitri Medvedev a pris l’enquête sous son aile, et sous son contrôle direct. » Il dira que le terrorisme reste la principale menace contre la Russie, tandis que son Premier ministre et possible concurrent pour la prochaine présidentielle, annonce lui que les choses ne resteront pas en l’état. On rappellera ici qu’il voulait « poursuivre les terroristes, jusque dans les chiottes… »

Le quotidien « indépendant », rappelle lui aussi que ces combattants de la terreur n’ont cessé de harceler la Russie, depuis près de dix ans.

DANS LA TÊTE DU KAMIKAZE

Moskovski Komsomolets, l’un des plus gros tirages de la presse russe, a cherché à refaire le parcours du poseur de bombes. « Il est sans doute arrivé en voiture, il s’est garé dans le parking gardé et payant, puis très tranquillement, il s’est dirigé vers l’aérogare, où il s’est engagé sous le portail détecteur de métaux, qui comme par hasard, ne fonctionnait pas ce jour-là. Puis il est passé devant les policiers de garde, tout aussi calmement, il a pris l’ascenseur ou l’escalier jusqu’au deuxième étage, celui des arrivées internationales. Là, s’il l’avait voulu, il aurait même pu aller jusqu’à la zone de douane. »

Tout cela pour nous dire qu’il est très facile, à Domodedovo de commettre un attentat suicide. Et faire peur un peu plus aux passagers en transit, au lieu de nous éclairer sur les enjeux de l’interminable guerre du Caucase.

Les principaux attentats en Russie, depuis 1999

AFP
1999
- 13 sept: 118 personnes sont tuées dans un attentat à la bombe dans un immeuble du sud-est de Moscou. Cinq attentats du 31 août au 16 septembre en Russie feront 293 morts.
2002
- 23/26 oct: Un commando tchétchène lourdement armé et muni de fortes quantités d'explosifs parvient à s'infiltrer dans Moscou et à y prendre en otages plus de 800 personnes au théâtre de la Doubrovka. L'assaut des forces russes fait 130 morts, la quasi-totalité asphyxiés par le gaz utilisé dans l'opération.
2003
- 5 juil: Un double attentat suicide à Moscou lors d'un concert de rock, perpétré par des femmes kamikazes et attribué aux rebelles indépendantistes, fait 15 morts outre les deux kamikazes et une cinquantaine de blessés.
- 5 déc: Un attentat suicide, revendiqué par le chef de guerre tchétchène Chamil Bassaïev, contre un train dans le sud-ouest de la Russie fait 46 morts.
2004
- 6 fév: Un attentat à l'explosif fait 41 morts dans le métro de Moscou. Il est revendiqué par un groupe tchétchène inconnu, "Gazotan Murdash".
- 24 août: Deux femmes kamikazes portant des ceintures d'explosifs embarquent en soudoyant les services de sécurité aéroportuaires, à bord de deux avions qu'elles font exploser en vol, au sud de Moscou et dans le sud-ouest du pays: 90 morts.
- 1er/3 sept: Plus de 1.000 personnes sont prises en otages dans une école de Beslan, en Ossétie du Nord, par un commando pro-tchétchène. Plus de 330 morts après un assaut des forces russes.
2009
- 27 nov: Un attentat provoque le déraillement du train de passagers Nevsky Express reliant Moscou à Saint-Pétersbourg: 28 morts.
2010
- 29 mars: Un double attentat suicide attribué à deux femmes kamikazes dans le métro de Moscou fait 40 morts.
- 9 sept: Un attentat à la voiture piégée fait 17 morts à Vladikavkaz, en Ossétie du Nord.
2011
- 24 janv: Un attentat suicide à la bombe fait au moins 35 morts et 46 blessés à l'aéroport de Moscou-Domodedovo dans la zone d'arrivée des vols internationaux.